L’avenir du radicalisme et du libéralisme

Le Regard Libre N° 9 – Jonas Follonier

C’est en 2009 que fusionnèrent officiellement le Parti radical démocratique et le Parti libéral suisse. Les deux mouvements furent d’avis de rassembler leurs forces pour contrer leur baisse progressive d’électorat. Si une telle stratégie s’avère sensée dans le domaine de la politique politicienne, celle qui veut obtenir des résultats, qu’en est-il de ces deux courants de pensée d’un point de vue plus idéologique, dans le domaine absolu, cette fois, de la philosophie politique ? Libéralisme et radicalisme, quèsaco ?

A prime abord, les courants libéral et radical se situent plus ou moins au même endroit sur l’échiquier politique : si le libéralisme, sous toutes ses formes, caractérise en Europe la droite classique actuelle, les médias placent ces deux anciens partis aujourd’hui unis, à savoir le PLS et le PRD, au centre-droit, parfois même au centre, un centre qui ne veut plus vraiment rien dire puisqu’il est constitué de mouvements tous plus ou moins libéraux économiquement, mais de vision sociétale divisée (progressiste pour le PLR et les verts-libéraux, conservatrice pour le PDC et le PBD). Et surtout, on peut se poser cette question cruciale : un centre, d’accord, mais entre quoi et quoi ? Apparemment, entre deux fronts populistes et protectionnistes : le PS et l’UDC. Enfin, le parti écologique représente une pensée qu’on ne peut pas vraiment qualifier de gauche, puisqu’elle devrait être partagée par tous les partis. Un paysage politique, donc, véritablement insensé si on lui colle les termes de gauche et de droite.

Mais si ce mot « centre » laisse perplexe, le patrimoine idéologique du Parti libéral-radical relève encore plus de la singularité, puisqu’il marie deux courants relativement différents !

En effet, il convient d’abord de préciser que le radicalisme est une forme de libéralisme : ce dernier place de manière générale la liberté au statut de principe suprême, ainsi que la responsabilité individuelle qui en découle. De ce point de vue-là, le radicalisme, à travers ses différentes manifestations politiques et historiques, se range facilement dans la doctrine politico-philosophique libérale. Or la différence fondamentale, déterminante dans la nature du courant radical par rapport au libéralisme, réside dans la vision qu’il prône de la société : le radicalisme défend une République laïque qui permette la liberté et la solidarité nationale. Au contraire, le libéralisme, ou en tout cas son expression actuelle, c’est-à-dire le néo-libéralisme, vise à minimiser le plus possible l’Etat pour garantir la liberté individuelle, qui semble souvent être voulue exclusive par ses défenseurs. D’où la naissance du mouvement libertarien, qu’on appelle également l’anarcho-capitalisme ; puisse-t-il rester à son état abstrait car il ne peut, de par sa volonté d’absoudre l’Etat, se manifester politiquement sans paradoxe : en politique, il est bien question de la Cité, de la polis.

La « financiarisation » de la tendance politique libérale, et même de la vie politique en général, est très inquiétante. Les partis européens, surtout de droite – le meilleur exemple suisse est le PLR – ont étouffé leur programme social et sociétal pour laisser toute la place à l’économie, à la finance. Les débats actuels, par exemple celui sur le salaire minimum, sont synonymes de batailles de chiffres désespérées, d’explications exclusivement économiques.

Le PLR devrait avoir conscience de ses fautes, du dérapage qu’il est en train de vivre depuis qu’il a cessé de croire à ses racines politiques, sociales, philosophiques et historiques. Ses racines, le parti les a laissé mourir, ou pire, léguées à ses adversaires. Non, le libéralisme social n’est pas le propre du Parti démocrate-chrétien. Non, la laïcité n’est pas que française, et elle n’est surtout pas née du socialisme ! Oui, le PLR peut, doit parler d’immigration et de sécurité, ainsi que d’écologie et de misère sociale.

N’oublions pas que ce sont les radicaux qui ont bâti les assurances en Valais, fondé la Suisse moderne, forgé la France de la IIIe République, éclairé l’Europe entière. En plus d’être un pionnier de notre patrimoine de tous les jours, le radicalisme au sens large, en refusant les solutions tout faites du socialisme et du néolibéralisme, peut constituer la lumière qui guide notre avenir moral et pratique.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © vslibre.com

Laisser un commentaire