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«Flee», quand le passé talonne le présent 5 minutes de lecture

par Fanny Agostino
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Dans la même lignée que Valse avec Bachir (2008) et Persepolis (2007), le film d’animation Flee sonde la mémoire et le parcours d’Amin, un Danois trentenaire et universitaire. Une identité qui tranche avec son itinéraire de réfugié afghan. Avec une distance adéquate, Jonas Poher Rasmussen restitue, par l’intermède d’un dialogue complice, sa trajectoire. Un must watch.

Le cadre isole sa tête. En arrière-plan, on distingue un motif rappelant les tapis persans. L’expression du visage n’est pas rassurante, le regard tente de se dérober. Barbe de trois jours et yeux marrons, Amin s’allonge. La question qui s’apprête à surgir du hors-champ va plonger l’homme dans une réalité trop souvent refoulée. Rasmussen demande à son interlocuteur de se remémorer un souvenir d’enfance. Nous nous retrouvons à Kaboul, là où les cerfs-volants flottaient dans le bleu du ciel. Entre ce souvenir et le présent, une guerre, la Russie et le Danemark.

L’animation pour raconter la migration

Largement plébiscité par la critique et récompensé – notamment par le Grand Prix du documentaire au Sundance et le Cristal du long-métrage à Annecy – Flee a aussi été nommé trois fois aux Oscar. Et pour cause, par l’intermédiaire de dessins, Rasmussen s’intéresse au passé d’un réfugié afghan. Sa reconstitution fait écho au présent: la trajectoire entrave une vie d’adulte pourtant stable et couronnée d’une intégration plus que réussie.

Flee © Final Cut for Real
Flee (2022), de Jonas Poher Rasmussen © Final Cut for Real

 Si l’esthétique propre à la bande dessinée garantit son anonymat, ce procédé se distingue par un second avantage notoire. Les séquences ne tombent jamais dans le larmoyant ou la pitié. Quelques images d’archives ponctuent les étapes d’Amin et ancrent le récit dans l’histoire afghane, l’envahissement soviétique du pays dans les années 80 et les moudjahidines. Le film aux allures documentaire ne cesse de faire des allers-retours entre le temps passé et l’ici et maintenant. Longtemps enfouie par l’universitaire pour sa survie, la vérité se recompose au fil d’un cheminement intime de la part du protagoniste. Les mécanismes de défense s’enrayent, les obstacles de la vie privée trouvent leur source.

Confidence pour confidence

Lors des dialogues, le réalisateur n’est pas qu’une voix-over, mais bien un personnage animé, dont les apparitions à l’écran sont fréquentes. Sa complicité avec Amin est incontestable. Ce dernier n’hésite pas à se confier sur les difficultés que traverse son couple et sur l’angoisse que représente pour lui le projet de vie à la campagne, que son conjoint tente de mener à bien. Une entente qui ne date pas d’hier, puisque les deux hommes ont grandi dans le même quartier: avant de devenir cinéaste, Jonas habitait non loin du foyer d’accueil où l’adolescent était placé. Ils se sont donc construits avec des références culturelles et sociales communes, mais l’un avait un passé qu’il n’évoquait pas. Médiateur d’une histoire aux blessures persistantes, le réalisateur permet à Amin de progressivement lâcher prise et de livrer son récit sans restriction.

Par son expérience, Amin décrit le processus qui l’a mené à être ce qu’il est devenu aujourd’hui. Une identité sociale et intime – son homosexualité qu’il n’a pas toujours acceptée – qui s’est inéluctablement érigée par des détours, des esquives. En filigrane des flash-back, le retour au présent explicite les conséquences de la fuite, mais également le devoir envers les sens qui accompagne la réussite sociale.

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Sans verser dans l’hyperbole, Flee révèle une réalité crue et cachée. En faisant de son point de mire une compréhension des problèmes personnels d’Amin, le film parvient à faire émerger une histoire escamotée par l’instinct de survie. Il certifie aussi que la traversée d’un pays à un autre n’est qu’une étape d’une âme mutilée, dont il faut s’approprier les marques pour avancer.

Ecrire à l’auteure: fanny.agostino@leregardlibre.com

Crédit photo: © Tandem Films

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Flee (affiche)

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