Décider de son avenir, une action délaissée aux vieux !

Le Regard Libre N° 11 – Nicolas Jutzet 

Le weekend électoral qui vient d’accoucher d’un Rechtsrutsch n’a, une nouvelle fois, que modérément mobilisé un corps électoral aux abonnés absents. 48,41 %, c’est le taux de participation. Soit à peine moins que les 48,5 % de 2011, mais toujours en dessous de la symbolique barre des 50 %, franchie la dernière fois en… 1979. Malheureusement, les détails de la participation par tranches d’âge ne tomberont que dans quelques mois. Dans l’attente de la confirmation précise des résultats, nous pouvons tirer des conclusions en nous appuyant sur ceux parus en 2011.

Première constatation : les jeunes ne votent pas assez ! Pour rappel, en 2011, près de  68 % des jeunes (18-25 ans) se sont fait porter pâles au moment de glisser leur enveloppe dans l’urne. Secondement, on constate que chez les baby-boomers (55-74 ans), plus de la moitié se sentent concernés par les enjeux politiques. Intérêt que l’on retrouve même dans la tranche des 75 ans et plus, où pas moins de 70 % viennent donner leur avis. L’avenir de notre pays est donc déterminé par ceux qui ne le verront, ne l’affronteront, et summum de l’absurde, ne l’animeront pas, ou si peu. Pendant ce temps, les acteurs de demain se cachent derrière un désamour de la politique justifié en partie par la trop grande difficulté que revêt l’acte citoyen à leurs yeux, ou encore dans le manque d’attrait que réserve ce monde dominé par les anciens (la moyenne d’âge du parlement sortant dépasse le demi-siècle), quand ce n’est pas la probité même du monde politique en général qui est remise en cause. Ces excuses démontrent tout au plus une absence d’intérêt chronique de la chose publique et une incapacité à prendre en main la vie d’adulte qui leur est confiée. Et si on agissait au lieu de se plaindre ? Impossible de se faire sa place ? Les votations sont difficiles à comprendre ? Arguments fallacieux.

Voyons pourquoi :

Les faits

Comprendre les votations, les idées des candidats, des partis, la répartition des sièges selon les cantons, etc. nécessite bien évidemment du temps et une dose de curiosité que seul l’électeur peut trouver et s’imposer. Une fois cette première approche accomplie, l’éventualité de vouloir en savoir plus, de confronter son avis à d’autres, ou de simplement s’engager dans et pour la collectivité peut trouver son bonheur dans les nombreuses initiatives mises sur pied pour répondre à ce besoin. Que ce soit dans les différents « Parlements des Jeunes » ou encore dans les sections « Jeunes » du parti de votre choix, vous êtes le/la bienvenu(e) ! N’ayez pas peur ! Car si les candidat(e)s et les idées proposées ne vous convainquent pas, qui d’autre que vous pour y remédier ?

Les idées d’améliorations

Loin d’être défaitiste, le monde politique semble avoir pris conscience de ce problème d’absentéisme qui donne une bien mauvaise image de la relève de ce pays si démocratique. Afin de faire augmenter ce faible taux de participation, des initiatives comme Easyvote s’acharnent à rendre les sujets importants du paysage politique plus avenants et faciles d’accès aux « apprentis votants ». Que ce soit directement dans la rue ou en ligne, cette tentative de vulgarisation est l’une des réponses qui semble appropriée à la nouvelle vague d’ultras-connectés que nous sommes. Autre idée du genre, le projet « Politbox » lancé par la SSR pour ces élections fédérales, consiste à mettre à disposition du public une application téléchargeable pour se tester via des quiz sur ses connaissances, affinités avec les partis et nous préparer à l’élection qui vient d’avoir lieu. En plus de cette application ludique, un bus aux couleurs de « Politbox » à sillonné la Suisse pour interagir avec les habitants, recueillir les impressions, le tout largement relayé par les différentes chaînes de la SSR. Du côté de la RTS, un jeu fort intéressant vous permet de modeler votre « Suisse idéale », en vous glissant dans le rôle du décideur politique (tabularasa.ch). Belle suite de preuves qu’il est facilement possible de joindre l’utile à l’agréable.

Système fédéraliste aidant, certains cantons s’impliquent davantage. L’exemple genevois avec son « Cinécivic » qui récompense les productions de films ou d’affiches créés par des jeunes, démontre que ces derniers ne sont pas fatalement allergiques à la politique.

Outre les idées citées précédemment, il faut rendre hommage aux partis politiques qui ont grandement accentué leur présence sur les réseaux sociaux si chers à la « génération Y ». Que ce soit Facebook, Twitter voir même Instagram ou encore Youtube, les différentes entités ont compris que l’avenir de la politique se passait en partie dans l’instantané et la proximité qu’offrent ces plate-formes d’interactivité, quitte, pour certains, à s’y brûler les doigts.

Malgré cette foison d’idées, le constat reste insuffisant. Les jeunes ne s’intéressent pas, ou du moins pas assez au monde politique. Le retour sur investissements est famélique. Alors, que faire pour qu’en 2019, ce taux augmente, ne serait-ce que légèrement ?

Le droit de vote à 16 ans ?

L’idée : En observant la courbe de l’abstentionnisme, on remarque que plus le citoyen avance dans son chemin de vie, plus il vote. De ce fait, une partie des acteurs (surtout à gauche) proposent d’avancer le droit de vote à 16 ans, de manière générale ou simplement sur demande du citoyen.

Réflexion : Rendre le vote accessible plus jeune va tout au plus déplacer la problématique de deux ans, sans la régler. L’éducation et l’information sont de meilleurs outils. De plus, confier un acte autant important que le vote à quelqu’un qui n’est pas responsable de certains actes qu’il peut entériner semble absurde.

Plus de cours d’éducation civique ?

L’idée : Améliorer et coordonner les cours d’éducation civique durant la scolarité obligatoire, telle est l’idée prônée par le politologue Pascal Scarini qui trouve que le système actuel est trop vague, et dépend donc de la volonté de chacun (canton, école, enseignant). De plus, il encourage une approche plus concrète de la chose en proposant des débats d’actualité sur les votations récentes ou à venir, au lieu de déblatérer bêtement un aperçu des institutions qui ferait fuir même le plus intéressé des élèves.

Réflexion : Difficile de s’opposer à cette mesure ô combien pertinente, qui permettrait en outre d’encadrer un minimum la propagation d’idées personnelles de certains professeurs, situation que nous toutes et tous avons eu à endurer.

Rendre le vote obligatoire ?

L’idée : Dans le canton de Schaffhouse, les non-votants sont amendés, et ce depuis 1892. Suite à une mise à jour de la loi en 2013, chaque manquement coûte désormais six francs. L’idée de généraliser cette procédure n’est pas encore reprise officiellement par un quelconque parti politique, mais elle revient de temps à autre dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

Réflexion : Forcer le vote à l’échelle nationale augmentera sans doute le taux de participation à l’image de ce qui s’observe dans le canton de Schaffhouse. Toutefois, la « qualité » du vote baissera drastiquement : en effet, effrayé par la sanction financière, le non-votant chronique se contentera de glisser un bulletin dans l’urne sans s’être intéressé au sujet et faussera donc totalement le résultat par son « avis » aléatoire. De plus, la montagne administrative que représente l’application de l’amende rend cette idée caduque ; même le canton de Schaffhouse concède que les sanctions financières sont loin de couvrir les frais de procédure et relèvent donc de la pure « symbolique », soit une victoire à la Pyrrhus. Enfin, l’approche est négative : on juge le citoyen incapable de se motiver sans menace financière. Cette infantilisation me déplaît fortement.

Le mot de la fin

La chance d’être Suisse échappe à plus de 50 % de la population. Comment ça, la chance d’être Suisse ? Mais de quelle chance nous parle-t-il ? Mais tout simplement de cette chance de pouvoir décider de nos représentants, de pouvoir les contredire, de pouvoir donner son avis librement, ou encore de bénéficier d’infrastructures et de perspectives professionnelles d’une qualité exceptionnelle. Tous les sondages le confirment (qualité de vie, perspectives d’avenir, absence de corruption), la Suisse fait figure de bonne élève. Oui, MAIS. Ces bienfaits ne sont pas le résultat du hasard, mais d’un travail de longue haleine, celui d’un peuple qui à toujours su que pour s’en sortir, il devait être meilleur que son voisin, être un exemple, celui qui privilégie une qualité à laquelle les autres répondront par la quantité. Ne perdons pas cet appétit de l’excellence qui nous a permis d’être ce Sonderfall enviable et envié à l’international pour son ouverture et sa sagesse. Mettons un terme aux discours de tous horizons qui entament notre prospérité et nos libertés. Et surtout, cessons d’affaiblir une démocratie qui vire à la dictature quand elle affirme les volontés d’une minorité ! Votez ! La vie n’est pas une simple histoire de droit, elle comporte également des devoirs, et quand ce devoir consiste à donner son avis, il serait d’un mauvais goût infini de le refuser !

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@leregardlibre.com

Crédit photo : © voir.ca

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