Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

Pour cette édition, Le Regard Libre vous propose un long entretien avec une personnalité valaisanne, l’abbé François-Xavier Amherdt. Par où commencer pour le présenter ? Laissez-vous simplement guider par cette longue entrevue réalisée au début de ce mois.

Loris S. Musumeci : Vous êtes un de ces hommes que l’on peut vraiment désigner de polyvalent. Vos activités, en effet, sont aussi nombreuses que diverses, mais vous demeurez avant tout prêtre, cela depuis le 17 juin 1984, jour de votre ordination par le Pape Jean-Paul II à Sion. Dès votre plus tendre jeunesse, quelles raisons et circonstances vous ont-elles poussé à le devenir ?

François-Xavier Amherdt : J’ai toujours nourri une quête d’absolu et très vite j’ai eu la conviction intime que seul Dieu pouvait la combler. Depuis ma tendre enfance – ma vocation est née dès l’âge de cinq ans – je me suis senti appelé à tout donner pour celui qui seul était à même de remplir mon cœur et mon âme. Et devenir prêtre, c’était pour moi la possibilité de « donner Dieu » aux hommes et aux femmes de ce temps.

Jamais à aucun instant je n’ai été déçu de ce choix, car le Seigneur des Écritures bibliques, sous le regard duquel j’ai grandi et dans le message d’amour duquel j’ai baigné, n’a cessé de veiller sur moi et de me donner la force d’exercer mon ministère pour mes frères et sœurs. De plus, l’Église catholique-romaine qui m’a offert le cadeau du baptême et à qui je dois tout est la seule institution ecclésiale et religieuse au monde à offrir un réseau unifié et universel, « catholique » voulant d’ailleurs signifier « universel ». Toutes les autres Églises et traditions religieuses sont en réalité morcelées en une multitude de groupes ou d’identités autonomes, alors que le pape, l’évêque de Rome, est le serviteur de la communion de l’ensemble des Églises catholiques locales, qui ainsi ne forment qu’une seule Église.

Enfin, elle s’enracine dans une tradition bimillénaire ininterrompue qui, malgré les erreurs commises par le passé, m’inscrit dans une lignée susceptible de donner sens au présent et de garder confiance pour l’avenir. Elle bénéficie également des richesses de la tradition juive, puisque le Canon des Écritures catholiques partage avec nos frères et sœurs juifs ce que nous appelons le Premier ou Ancien Testament.

Ma vocation – ou plutôt mes différentes vocations articulées autour du désir de devenir prêtre – a ainsi été engendrée dans le cadre de ma famille, grâce à des parents qui m’ont donné le témoignage d’une foi professée et mise en œuvre dans la tendresse et la justice du quotidien. Elle s’est principalement développée dans le contexte de la chorale « La Schola des petits chanteurs de Notre-Dame de Valère de Sion », où le chant, la vie en communauté avec d’autres enfants, jeunes et adultes de tous âges (de 5 à 80 ans), le rythme liturgique, voire le goût du football et de l’arbitrage, se sont côtoyés harmonieusement : pour moi, les études (nous chantions aussi en latin), la musique et le jeu convergeaient en une même recherche du partage et de l’infini, qui trouvait dans le Dieu-famille, Père, Fils et Esprit Saint, son plein épanouissement.

Au fond, toutes mes vocations étaient déjà présentes dès l’âge de cinq ans autour du Sacré-Cœur à Sion : j’habitais en face de l’église, j’allais à l’école au centre scolaire, j’apprenais la guitare classique au Conservatoire situé dans l’ancienne pouponnière, je répétais avec la Schola sous l’église, je jouais au football (et arbitrais déjà) sur la place du Sacré-Cœur, et tout cela se retrouvait réuni comme en brassée dans l’animation des célébrations à la paroisse.

Vous nourrissez une grande passion pour le football ; vous exercez d’ailleurs comme arbitre dans votre temps libre. Quel lien tisseriez-vous entre ce loisir et la prêtrise ?

L’arbitre est au service de la « rencontre » des équipes et permet au jeu de se dérouler sans encombre. Il est dans le jeu sans être dans le jeu. Il participe au match mais ne remporte pas la victoire. Il est le garant des valeurs évangéliques présentes dans le sport : le fair-play, le respect de l’adversaire et des règles, la violence et le chauvinisme-nationalisme canalisés, l’esprit d’équipe, l’oubli de soi au profit du groupe, la capacité de se donner à fond et de se dépasser, de « se transcender » dans les moments cruciaux, l’équilibre ainsi trouvé entre le corps, l’esprit et l’âme selon l’adage mens sana in corpore sano (« un esprit sain dans un corps sain »), l’évacuation du trop-plein d’agressivité par le biais de l’effort physique, etc.

Le meilleur arbitre est celui qui sait se faire oublier, tout en restant très proche de l’action et en sachant s’imposer quand il convient. J’y vois de nombreux parallèles avec le sacerdoce :

1. Le prêtre vise à réconcilier les gens dans les couples, les familles, la société, l’Église ; il favorise la rencontre dans la paix, la sérénité et le respect.

2. Il n’est pas le personnage principal, il renvoie à Dieu dont il n’est que le porte-parole. Il cherche à s’effacer pour faciliter la rencontre intime de chaque personne avec son Seigneur.

3. Moins on le remarque, plus il sert en transparence le Père des cieux. Le prêtre doit prendre des décisions et des positions pas toujours bien comprises. Il se fait critiquer, contester, voire huer ou conspuer. À l’exemple du serviteur souffrant du prophète Isaïe, figure du Christ qui, humilié, n’ouvre pas la bouche, l’arbitre comme le prêtre ne peut pas (toujours) s’expliquer ni se justifier. Il sert la cause de la justice ou de la foi, au risque d’être rejeté, ou même « martyrisé ».

4. Quand cela s’avère indispensable, le prêtre est invité à intervenir prophétiquement, à dénoncer les injustices et les violences, à siffler une faute, à donner un carton jaune ou rouge. Mais il fait toujours tout pour ramener les joueurs à la raison sur le terrain de la vie.

À bien des égards d’ailleurs, Dieu apparaît comme « l’arbitre des nations ». Le prophète Isaïe (2,4) et le Psaume 7,9 le disent d’ailleurs : dans la vie éternelle tous les peuples convergeront vers la montagne de Dieu, le mont Sion (!), la colline de la Jérusalem céleste – sur laquelle était construit le Temple, siège de la présence du Seigneur ici-bas, pour Israël. Il réconciliera alors les hommes de toutes les origines, ceux-ci transformeront leurs lances et leurs armes en faucilles pour la moisson. Dieu les invitera tous ensemble pour un festin de viandes grasses et de vin capiteux qui ne finira pas. De guerre, il n’y en aura plus : le shalom, la paix en plénitude sera enfin définitivement installée, ce Royaume que le Messie Jésus Christ est déjà venu réaliser parmi nous. Aussi ai-je intitulé l’un de mes ouvrages Dieu est arbitre. J’y commente la Parole biblique et l’actualité à travers des paraboles sportives.

Par contre, je reste très lucide sur les enjeux et les dérives du sport de compétition (dans un petit livre, Le sport, religion du XXIe siècle ?) où je montre qu’au fond, les disciplines sportives sont menacées des mêmes dérapages que le monde en général, dont elles ne font qu’offrir un reflet : la violence, le dopage, le nationalisme, le racisme, la tricherie, la corruption, … Mais aussi la solidarité, le beau geste du but marqué, la capacité de se surpasser, l’estime pour les autres athlètes et même pour l’arbitre, etc.

La grande différence dans le « jeu de la foi », c’est que tous peuvent y remporter la victoire, surtout les faibles et les petits, et qu’il ne s’agit pas de battre les autres ni de les annihiler, mais de les encourager et de les soutenir. Non dans un affrontement, mais dans une communion.

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Crédit photo : octuor.ch

La musique est également un grand amour pour vous. Vous enseignez la guitare et vous chantez dans l’Octuor Vocal de Sion que vous avez fondé il y a quarante ans. Quelle place l’art musical occupe-t-il dans votre vie et que vous apporte-t-il ?

J’enseigne toujours la guitare classique, plus au Conservatoire cantonal de musique de Sion où j’ai exercé cette profession avec joie pendant trente-et-un ans, mais dans le cadre de la Société suisse de pédagogie musicale (cours privés). L’art choral à la Schola et la guitare m’accompagnent depuis l’école enfantine. Je les ai commencés tous deux à cinq ans. J’y trouve une prodigieuse source de joie intérieure, d’épanouissement et d’équilibre entre toutes les parties de mon être.

Je fais corps avec l’instrument, aux formes féminines du reste. J’exprime grâce à l’harmonie des six cordes la fine pointe de mon âme, je me tourne vers Dieu, je m’abandonne à lui, l’indicible, au-delà de tout mot. La mélodie de la guitare exprime mieux que n’importe quelle parole la beauté et la grandeur du Dieu transcendant (cf. mon CD La guitare pour prier, méditer, célébrer). Je suis toujours impressionné par cette capacité unique qu’a la guitare de parler à tous les âges et à toutes les catégories de personnes, aux enfants comme aux vieillards, aux adolescents comme aux adultes, par la chaleur et la douceur de ses sonorités. Elle est comme un orchestre en miniature, elle joue en solo, en accompagnement, en ensemble. J’ai formé pendant quinze ans un duo avec le médecin gériatre Jean-Pierre Pfammatter de Sion. Une complicité exceptionnelle nous unissait, l’un déployant la mélodie et l’autre le soutien harmonique. Nous nous entendions si bien que nous n’avions même plus besoin de nous regarder pour être ensemble.

Quant à l’Octuor vocal de Sion, ce double quatuor de voix d’hommes avec l’emploi de voix graves (basses-tailles) et aiguës (contreténors), sa belle aventure se poursuit effectivement depuis quarante ans. Des noces d’émeraude que nous venons de célébrer avec quatre concerts à St-Maurice, Chippis et Sion. Comme je dirige en chantant, nous essayons d’établir le contact le plus direct et familier avec tous les publics et assemblées. Que nous animions une célébration, chantions des œuvres liturgiques ou des pièces profanes, c’est toujours l’idée de faire corps qui nous habite : faire corps à huit, comme une petite Église en miniature où chaque timbre a son importance et où chacun se met au service de l’accord et de l’ensemble ; corps avec les gens pour les élever au-delà des contingences matérielles, les ressourcer et les combler d’allégresse. « Exalter » (tourner vers le haut, altus en latin) les autres est vraiment exaltant. Et je me laisse envahir sans cesse par la devise des Pueri cantores (petits chanteurs) : « Ce que tu chantes dans ta bouche, crois-le dans ton cœur. Et ce que tu crois dans ton cœur, prouve-le par tes actes », puis par la prière « Chanter, c’est prier deux fois : frères, chantons pour que l’on prie, pour qu’on regarde un peu le ciel ».

La liturgie serait pauvre et nue sans le chant et la musique. Ceux-ci en constituent une partie intégrante, soit pour accompagner un geste rituel (une procession, l’offertoire, la communion), soit en formant une action en eux-mêmes (le chant d’entrée pour rassembler les fidèles épars, le Sanctus pour proclamer les merveilles du Dieu trois fois saint, etc.). J’ai consacré en outre un autre ouvrage à des métaphores musicales, afin d’essayer d’exprimer la Parole pour aujourd’hui (ndlr : Dieu est musique).

Vous étiez vice-directeur du séminaire du diocèse de Sion à Givisiez, de 1986 à 1992. Que retenez-vous de cette expérience et que pensez-vous du manque actuel de vocations religieuses ?

Cela m’a passionné, comme mes quatre autres ministères (ceux de vicaire épiscopal, collaborateur pastoral du Cardinal Henri Schwery pour la partie francophone du diocèse de Sion, de curé-doyen de Sainte-Croix à Sion et Noës, de directeur de l’Institut romand de formation aux ministères laïcs en Église (l’IFM à Fribourg) et de professeur de théologie.

J’ai beaucoup apprécié d’essayer de communiquer aux futurs prêtres la flamme du sacerdoce, la joie de transmettre la Parole et le pain de Dieu, dans la fidélité au monde et au Seigneur (cf. mes deux tomes de méditations Dieu est une fête). C’est en étant passionné qu’on peut être passionnant. Le goût de Dieu se transmet par contagion, comme un parfum qui embaume et se répand. J’ai également visé à les initier aux disciplines théologiques, comme préfet aux études, en tenant compte du rythme de chacun. Certains venaient d’un métier, d’autres d’une formation. La Faculté de théologie de l’Université de Fribourg offre de nombreuses voies de formation, qu’il s’agit d’adapter à chaque candidat.

Comme dans mes autres ministères, j’ai bien sûr touché du doigt mes limites, dans cet accompagnement personnalisé, et mesuré la liberté de cheminement de chaque être. Certains séminaristes sont devenus prêtres diocésains, d’autres religieux, d’autres agents pastoraux laïcs. Certains ont adopté une autre direction. Certains mêmes que j’ai présentés à l’ordination ont ensuite quitté la prêtrise. N’importe quel formateur n’est jamais « maître » de quoi que ce soit dans l’évolution de ses « disciples »…

Je suis bien sûr inquiet de la baisse du nombre de vocations sacerdotales, religieuses comme laïques. Puisque dans d’autres parties de l’Église catholique, et sur l’ensemble de la planète, le nombre de séminaristes et de prêtres ne cesse de croître, je suis intimement persuadé que ce sont les familles, les groupes et les communautés vivantes qui suscitent des vocations. Là où l’Église rayonne, les futurs agents pastoraux, laïcs, diacres et prêtres fleurissent. Nous traversons donc en Europe occidentale une crise de foi et de sens, dont le manque de vocations n’est que l’un des symptômes ; je reste toutefois confiant en l’avenir de l’Église catholique, dans « la joie de l’Évangile » à la suite du pape François. Le Christ veille sur son peuple et il reste à nos côtés « jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28,20).

En plus de toutes vos autres activités, vous avez été aumônier militaire pour l’armée suisse de 1984 à 2007. En quoi consistait votre tâche ? Pourquoi défendriez-vous le fait que l’armée ait une aumônerie et même, simplement, comment justifiez-vous le service militaire obligatoire encore en vigueur en Suisse ?

Pour moi, l’aumônerie militaire participe de la même logique que ma présence dans les milieux du sport et de la musique : être dans le monde sans être du monde, être avec les recrues et les soldats sans participer d’une quelconque mentalité guerrière, être levain dans la pâte et sel de la terre : vivre des réalités humaines, telles que le service militaire, le football, le chant ou la musique instrumentale, partager les joies et les difficultés, une même passion, afin de pouvoir de l’intérieur témoigner d’autre chose, du Royaume qui est déjà là parmi nous mais pas encore totalement réalisé.

En tant qu’aumônier (comme sur un terrain ou dans le monde musical), j’ai eu l’occasion de côtoyer une multitude d’hommes qui souvent avaient du temps pour échanger, que je n’aurais sans doute pas eu l’occasion de fréquenter dans la vie ecclésiale et paroissiale. Ce fut la possibilité de beaux entretiens, dans une prison, à l’infirmerie, à la buvette après un concert, qui ont souvent débouché sur la célébration d’un mariage, d’un baptême, voire de funérailles.

Tant que l’armée suisse reste purement défensive, elle peut se situer en conformité avec les valeurs évangéliques de la paix, de la sécurité et de la protection de la population. Et je trouve positif et fédérateur que tous les jeunes Suisses donnent un peu de leur temps pour leur pays, en action de grâce pour la chance qu’ils ont d’y vivre, malgré tout, et au service de la démocratie et des droits de l’homme. Dans la ligne donc de notre saint patron, dont nous fêterons en 2017 les six cents ans de la naissance, Bruder Klaus, saint Nicolas de Flüe, le pacifique et médiateur.

Pour couronner le tout, vous êtes aussi professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg. Quels sont les enjeux d’étude de la théologie aujourd’hui ?

La théologie essaie de trouver un langage pour rendre Dieu, l’Évangile et l’Église intelligibles et désirables dans le monde contemporain. Pour tant de jeunes et de personnes en quête de sens, tenaillés par une profonde soif spirituelle, elle offre les grandes réponses de la Bible et de la Tradition, de l’histoire de l’art, des Pères de l’Église, des saints et des témoins d’aujourd’hui. Elle montre comment foi et raison s’articulent dans la recherche de la vérité, pour une existence heureuse nourrie d’espérance et tournée vers l’avenir. Elle indique de quelle manière annoncer l’Évangile, rassembler les communautés, célébrer l’existence et servir la justice au XXIe siècle (ces derniers domaines étant du ressort de ma chaire de théologie « pratique » / pastorale, pédagogie religieuse et homilétique – ou l’art de la prédication).

La théologie catholique instaure un dialogue étroit dans la recherche de l’unité avec les autres confessions chrétiennes (œcuménisme), y compris les Églises évangéliques libres et avec les autres traditions religieuses (judaïsme, islam, bouddhisme et hindouisme, les religions traditionnelles, ainsi que les sectes et nouveaux mouvements religieux). Les enjeux sont donc immenses dans notre société où on n’a jamais autant parlé de religions et où certains dérapages extrémistes mettent en péril la paix mondiale. La Faculté de théologie fribourgeoise vient de fonder un « Centre islam et société », dans le but de promouvoir le dialogue interreligieux, de contribuer à une réflexion sur l’islam et sa place en Suisse et de favoriser l’intégration mutuelle entre musulmans et chrétiens dans le contexte helvétique. Un sacré projet !

Vous êtes théologien, mais aussi philosophe. Que répondriez-vous à Saint Jean-Paul II qui affirmait que la crise actuelle n’est, avant tout, ni morale ou économique, mais bien métaphysique ?

Saint Jean Paul II, des mains duquel j’ai eu l’insigne honneur de recevoir l’ordination sacerdotale dans ma ville, à l’aérodrome de Sion il y a trente-deux ans, a profondément raison. Il suffit de constater que la construction de l’Europe est en panne, pas uniquement pour des raisons politiques ou économiques, mais faute d’un projet humaniste et spirituel et donc métaphysique commun. C’est par l’art, la philosophie et la théologie que la culture européenne s’est bâtie. Ce n’est qu’en puisant à nos racines – multiples d’ailleurs, où l’islam et le judaïsme ont place à côté du christianisme –, que l’Europe et notre société postmoderne peuvent retrouver des raisons de vivre ensemble et d’espérer encore.

Le jour de la veille de Noël de l’an dernier vous disiez, lors d’un entretien radio à la RTS : « Peut-on interpréter le Coran en tenant compte de son contexte de production pour aujourd’hui ? Et donc, ne pas le prendre littéralement comme dicté par Dieu, toutefois comme pouvant donner du sens, mais de manière différenciée au XXIe siècle par rapport au VIIe siècle ? » A partir de cela, pensez-vous que l’islam puisse être compatible avec la démocratie occidentale aujourd’hui ? La figure de Marie, seule femme à qui l’on donne la parole dans le Coran, pourrait-elle y contribuer ?

Je me fais effectivement beaucoup de souci quant à la volonté des dignitaires musulmans de s’intégrer positivement au sein des sociétés démocratiques occidentales, même si j’ai rencontré de nombreux frères et sœurs fidèles à l’islam qui sont des artisans de paix. Cela n’ira en tous cas pas sans un intense travail théologique et un engagement des intellectuels musulmans, souvent trop réservés en la matière, en faveur d’une véritable entreprise herméneutique d’interprétation du Coran pour le contexte du XXIe siècle. Puisse Marie de l’Évangile et du Coran y contribuer !

Pour en venir à la laïcité proprement dite : la religion est-elle une affaire privée ou publique selon vous ?

Comme le dit si fortement l’exhortation Evangelii gaudium du pape François, la justice sociale, le travail en faveur de la répartition des richesses, de la solidarité, de la paix et du respect de l’environnement font partie intégrante de l’évangélisation. Pas de Bonne Nouvelle sans retombées sociales, économiques, politiques et culturelles ! La foi est affaire publique autant que personnelle. Impossible de concevoir une adhésion authentique au Dieu de miséricorde sans amour du frère et service du petit.

La laïcité est donc la condition nécessaire pour que les différentes convictions et cultures puissent s’exprimer dans le secret des cœurs comme sur la place publique, à condition de ne pas nuire à l’ordre social. Elle se distingue du laïcisme à la française (à la genevoise ou à la neuchâteloise) qui veut expulser de l’espace public toute forme de religieux et pour qui la laïcité demeure la seule religion. L’interdiction des crèches et des sapins de Noël dans les mairies est un exemple de ce sécularisme outrancier, non respectueux de notre histoire et de notre patrimoine culturel commun.

« Je me fais beaucoup de souci quant à la volonté des dignitaires musulmans de s’intégrer positivement au sein des sociétés démocratiques occidentales. »

Enfin, quel souhait auriez-vous pour l’Eglise et votre propre vie, en tant qu’« homme d’Église » ?

Que l’Église soit toujours plus signe du Royaume, que les hommes d’Église nous soyons authentiques et vrais, cohérents entre nos propos et nos actes. Que le feu de l’Évangile embrase le cœur de nombreux jeunes, comme lors des Journées mondiales de la jeunesse ou des Rencontres internationales de Taizé.

Que nous sachions cultiver une intense vie intérieure, nourrie par la méditation, la prière silencieuse et l’oraison. Que nous fassions ainsi de nos communautés des écoles de prière où nos contemporains trouvent de quoi répondre à leur soif spirituelle.

Que l’Église, en cette année sainte, soit une oasis de miséricorde au milieu de notre monde impitoyable, un hôpital de campagne où les blessés de l’existence reçoivent le baume de l’écoute, de la confiance et du pardon.

Qu’à l’exemple du pape François et de Vatican II, les catholiques continuent d’interpeller les puissants pour qu’ils s’entendent en une gouvernance mondiale au service de la paix et de la planète.

Que les baptisés soient dans le monde et non contre le monde, phares et témoins que l’amour fidèle et respectueux est possible.

Que l’Église soit comme une équipe de football, un chœur ou une guitare, faite de personnalités différentes et fortes, mais tirant à la même corde et recherchant la même harmonie.

Des propos recueillis par Loris S. Musumeci

Une réflexion sur « Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt) »

  1. Merci François-Xavier pout ton témoignage de prêtre vaillant, ton parcourt me rappelle que de beaux souvenirs valaisans, et aussi merci
    pour les bonnes réflexions quand à l’avenir de notre Eglise que nous aimons et que nous souhaitons heureuse avec le Christ ressuscité.
    Et vive la vie.

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