Vivre seul en réaction à une société que l’on n’aime pas ?

Le Regard Libre N° 2 – SoΦiamica

Je suis en ce moment-même sur la terrasse d’un café à Lausanne : deux vieilles dames discutent « du bon temps » à ma droite ; deux jeunes filles se plaignent de leur situation amoureuse à ma gauche ; une autre encore, à peine assise, se met à appeler quelqu’un « pour discuter », en attendant son véritable rendez-vous.

L’Homme peut-il vivre seul ?

Aristote disait : « L’homme est par nature un animal politique (c’est-à-dire social) » et n’avait peut-être pas si tort. Sitôt né, le nourrisson est totalement dépendant de son entourage ; il en a besoin pour manger, avoir chaud, en un mot, pour vivre. Puis le nourrisson devient enfant : cette fois-ci, il a besoin des autres pour apprendre, s’amuser, se développer et atteindre toute la vigueur que lui demande l’âge adulte. Et pourtant, une fois arrivé à maturité, malgré toute l’autonomie, la liberté et les connaissances qu’il a acquises, il lui est impossible de quitter son cadre sans ressentir un certain manque, que cela soit au niveau physique ou psychologique.

Il est désagréable à l’homme de s’imaginer seul, même s’il appartient à une société qu’il dénigre. Ou plutôt il lui est difficile de s’imaginer seul et heureux. Nombreux sont les sages, ermites, ascètes qui s’essayent à ce mode de vie solitaire, bien souvent lié à une vie de réflexion. Or toutes mènent au même résultat : un dessèchement. L’homme sans relation s’appauvrit, s’enferme dans son monde et ses idées, se borne à sa propre réalité. En est-il heureux pour autant ?

Non, car qui, dans ses réflexions, discutera avec lui pour en trouver les solutions ? Qui, dans ses périodes de doutes, sera là pour l’épauler ? Qui, dans ses tristesses, sera là pour l’écouter ? Qui, quand la vieillesse alourdira ses membres, l’aidera à porter de lourdes charges ou un simple sac de courses ? Qui finalement, dans sa dernière agonie, lui tiendra la main et l’apaisera face à l’Inconnu ?

Voilà pourquoi, malgré toute la haine qu’un homme peut porter à son époque, au monde dans lequel il vit, il est faux et réducteur de le nier ou se croire capable de le surmonter tout seul. La société est une masse, une « façon de penser majoritaire ». L’homme, lui, est un individu, unique, original. Si vous n’aimez pas le bataillon, regardez le soldat. Si vous n’aimez pas le groupe, regardez le particulier.

L’homme a besoin de l’homme, non seulement pour vivre, mais aussi pour survivre. Donc, peu importe le « troupeau », il y aura toujours un « mouton » qui vous comprendra.

La terrasse est maintenant bondée. Une personne, cher-chant vainement une place, s’ap-proche et m’inter-pelle en souriant : « Puis-je m’assoir à côté de vous ? »

Est-ce un mouton égaré du troupeau ?

À méditer.

Crédit photo : © eurozine.com

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