Un jour l’allemand disparaîtra-t-il du LCC ?

Le Regard Libre N° 1 – Florent Aymon 

L’allemand, cette langue considérée par beaucoup, et à tort, comme barbare et inutile, est critiquée ouvertement dans la partie francophone de la Suisse. Qu’en est-il de cette dernière, à ce jour, dans notre collège ?

L’allemand est très, trop, critiqué dans notre établissement. En effet, il n’est pas rare de voir des élèves s’exclamer par exemple : « Oh non, j’ai encore deux heures d’allemand cet après-midi, dont une heure de grammaire et une heure de littérature ! » On peut bien admettre que la littérature allemande n’est pas la branche favorite de la majorité des élèves ; mais de là à imaginer carrément sa suppression dans le programme gymnasial d’ici dix ans, cela est impensable ! Et pour plusieurs raisons : premièrement, le collège étant une école censée apporter une culture générale et non spécifique, comment pourrait-on étayer nos connaissances de la culture germanique sans cet apport nécessaire que donne la littérature ? Deuxièmement, l’Allemagne est trop souvent considérée uniquement comme un pays ayant déclenché et perdu les deux guerres, mais non comme porteuse de ces célèbres écrivains ou compositeurs, à l’instar de Goethe, Schiller ou Beethoven, qui ne méritent que d’être connus. Et – soit dit en passant – c’est elle aujourd’hui qui sauve l’Europe financièrement.

Ensuite, il convient de se questionner sur la langue elle-même : on entend trop souvent des élèves dire que l’allemand « c’est moche », contrairement à l’anglais « qui est une langue cool », « une langue de jeunes ». Et de ce point de vue-là, il faut bien avouer que KANARIENVOGEL est bien moins classe que canari, ou qu’ASCHENPUTTEL fait moins rêver que Cinderella.D’autre part, notre conseiller d’état chef du service de l’enseignement a proposé de monter le niveau d’allemand au niveau C1 à la maturité. Or pour arriver à ce résultat, ne manquerait-il pas une heure ? Que penseraient alors les étudiants si le canton décidait d’introduire une quatrième heure d’allemand par semaine ?

A l’inverse, une initiative a paru dans une école bernoise en vue de supprimer l’enseignement du français au profit de l’anglais ; on peut alors se demander si on va en venir au même stade en Valais… La réponse la plus probable, que plusieurs professeurs d’allemand m’ont confirmée, est évidement que non. L’anglais a beau être une langue mondiale très importante, néanmoins, dans notre pays quadrilingue dont les deux langues principales sont l’allemand et le français, la disparition de l’apprentissage de l’allemand dans la partie francophone de la Suisse ne pourra très probablement jamais se faire. Il faut tout de même rappeler que la proportion de francophones par rapport aux germanophones en Suisse est d’un facteur trois fois inférieur, et qu’il ne serait donc pas un problème pour les suisses-alémaniques d’arrêter d’étudier le français, tandis que ce serait beaucoup plus embêtant si nous autres, Suisses romands, arrêtions de transmettre une base d’allemand à nos enfants.

Concernant mon avis personnel sur cette question, je dirais qu’il manque bel et bien une heure d’allemand au collège : en effet, compte tenu du temps devant être consacré à la littérature ainsi qu’à la grammaire, le temps pour s’exprimer et donc progresser à l’oral est assez restreint… Justement, pourquoi les professeurs d’allemand doivent-ils encore faire de la grammaire aux classes de 4ème – 5ème ? Ne devrait-elle pas être un acquis après huit ans d’allemand ? La faute aux profs, aux élèves, au système ? La réponse n’est pas une…

En conclusion, il faut bien avouer que cette belle langue a toute sa place au collège aujourd’hui et que même si bon nombre d’étudiants rechignent et rechigneront toujours à l’étudier, elle le mérite amplement. Ceci me permet aussi de tirer mon chapeau à tous les professeurs d’allemand qui ont du mérite à enseigner cette langue guère appréciée mais instruite à toutes les classes.

Crédit photo : © nouvellesverites

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