Royalisme, la question française

Le Regard Libre N° 3 – Vincent Gauye

Qui n’a jamais rêvé aux grandeurs disparues de l’Ancien Régime ? Qui n’a jamais imaginé ce que serait la France aujourd’hui si un monarque la régissait ? Mais quel roi ? Qui aujourd’hui peut se déclarer souverain légitime du trône de France ? A les entendre, certains clameraient le nom du Comte de Paris. D’autres prôneraient un gentilhomme espagnol. Mais qu’en est-il réellement ? Il convient désormais de revivre les événements qui ont ébranlé la France au lendemain de la Révolution Française.

Nous sommes en 1830. Un monarque absolu, Charles X, régit la France. Il succède au « roi fauteuil », Louis XVIII. Tous deux frères de Louis XVI, ils incarnent la continuité de la dynastie des Bourbons qui succède aux Valois. J’ai tantôt caractérisé le régime de Charles X d’absolu. En effet, son royalisme conservateur l’appelait à régner selon les principes omnipotents de son illustrissime ancêtre Louis XIV. « J’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du Roy d’Angleterre. » disait-il.

C’est dans cet esprit d’affirmation du pouvoir royal ainsi que d’une volonté farouche de redonner à la noblesse son pouvoir légitime qu’il fait part à son peuple de trois ordonnances qui allaient vraisemblablement ébranler le paysage politico-social français. Le roi séjournait alors en sa demeure de Saint-Cloud, aux environs de Paris, lorsqu’on lui fit part de l’indicible révolte qui avait éclaté à Paris. En effet, moult barricades avaient été dressées dans la ville par le peuple, excité par les ignominies proférées par les journalistes à l’égard de la Maison Bourbon. Attendant patiemment à l’écart de la ville, un autre personnage, Louis-Philippe d’Orléans, descendant du Régicide Philippe l’égalité, fut appelé par le peuple à la capitale et nommé Lieutenant-général du royaume. Entre-temps, la révolte croissait à Paris et la famille royale s’était réfugiée au Château de Rambouillet.

Le roi, voyant que le retrait de ses ordonnances n’avait point apaisé les tourments infondés des peuples, jugea l’abdication nécessaire à la survie, d’une part du royaume et d’autre part de la Maison Bourbon. Sa signature fut suivie de celle de son fils aîné vingt minutes plus tard. C’est pourquoi les puristes le considèrent comme ayant régné sous le nom de Louis XIX.

Désormais, tous les espoirs reposent sur les épaules du jeune Henri, Comte de Chambord et Duc de Bordeaux. Comme il n’a que dix ans, Charles X commet l’irréparable. Il confie la régence à Louis-Philippe d’Orléans, son cousin. Ce dernier ne recevra jamais le page qui lui apportait ce message et marchera avec une troupe de quinze mille révoltés sur Rambouillet. La bonté du vieux roi sera telle qu’il préférera épargner ses hommes, pourtant à même de venir à bout de cette colonne hurlante, que de les voir mourir sous le joug de mécréants. De plus, son jugement quant aux forces de l’armée adverse sera trompé par de fausses informations venues du Général Maison à la solde de celui que les milieux légitimistes ne tarderont guère à nommer l’Usurpateur. En effet, cette prise de pouvoir au détriment du jeune Henri V peut être considérée comme telle.

Je viens de parler de légitimisme. Vous vous en doutez, il s’oppose à l’autre forme de royalisme : l’Orléanisme. Les légitimistes soutiendront la cause du Comte de Chambord alors que les Orléanistes soutiendront la cause de Louis-Philippe. Un des plus grands auteurs français du XIXe siècle, Chateaubriand, sera amené à choisir l’un ou l’autre parti. En effet, le Duc d’Orléans, désormais roi des Français, voulait cet homme à ses côtés. Chateaubriand, dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, déclara :

« Le tort réel de Louis-Philippe n’est pas d’avoir accepté la couronne (acte d’ambition dont il y a des milliers d’exemples et qui n’attaque qu’une institution politique) ; son véritable délit est d’avoir été tuteur infidèle, d’avoir dépouillé l’enfant et l’orphelin, délit contre lequel l’Ecriture n’a pas assez de malédictions. »

Je ne vais pas m’attarder sur l’existence misérable de la famille royale en exil, ni sur les tentatives abjectes d’assassinat d’Henri V commises par l’Usurpateur, mais je me contenterai de vous faire part des événements qui suivirent la chute du régime orléaniste (1848). En effet, vers 1870, on songea à réintroduire un roi en France. Cependant, Henri V refusa de régner sous le drapeau tricolore qui représentait pour lui les ineffables horreurs de la révolution et la décadence des régimes qui lui succédèrent. Certains lui reprocheront son impartialité et son manque d’ouverture et d’autres loueront sa ténacité et son refus d’accorder crédit à une forme dégénérée de royalisme.

Sa mort en 1883 achève de déchirer le royalisme. Il était le dernier descendant légitime de Louis XV.

Qu’en est-il de nos jours ? Deux protagonistes issus de la Maison Bourbon se partagent la couronne. D’un côté, le Comte de Paris descendant de Louis-Philippe et d’un autre, Louis XX, Duc d’Anjou, descendant de Louis XIV, du côté espagnol. Les Légitimistes, qui prônent Louis XX, considèrent que Louis-Philippe, descendant de Louis XIII, est moins légitime de par son sang. Les Orléanistes invoquent quant à eux le fameux Traité d’Utrecht qui mit fin à la guerre de succession d’Espagne. Par ce traité, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, renonçait à ses droits sur la couronne française. Ainsi, Louis XX n’est pas en droit d’être le souverain Français, car descendant de Philippe V.

Ce traité et ce droit du sang empêchent les deux souverains de s’affirmer. Toutefois, comme le pense Chateaubriand, un constat demeure :

« Lorsqu’une colombe descendait pour apporter à Clovis l’huile sainte, lorsque les rois chevelus étaient élevés sur un bouclier, lorsque Saint Louis tremblait, par sa vertu prématurée, en prononçant à son sacre le serment de n’employer son autorité que pour la gloire de Dieu et le bien de son peuple, lorsque Henri IV après son entrée à Paris, alla se prosterner à Notre-Dame, que l’on vit ou que l’on crut voir, à sa droite, un bel enfant qui le défendait et que l’on prit pour son ange gardien, je conçois que le diadème était sacré ; l’oriflamme reposait dans les tabernacles du ciel. Mais depuis que sur une place publique un souverain, les cheveux coupés, les mains liées derrière le dos, a abaissé sa tête sous le glaive, au son du tambour ; depuis qu’un autre souverain, environné de la plèbe, est allé mendier des votes pour son élection, au bruit du même tambour, sur une autre place publique, qui conserve la moindre illusion de la couronne ? Qui croit que cette royauté meurtrie et souillée puisse encore imposer au monde ? Quel homme, sentant un peu son cœur battre, voudrait avaler le pouvoir dans ce calice de honte et de dégoût que Philippe a vidé d’un seul trait sans vomir ? La monarchie européenne aurait pu continuer sa vie si l’on eût conservé en France la monarchie mère, fille d’un saint et d’un grand homme ; mais on en a dispersé les semences ; rien n’en renaîtra… »

Crédit photo : © Nouvelles de France

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