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Propagande à la RTS: quand le service public déraille4 minutes de lecture

par Antoine-Frédéric Bernhard
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Article inédit – Antoine Bernhard

Au nom du combat contre l’extrême droite, tout semble permis pour certains journalistes. Y compris ne pas apporter la contradiction à un invité, lequel n’hésite pas à assimiler l’action de Macron aussi bien que les votes de la population suisse au fascisme. Une telle attitude sur le service public, c’est une faute. Les citoyens ne paient pas une taxe pour entendre de la propagande politique et se faire vomir dessus. Retour sur le scandale RTS de jeudi.

A quoi servent les médias de service public? Réponse dans la Constitution fédérale, article 93: ils «contribuent à la formation et au développement culturel, à la libre formation de l’opinion et au divertissement. [Ils] présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions.» Traduction: le service public n’est pas un organe de propagande au service d’un parti ou d’une ligne politique, mais il doit viser une forme de neutralité, il doit équilibrer, pondérer, mesurer, etc. La neutralité parfaite n’existe pas, certes, mais le bon journalisme, en revanche, ça existe. C’est précisément ce qui a fait défaut hier, 13 janvier, sur le plateau de la RTS.

L’exemple parfait d’une non-interview

Le sociologue Ugo Palheta était l’invité du 12h45 pour parler de son livre Face à la menace fasciste, co-écrit avec l’historienne Ludivine Bantigny. La thèse de l’ouvrage, à en croire l’interview, n’est autre que celle-ci: la montée des mouvements de droite dans le monde – en Pologne, en Hongrie, au Brésil, aux Etats-Unis et en Inde – est une nouvelle forme de manifestation du fascisme. A cela s’ajoutent tous les discours «anti-islam», «anti-migrants», et «ultrasécuritaires» auxquels le sociologue français associe encore les groupuscules violents, voire ouvertement néonazis. Face à un tel discours, légitime dans un régime de liberté d’expression, le travail de la journaliste eût été de porter la contradiction. Pourtant, l’intervieweuse s’est contentée d’appuyer les propos de l’invité, et même de lui tendre des perches.

Voyez plutôt. Après la longue tirade de Palheta sur tout ce que recouvre le fascisme selon lui aujourd’hui, Claire Burgy a abondé dans son sens: «… avec en France notamment, lui a-t-elle dit, la présence de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour…», sans lui demander un instant de commenter ou de réagir. Puis, elle lui a complaisamment offert une transition lui permettant directement de vilipender la Suisse: «[Vous dites qu’un] des leviers sur lesquels s’appuie ce projet politique qu’est le fascisme, c’est l’islamophobie, et ça permet de faire lien avec la Suisse?» Et l’invité d’embrayer sur «l’affaire des minarets», qui sert selon lui la volonté de certains de «construire la figure de l’islam [comme ennemi]».

La droite, ce serait donc le fascisme

A suivre le raisonnement depuis le début, on a donc appris que la droite conservatrice au sens large, voire la droite tout court, c’est le fascisme, que le fascisme repose sur l’islamophobie, et que les votations sur l’islam en Suisse sont signes d’islamophobie. La conclusion suit logiquement des prémisses: les Suisses, en partie du moins, sont complices du fascisme, voire fascistes tout court. Le discours est radical et mériterait d’être discuté, mais la journaliste décidément acquise à la cause du barbu de service le caresse encore plus fort… dans le sens du poil: «Maintenant qu’on y est, selon votre constat, qu’est-ce qu’on fait? Il nous reste peu de temps…»

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Alors de trois choses l’une: soit Madame Claire Burgy était fatiguée et a fait preuve malgré elle d’un manque de rigueur journalistique grave, soit elle est mauvaise journaliste et s’est fait complètement blouser par son invité, soit enfin elle était complice et lui a volontairement offert un boulevard pour exposer ses idées pendant trois minutes à une heure de forte audience. En tous les cas, la RTS s’est rendue responsable dans cette situation d’une opération de propagande politique grave. Elle n’a pas rempli son devoir de service public: offrir à la population une information de qualité, servie par un travail sérieux. Voilà un épisode qui, typiquement, n’encouragera pas le maintien de la redevance telle qu’elle existe aujourd’hui et que doivent financer tous les citoyens et entreprises suisses.

Ecrire à l’auteur: antoine.bernhard@leregardlibre.com

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