Une mûre expérience

Le Regard Libre N° 6 – Loris S. Musumeci

L’histoire de Christiane Dini-Bessard, professeur d’allemand au Lycée-Collège des Creusets, à Sion

A l’occasion de la célébration des vingt-cinq ans de la chute du Mur de Berlin, une témoin directe de ce mur, Madame Christiane Dini-Bessard, nous livre son histoire et l’impact qu’a eu le Berliner Mauer dans sa vie.

Tout a commencé en 1968 ; alors qu’elle était une des rares filles de paysans à pouvoir faire des études, ses parents l’envoyèrent quelque temps à Cologne pour y apprendre l’allemand. Et là, lors d’un petit voyage à Berlin avec des amis colonais, elle vit pour la première fois le mur, sept ans après sa construction. La seule présence de celui-ci la choqua, mais elle fut plus encore impressionnée par Berlin Est isolé, artificiel, vide. Ce séjour la marqua à jamais.

Suite à cette visite, elle se rendit souvent en Allemagne et particulièrement à Berlin tant elle avait apprécié la convivialité de ce pays mais aussi tant ce Mur l’interpellait. Elle fit même de la langue allemande et de sa culture son métier, en devenant professeur de cette discipline.

Toutefois, c’est en 1989, lors de la chute du Mur, que notre témoin commença à se poser des questions plus conséquentes à propos de celui-ci. Evidemment, elle ne cache pas la joie immense éprouvée dès qu’elle avait appris cette nouvelle. C’est avec un peu de recul face à l’événement que Madame Dini-Bessard analysa en profondeur la chute du Mur et ses conséquences.

Elle aime notamment à rappeler, en contraste avec l’exultation générale, le témoignage des partisans de la « Ostalgie » qui regrettent la période communiste. Elle évoque également l’écart économique entre l’ouest (beaucoup plus développé) et l’est. De plus, elle constate que si la division n’est plus politique par le mur, elle est restée pour plusieurs dans les mentalités, notamment par des dénominations telles que « Wessis » et « Ossis ».

Il est important pour le professeur d’allemand de rappeler que la question du mur n’est pas qu’un problème qui se confine à l’Allemagne, mais il est bien mondial. Alors que l’on fête en ce moment (à juste titre, bien sûr) le vingt-cinquième anniversaire en brandissant des slogans comme « Plus jamais ça ! », il faut bien se rendre compte que beaucoup d’autres murs divisent notre monde aujourd’hui et que certains sont même actuellement en construction.

A ce propos, Madame Dini-Bessard et ses étudiants ont réalisé une très belle et intéressante exposition dans le cadre du cours d’allemand : « Die Berliner Mauer und die Mauern unserer Zeit ». Ils partagent ainsi dans le hall d’entrée du Lycée-Collège des Creusets leur sensibilité et leurs réflexions face à la question de la division dans le monde.

« Les murs de la guerre froide empêchaient de sortir du pays, ceux de la globalisation empêchent d’entrer » Christiane Dini-Bessard

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre

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