« La vita è bella »

Le Regard Libre N° 8 – Loris S. Musumeci

Ouverture. Brouillard. Bruit du vent.

VOIX OFF : Cette histoire est simple, et pourtant elle n’est pas facile à raconter. Comme un conte, elle est douloureuse et comme un conte elle est pleine de merveilleux et de bonheur.

La vie est belle. Roberto Benigni n’aurait pu trouver meilleur titre à son chef-d’œuvre cinématographique réalisé en 1997. En effet, il est vrai que la vie, comme cette histoire, comporte bien des douleurs, mais elle est aussi pleine de merveilleux et de bonheur, c’est pourquoi l’on peut dire que La vie est belle. Cependant, ce titre ambitieux pourrait sembler paradoxal avec le contexte tragique dans lequel le film est ambiancé. Comment peut-on chanter cet hymne à la vie au cœur de la période si dramatique pour l’humanité qu’est la Shoah ? Benigni y parvient d’une manière à la fois exceptionnelle et simple, il s’adresse aux cœurs en traitant ce drame avec une douce et poétique tragicomédie, entre larmes et sourires.

En 1938, Guido Orefice, un jeune et joyeux Toscan, quitte la campagne avec son ami poète, Ferruccio, pour travailler en ville, à Arezzo. Les deux compagnons logent chez l’oncle de Guido, Eliseo, qui est directeur au Grand Hotel (où Guido travaillera comme serveur). Une fois en ville, Guido tombe follement amoureux d’une charmante petite maîtresse d’école, Dora. Elle aussi éprouve une certaine sympathie pour lui, mais elle malheureusement déjà promise en mariage à Rodolfo, un antipathique bureaucrate fasciste. De ce fait, le jour des fiançailles qui a justement lieu au Grand Hotel, Dora décide de s’échapper avec Guido.

Celui-ci l’« enlève » alors au grand moment de la cérémonie, au gâteau, après quoi les deux tourtereaux se réfugient chez Guido, et de cet amour naît Giosuè. Suite à une ellipse de cinq ans, la famille Orefice apparaît dans la plus parfaite des sérénités. Toutefois, la situation politique et sociale se dégrade rapidement, en effet les lois raciales deviennent toujours plus nombreuses et sévères, surtout pour les Juifs, et Guido est Juif. La petite famille n’est cependant pas affectée par ce contexte difficile, jusqu’au jour du cinquième anniversaire du petit Giosuè, où lui-même, son père et le grand-oncle Eliseo sont capturés pour être déportés.

Dora, n’étant pas Juive, n’est pas arrêtée, mais exige d’être déportée elle aussi avec sa famille. Arrivés au camp de concentration, Eliseo est envoyé avec les vieillards, Dora avec les femmes, mais Giosuè et Guido restent ensemble. Ce dernier, voulant protéger l’innocence infantile de son fils de l’horreur de la tragique réalité dans laquelle ils se trouvent, lui fait croire que tout n’est qu’un jeu et que le premier qui arrive à mille points gagne un vrai char d’assaut…

Le film est visiblement « divisé » en deux parties : la première raconte la joyeuse et romantique histoire de Guido ainsi que la sereine vie de famille des Orefice, alors que la deuxième témoigne de la véritable mission du protagoniste de préserver son fils des horreurs de l’holocauste. On pourrait alors penser que de la « première » à la « deuxième » partie il y a un passage de la comédie à la tragédie, mais ce n’est pas le cas. Et c’est justement là que se trouve le cœur de la compréhension du film. Certes, le contexte est des plus dramatiques (et le film le montre à chaque fois en suggérant l’horreur, mais sans jamais l’exposée) mais l’histoire n’est pas triste, elle est même profondément heureuse.

Et c’est l’amour « inconditionnel » (même l’horreur de l’holocauste n’est pas une condition) d’un père pour son fils qui donne au film tout son Bonheur et sa Beauté. En effet, qu’y a-t-il de plus beau que le Don complet de soi ? Guido donne sa vie pour son fils, pour le sauver, pour sauver l’Espérance. Il y a là une certaine « folie de l’amour », un amour christique. En évoquant le Christ, on peut penser à l’une de ses plus belles sentences : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15:13)

En fait, La vie est belle n’est autre qu’un témoignage de l’omnipuissance de l’Amour, celui-ci qui résiste et se renforce même dans un camp d’extermination, et comme l’a dit Benigni pour conclure un entretien durant le tournage : « Le film est un hymne au fait que nous sommes poétiquement condamnés à aimer la vie : parce que la vie est belle. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © s-media

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s