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«Ich bin dein Mensch»: le rejet d’un bonheur tout fait4 minutes de lecture

par Leïla Favre
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Après le succès de la mini-série Unorthodox, Maria Schrader propose une immersion dans un Berlin futuriste. C’est au cœur d’une expérimentation romantique hors du commun qu’Alma, brillante archéologue solitaire, mettra en doute le concept du partenaire idéal. En partageant trois semaines de sa vie avec l’humanoïde Tom, la chercheuse subira une reprogrammation idéologique.

Si l’intrigue du film, questionnant la cohabitation entre humains et robots, n’est pas des plus originales (on pense notamment aux nombreux films des dix dernières années abordant le sujet comme Pacific Rim, Ex Machina, Blade Runner, Alita ou les séries telles que Black Mirror et, plus récemment, Westworld), les plans larges sur la capitale allemande et ses hauts bâtiments méritent toute notre attention. Par plusieurs contre-plongées et plongées, notamment les scènes depuis le balcon d’Alma, la réalisatrice s’amuse avec les hauteurs et les distances. Cette profondeur des plans et la douce lumière du film rappellent incontestablement l’aventure berlinoise d’Esther Shapiro (Unorthodox, 2020). Aussi, Ich bin dein Mensch baigne dans une lumière claire, accentuée par la présence de différents tons de blanc qui nous rappellent, subtilement, le caractère stérile de la relation grandissante entre Alma et Tom.

En revanche, ce qui demeure un peu moins subtil, ce sont les pensées d’Alma. Elles sont toutes données au public, moyennant la présence de plusieurs plans «subjectifs» qui ne font qu’exagérer les clichés sur la solitude; Alma est une femme célibataire, traumatisée par la perte prématurée d’un enfant, l’évènement douloureux qui a brisé son couple. Alors pour oublier ses blessures, la scientifique ne s’autorise aucune autre occupation que son travail acharné et les récurrentes visites chez son père dément. La performance de Maren Eggert contraste pourtant avec cette légère lourdeur scénaristique; le jeu de l’actrice rend son personnage authentique et plus vivant que jamais. Alma vit ses émotions contradictoires et cette expérience dans toute leur intégralité et leur complexité. L’engouement de la critique et les nombreux prix gagnés par l’actrice sont tout à fait justifiés.

Rendre l’humanoïde humain

Le jeu de Dan Stevens est également remarquable. Il interprète impeccablement l’homme parfait artificiel – une image qui lui sied comme un gant au regard de ses autres rôles dans le même registre; on peut penser au prince maudit dans La Belle et la Bête en 2017 ou au riche avocat dans la série Downtown Abbey (2010-2015). Malgré son expression figée et mécanique, propre à l’archétype de l’intelligence artificielle, Stevens parvient à nous faire apprécier ce robot au regard interrogatif. Plus important encore, il réussit à nous faire rire. Car les instants comiques et attendrissants sont souvent liés aux observations et aux (non-)réactions de Tom, confus devant la masse d’incohérences que constitue le monde des vivants. Ce Roméo robotique, ou plutôt son pragmatisme absolu, permet de questionner l’humanité que la réalisatrice décrit dans toute son absurdité.

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En fin de compte, ce film ne réinvente pas vraiment le rapport entre robot et humain, ce qui ne semble de toute façon pas être l’objectif premier de Maria Schrader. En fait, la relation entre Alma et Tom n’est qu’une passerelle menant au véritable thème du film, à savoir la quête du bonheur et le rapport au plaisir. Enfin, au-delà du caractère léger et amusant de l’intrigue, les jeux de lumière et la photographie de Benedict Neuenfels représentent de solides arguments pour se décider à voir le long-métrage dans les salles obscures.

Crédit photo: © Majestic Filmverleih, ard-foto s1

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