Faut-il être lu pour écrire ?

Le Regard Libre N° 4 – Sébastien Oreiller

Voici une entrevue sur le thème de l’écriture, réalisée auprès d’un jeune écrivain qui, par modestie, a tenu à garder l’anonymat.

Sébastien Oreiller : Cher ami écrivain, un grand merci d’avoir accepté cet entretien. Tout d’abord, pourquoi cet anonymat ?

Pour deux raisons : en premier lieu parce qu’il ne serait pas très décent de s’afficher publiquement lorsque l’on n’est qu’un néophyte dans le monde de la littérature, et encore… Deuxièmement, parce qu’il est toujours difficile de parler de ce que l’on écrit, comme l’avait déjà relevé Corinna Bille, et que l’anonymat permet une franchise et une liberté de cœur impossibles à découvert.

En parlant de Corinna Bille, que penses-tu de la littérature valaisanne et par extension de la littérature suisse ?

Comme toute forme artistique, la littérature dépend de beaucoup trop de facteurs historiques ou sociaux pour que l’on puisse porter un avis tranché sur elle. Toutefois, je comprends le reproche qui lui a souvent été fait – mais que Maurice Chappaz réfute – de tomber trop souvent dans la couleur locale. Quant au Valais, je suis toujours admiratif de voir à quel point il a pu inspirer les poètes : Ramuz, Corinna Bille… même Rilke fut d’une certaine manière valaisan, puisque c’est ici qu’il a décidé de finir ses jours. J’aime aussi des écrivains valaisans que l’on ne connaît plus et qui ont pourtant contribué à forger notre identité, comme Louis Courthion.

Quels sont tes sujets de prédilection ?

Je n’ai pas de sujet de prédilection ; tout peut être matière à écriture, même les petits moments de la vie, toutes les joies, toutes les tristesses. Rilke disait que « pour celui qui crée, il n’y pas de pauvreté ni de lieu indigent, indifférent. »

Dans ce cas pour qui écris-tu et pourquoi ?

Je suis d’accord avec Chappaz quand il dit que l’on écrit d’abord pour soi-même. Cela ne relève pas d’une démarche égoïste, mais bien d’une recherche personnelle qui nous permet d’être plus honnêtes envers autrui que lorsque l’on écrit pour les autres. Ensuite, nul texte n’est dénué d’expériences vécues et il arrive souvent qu’une personne soit en quelque sorte le destinataire d’une œuvre. Encore faut-il qu’elle sache le reconnaître… Quant à savoir pourquoi écrire, cela ne se choisit pas, c’est un état de fait qui nous permet de supporter la vie et de l’apprécier. Bien sûr, il y a des phases où l’on écrit moins et d’autres où l’on se sent plus inspiré. Mais un texte n’est pas une chose banale, il est le fruit d’une longue réflexion qu’il faut mûrir.

Quel conseil donnes-tu à ceux qui hésitent à écrire ?

Je n’ai pas de conseil à donner. S’ils ressentent la vocation littéraire, ils finiront par s’y abandonner d’eux-mêmes, cela se fera naturellement. Ce qui importe, en revanche, c’est que le talent ne se perde pas. Il m’est insupportable de voir une personne douée – et j’en connais – se refuser à l’écriture par manque de temps, par dédain ou peut-être par peur, la peur d’une chose plus grande que soi et que l’on ne peut pas maîtriser.

Encore un grand merci pour cette brève mais enrichissante interview, avec tous nos vœux pour l’avenir.

Ecrire à l’auteur : sebastien.oreiller@netplus.ch

Crédit photo : © laboiteverte.fr

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