Le français au collège

 Le Regard Libre N° 1 – V. Sirine

Le présent article ne vise aucun professeur, ni qui que ce soit. S’il cherchait à le faire, il se limiterait à une bordée d’injures bien senties. Est-il besoin de justifier à un maraud fieffé la bastonnade qu’il mérite ? Non. Bats-le. Si tu ne sais pas pourquoi, lui le saura.

Le présent article ne tend guère plus, malgré les apparences – qui ne sont que celles de l’art à la petite semaine –, à exciter un troupeau d’étudiants (professionnels, s’entend) à une vindicte sanglante, qui n’aurait pas sa place dans un article aussi bienveillant.

Quelque chose mériterait cependant qu’on lui témoigne plus d’égards. Il s’agit d’une branche dont le nom, bien usé avec ses comparses de cellule derrière les grilles rouillées de nos horaires, ne semble guère briller d’un légitime éclat tricolore, sinon fleurdelisé : le français. L’enseignement de cette branche ne fait plus rêver que les demoiselles Bovary.

Et pour cause : le programme, mot déjà horripilant à nos oreilles rebattues de couinements de souris d’ordinateur, conditionne tout vers la maturité ; laquelle ne peut mériter son nom, si elle repose sur une connaissance réductrice, qui est malheureusement notre lot. Sous prétexte que les oraux finals – et non finauds – arrivent bientôt, c’est-à-dire après cinq ans de tintamarre rien moins que discret, chaque année donne sa petite liste de course d’auteurs étudiés par extraits, tirés pour chacun de ceux-là d’un seul de leurs livres ; du moins le pratique-t-on ainsi au dire d’endurants témoins.

Ce procédé est certes un moyen de condenser une matière dans une année trop brève, ou rendue trop brève par des pertes de temps scandaleuses, mais il donne hélas l’illusion à des élèves peu informés que chaque siècle compte, dans le meilleur des cas, six écrivains dignes de notre intérêt. En se confinant à un tel programme, on oublie une littérature riche par excellence.

L’auteur du présent article, infernal de bonnes intentions, regrette un peu qu’on ne nous insuffle pas vraiment d’esprit littéraire français, vivant pendant des siècles et qui, Dieu sait pourquoi, s’est à peu près éteint avec l’émergence de l’an 2000 – on suspecte le fameux « bug ». Charles d’Orléans, Marot, Perrault, Prévost, Chénier, Vigny, Leconte de Lisle, Lautréamont, Valéry, Yourcenar, Perec : autant de noms considérables parmi tant d’autres, autant d’inconnus, ou presque, aux bataillons du LCC. On m’a même dit que certains n’y avaient pas entendu parler de Victor Hugo. Stupéfiant !

Crédit photo : © Bibliothèque municipale de Lyon

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