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«Madeleine Collins»: la tromperie n’est qu’apparence4 minutes de lecture

par Fanny Agostino
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Madeleine Collins © Paname Distribution

Les mercredis du cinéma – Fanny Agostino

L’adultère et le phantasme de la double vie peuvent-ils encore être (re)visités au cinéma? Antoine Barraud répond par l’affirmative en engageant le spectateur dans un thriller où la folie guette, le tout porté par une Virginie Efira qui renoue avec le thème du trouble identitaire exploré dans Sybil. Elle livre une interprétation brillante en femme fougueuse et opiniâtre.

La semaine, elle se fait appeler Judith Fauvet. Elle vit en France, a deux enfants désormais adolescents et est mariée à Melvil (Bruno Salomone), chef d’orchestre prestigieux. Leur vie de couple est rythmée par les nombreux concerts à l’étranger de ce dernier, qui attend d’ailleurs une promotion à l’international. Depuis maintenant trois ans, Judith est devenue, elle aussi, adepte des voyages d’affaires. Elle se rend à Rome, en Italie ou encore en Espagne pour effectuer des traductions et suivre des colloques avec l’ONU. Ce train de vie cache cependant une autre réalité, celle d’une petite fille et de son père Abdel (Quim Gutiérrez) résidant en Suisse. Abdel est las de la situation, son comportement commence à être distant envers Judith. Les tromperies et ces deux identités pourront-elles cohabiter encore longtemps?

Une redite? Non, un détournement

Rien de nouveau dans la galaxie cinéma. La thématique de l’adultère et de la double vie est largement présente dans les films de fiction. Elle est d’ordinaire exploitée dans un schéma contraire à Madeleine Collins, à savoir que c’est le protagoniste masculin qui est responsable et acteur de l’adultère. Une mère au foyer éplorée, l’apparition soudaine d’une baby-sitter ou d’une nouvelle collègue… et la triangulation magique apparaît.

Mais les épouses infidèles ne sont bien entendu pas en reste. Cette posture de la femme adultère s’est en particulier symbolisée dans l’imaginaire collectif à travers la figure de la femme fatale, personnage stéréotypé et stéréotypant des films noirs et de son reflet contemporain du néo-noir. Plus récemment, de grosses productions ont également évoqué cette figure. C’est le cas de Rosamund Pike incarnant l’héroïne vengeresse dans Gone Girl de David Fincher. La représentation de ce personnage, garce attachante et manipulatrice justicière, a d’ailleurs été au cœur de nombreux débats concernant un discours et une projection misogyne des femmes…

C’est cependant sous un tout autre terrain que Madeleine Collins embarque son spectateur. Le film dépasse allègrement les questions de genre et les stéréotypes pour déconstruire les attentes du public.

Le fil de la perdition et de la folie

En effet, tout le début de la narration à un goût de déjà-vu: les mensonges et les allers-retours de Judith trompent son entourage, mais aussi le spectateur. Ce qui semble être, au premier abord, une relation passionnelle prête à imploser se dévoile dans une perspective renouvelée et transformée par les indices disséminés dans la fiction; les couches de lecture se superposent. Les indices et la progression du film divulguent alors les ficelles de cette romance entre la France et la Suisse sous un angle familial, où les responsabilités de chacun ne sont que les conséquences des actes des autres. Seuls le spectateur et Judith sont finalement dupés par leurs propres attentes. La duplicité de la protagoniste se transforme en une quête; celle d’une mère accablée par la tourmente des charges qui pèsent sur sa condition et son devoir.

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Quant au titre, sa signification nous est révélée à la toute fin du film, lorsque les masques et les non-dits sont brisés. Madeleine Collins n’a plus, comme le spectateur, qu’à se réinventer dans une autre existence.

Ecrire à l’auteure: fanny.agostino@leregardlibre.com

Crédit photo: © Paname Distribution / UFO

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