Le collège pousse-t-il à fumer ?

Le Regard Libre N° 6 – Florent Aymon

Il faut bien le reconnaître, malgré toutes les campagnes publicitaires, la prévention, les affiches, les restrictions ou l’augmentation des prix, de plus en plus de jeunes fument. Que ce soit des cigarettes ordinaires, des cigares ou des cigarettes électroniques, qu’ils fument régulièrement ou « uniquement en soirée », nombreux sont ceux qui sortent en courant de leur salle de classe à 9h40 pour pouvoir se satisfaire de leur dose de nicotine tant attendue.

C’est aujourd’hui un vrai problème de société, et la preuve en est là, quand on sait que la Confédération investit plus de 20 millions par année depuis 2006 pour lutter contre ce phénomène toujours en plein essor qu’est le tabagisme. Alors, comment se fait-il que malgré les fonds alloués à l’OFSP, le nombre de fumeurs ne baisse pas ou peu ? Intéressons-nous par exemple aux raisons qui poussent les collégiens à fumer.

Après de nombreuses recherches effectuées au sujet de la prévention et des revenus/dépenses de la Confédération dans la lutte contre le tabac afin de pouvoir répondre à ces questions, et après un sondage effectué auprès de tous les élèves du LCC, nous avons pu en tirer les réponses suivantes.

Tout d’abord, il faut savoir que, en ce qui concerne la Confédération, même si le chiffre de 20 millions de francs par année depuis 8 ans maintenant peut sembler grand, il ne l’est pas du tout en réalité. En effet, bien qu’elle organise des campagnes comme « Cool and Clean » pour un sport sans fumée ou qu’elle soutienne le CIPRET qui lutte contre le tabagisme, elle n’a pas du tout intérêt à voir ses citoyens arrêter de fumer. Cela s’explique par les impôts que la Confédération touche sur chaque paquet de cigarette vendu et qui représente, selon une étude effectuée par l’Université de Lausanne, 57 % du prix d’achat, qui tombe directement dans les caisses de l’AVS/AI. Ainsi, la Confédération a tout intérêt à faire de mauvaises campagnes de prévention, et à voir le nombre de fumeurs augmenter, tout en se donnant une bonne image à travers des campagnes de prévention. Voici ci-dessous un tableau explicatif des cas évités par la prévention. Nous pouvons donc constater par exemple que la prévention a évité des décès pour seulement 8 % des cas.

Tableau effets du tabagisme

Grâce au tableau ci-dessus, nous pouvons savoir quel est le coût social des fumeurs, suite à de nombreux calculs. On arrive ainsi à la constatation suivante : en 2008, les fumeurs coûtaient à la société suisse plus de 10 milliards de francs par an !

Ensuite, nous nous sommes posé la question de savoir combien les collégiens fumaient, et pourquoi ils avaient commencé. Les réponses ne furent évidement pas unanimes, mais quelques points étonnants ressortent du sondage effectué par nos soins auprès de 481 élèves du LCC, choisis au hasard dans 23 classes différentes de toutes les options.

Ce sondage, effectué mi-novembre 2014, nous rapporte les résultats suivants. Nous découvrons que 20 % des collégiens fument. Mais pour être plus exact, il faudrait ôter de ces statistiques les élèves se trouvant en première et deuxième année, car ces derniers n’ont pas l’âge légal pour fumer. Ainsi, nous découvrons que ce ne sont non pas 20 % mais bien 34 % des collégiens qui fument, que ce soit régulièrement ou non. Ce sondage nous permet aussi de constater l’évolution des fumeurs au cours des années, relatée sur le graphique suivant :

Graphique sondage LCC

Ce graphique nous montre bien l’évolution constante du nombre de fumeurs en fonction des années, mais il nous montre aussi que, bien que les élèves de première et deuxième année n’aient, en théorie, pas l’âge de fumer, 10 % d’entre eux en première et 18 % en deuxième le font déjà.

Par la suite nous avons de-mandé aux fumeurs de nous dire pourquoi ils avaient commencé à fumer, ou pour-quoi ils continuaient de fu-mer. Ainsi, nous avons pu constater que la raison pre-mière qui incite les jeunes à fumer est le facteur de stress. Selon notre enquête, plus de 31 % des jeunes col-légiens commencent à fumer à cause de ce dernier. Alors, faute au collège qui met trop de pression sur ses étudiants au point que ceux-ci doivent trouver des moyens pas très catholiques pour tenir le coup ? Cette réponse, bien qu’elle puisse paraître insensée, ne l’est pas tant que ça. En effet, un sondage a été effectué dans diverses universités de Suisse, en novembre 2013, pour savoir si les étudiants prenaient des drogues ou des médicaments afin d’être plus efficaces en cours ou aux examens, et le résultat est très surprenant : 15 % d’entre eux ont avoué y avoir recours. Donc, si les universitaires prennent des substances, comme des somnifères, de la ritaline, des bêtabloquants ou du cannabis, il n’est pas surprenant que les collégiens utilisent la petite sœur de ces substances, la cigarette, pour parer au stress et au travail important qui leur est demandé continuellement.

Dès lors, il est évident que la cigarette est un problème de société, et qu’il n’est pas du ressort du collège de pousser les élèves à arrêter de fumer ; mais quand on découvre le nombre croissant de fumeurs au fil des années, ce dernier tient, selon moi, quand même une certaine part de responsabilité. Ainsi, si à travers certaines mesures il peut contribuer à faire diminuer ces chiffres alarmants, personne ne le lui reprochera…

Crédit photo : © Florent Aymon pour Le Regard Libre

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