Quid des élections fédérales ?

Le Regard Libre N° 11 – Sébastien Oreiller

Le 18 octobre est passé, le deuxième tour pour le Conseil aux Etats se fait attendre. Pourtant, la scène politique suisse est déjà définie : la droite sort gagnante, l’UDC surtout, le PLR ensuite. Tout le monde connaît le scénario de la prochaine législature : alliance entre les deux partis, majorité au Parlement, un conseiller fédéral en plus pour le premier parti de Suisse, indépendamment de la position, volatile, du PDC.

Il semblerait que le virage à droite de la Suisse, tant médiatisé si ce n’est diabolisé, s’inscrive dans une tendance beaucoup plus large, au niveau européen. Un ras-le-bol se fait sentir, un cri surgit du gouffre, l’Européen, le Français, le Polonais, le Suisse, en ont assez d’être pris pour des imbéciles. Les politiques de gauche, appuyées sur une idéologie construite par elles et pour elles, ont prouvé leur incapacité. A ceux qui lui répétaient que le Vieux Continent n’était qu’un amas de souillures historiques, de pourritures religieuses, de superbe raciale, l’Europe, pour la première fois depuis plus de cinquante ans, ose s’affirmer comme ce qu’elle est, un ensemble de nations à l’identité propre, avec leurs citoyens propres, leurs règles et leurs valeurs propres. Le relativisme est mort, la bonhommie et la bien-pensance aussi. Vae victis !

La gauche ne payera pas le prix de ses crimes, ce sera le citoyen. A l’heure où les haines refoulées s’exacerbent, où l’opinion se heurte à la violence de mouvements comme PEGIDA en Allemagne, personne parmi les politiques ne semble comprendre, ou vouloir comprendre, que c’est la nonchalance et l’incapacité des gouvernements en place, endormis dans les brumes de leur propres sédatifs idéologiques, qui ont permis l’émergence de pareilles machines. A ne pas avoir agi plus tôt, à avoir constamment déçu le citoyen, il est à craindre, dorénavant, que toute cette tension n’en finisse aux mains. Paul Valéry avait vu, dans l’Europe d’il y a un siècle, un continent qui ne se reconnaissait plus, englué dans les méandres pontifiants d’une identité torturée. D’une pareille crise de l’esprit, aujourd’hui comme naguère, émergent immanquablement des turbulences décidées de préservation de soi. Cette excitation, naturelle et instinctive, risque de mal finir.

Il est intéressant de voir de quelle manière ce fossile de l’identité, que les soixante-huitards croyaient définitivement enterré, resurgit de ses cendres. Se tourne-t-il vers les valeurs qui, jadis, lui ont permis d’éclore, ou bien vers ceux qui, aujourd’hui fantasment cette même identité au gré des conjonctures ? La réponse est des plus limpides : vers les deuxièmes. Pour preuve, le citoyen suisse n’a pas plébiscité le PLR, le parti qui a fait de la Suisse ce qu’elle est maintenant, qui a défini sa Constitution, ses valeurs ; non, elle lui a préféré l’UDC, le parti démiurge qui fait jaillir, d’une côte du vieil Adam, la vision séductrice et rêvée de la Suisse telle qu’elle devrait être. Une vision qui n’est pas réaliste. Le parti propose une Suisse, un Suisse modèle, alors qu’il n’y a que des Suisses. Elle forge, de toute pièce, une identité au rabais, commune. Les chemises de lutteur, les yodels, tout ça ne fait pas, par exemple, partie de l’identité valaisanne, et on essaye de nous faire croire le contraire.

Deux perspectives s’ouvrent pour le futur : ou, dans l’alliance de droite, le PLR parvient à modérer l’UDC et à s’appuyer sur l’engouement patriotique qu’elle provoque auprès des citoyens pour sécuriser l’avenir de la Suisse en tant que nation et partenaire économique, ou l’UDC met de côté la raison et concrétise sa vision d’une Suisse fermée. Auquel cas il sera toujours temps, pour les plus malins, de se retirer et de sauver les meubles. Advienne que pourra.

Ecrire à l’auteur : sebastien.oreiller@netplus.ch

Crédit photo : © bluewin.ch

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