L’art de voter

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Y a-t-il une tactique pour voter ? Une manière ? Un geste ? La question vous tracasse, chers Helvètes, en ce dimanche excitant. Conviendrait-il mieux de voter en faveur ou contre ses convictions ? Demandez-vous sérieusement s’il en vaut même la peine d’introduire sa voix dans l’urne ?

Ces questions semblent finement stupides ; elles le sont effectivement en partie. Néanmoins, elles demeurent plus fines que stupides. Si cela peut vous aider à inscrire le bon coup de crayon sur le bulletin, veuillez bien me suivre dans une très brève réflexion abordant chacune de ces innocemment subtiles interrogations.

Y a-t-il une tactique pour voter ?

Il est des tactiques en tout. Ou presque. En séduction, par exemple, il reste souvent préférable de parler peu, fixer intensément les yeux de la donzelle, souffler çà et là dans la discussion le mot juste, concis et direct. Après quoi, ce n’est pas un désavantage que de tirer doucement sur sa cigarette à peine retenue par deux lèvres fortes mais délicates. Elles, qui promettent un baiser prochain. Il en va de même pour la tactique de vote. Si la dispute – du latin dis-putatio signifiant « penser à deux » – est bonne et enrichissante, le silence profond face à son bulletin l’est aussi. Juste le mot adéquat suffit : « à présent, je vote et m’engage pour ma patrie », et que le regard se fixe sur les objets de votation pour lesquels on s’est passionné.

Une manière ?

Juger le vote « à l’aune de l’épanouissement des hommes » comme le dirait l’économiste et philosophe Amartya Sen. Que le choix de vote soit vraiment celui qui convient ou non au bien commun, il n’est pas toujours facile de le discerner ; la question de la bonne intention et l’information concernant le sujet sont toutefois déjà un premier pas adéquat.

Un geste ?

Dans la mesure du possible, se rendre au bureau de vote de la commune et tracer d’un geste décidé la décision établie au préalable.

Pour ou contre ses convictions ?

Parfois, se contenter d’une avancée, même si l’on désirait plus ou moins que la proposition passe, n’est pas tout à tout à fait une mauvaise idée. Que le militant du mariage homosexuel se contente en un premier temps d’un « pacte civil de solidarité » – PACS – et que l’opposant ferme à quelque diagnostic préimplantatoire sache accepter une éventuelle loi qui limiterait ces pratiques même si le vote en question ne propose pas de les abroger totalement. La politique est une affaire de temps ; que ce dernier puisse donc agir à son rythme.

Vaut-il la peine de voter ?

Dès l’enfance, chacun a pu connaître la déception, la frustration, mais aussi la joie d’avoir accompli une belle action. On peut de ce fait rester bien mécontent du résultat d’un vote, il n’en demeure pas moins que la voix de tous reste, même à titre symbolique, considérée. Il nécessite donc par là de la faire entendre, fièrement, en citoyen responsable.

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : http://md1.libe.com/photo/614162-un-electeur-depose-son-bulletin-dans-l-urne.jpg?modified_at=1394885104&width=960

Laisser un commentaire