Le débat sur la laïcité déchire Genève

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

La laïcité, pour faire court, est un principe hérité du XIXe siècle qui vise à ce que l’Etat soit neutre en matière religieuse et séparé des Eglises. L’idée d’une séparation entre l’Eglise et l’Etat a bien sûr des origines lointaines (« il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César »), mais soyons clair : la laïcité telle qu’elle se manifeste (timidement, à part en France) depuis deux siècles a ses racines dans la pensée des Lumières – ne pensons qu’à Locke ou Voltaire et leurs traités sur la tolérance et l’Etat libéral.

Les républicains du XIXe siècle ont ensuite érigé la laïcité en tant que principe ; celle-ci est donc constitutive de nos Etats modernes, forgés par les radicaux en France comme en Suisse. Mais quel homme politique connaît encore l’Histoire aujourd’hui, si ce n’est quelques passionnés ? Il semble que personne ne se rend compte à quel point notre héritage bicentenaire est précieux.

Nous le voyons de manière significative à Genève, l’un des rares cantons romands à avoir inscrit la laïcité dans sa Constitution, mais un canton qui n’a pas encore terminé d’appliquer ce principe. Depuis le début de l’année, le débat fait rage : doit-on adopter une laïcité ouverte ou une laïcité rigide ? Doit-on permettre à des fonctionnaires de porter le voile islamique, ou l’interdire ? Doit-on considérer l’impôt ecclésiastique comme une exception nécessaire ou abolir ce dernier ? Le problème ainsi posé revient à se demander si nous voulons supprimer ou non la laïcité.

Personnellement, j’opte bien sûr pour la seconde proposition. Or l’article de ce jour ne visera pas à prendre position, plutôt à décrire les choses correctement. Pour ce faire, ne tombons pas dans le simple. En effet, il est trop tentant, comme de nombreux politiciens, commentateurs et simples gens, de taxer les tenants de la première option d’islamo-gauchistes et les seconds d’islamophobes. Oublions un instant nos émotions relatives à l’islam, et considérons que ce débat oppose d’un côté des multiculturalistes, et de l’autre des républicains.

Dans la gauche genevoise, la situation actuelle est la suivante : le PS est divisé, les Verts sont divisés, la gauche de la gauche est divisée. Il faut avouer que l’argument de l’Etat républicain n’est pas vraiment invoqué parmi ceux, à gauche, qui revendiquent une laïcité « sévère » ; on préfère mettre en avant la liberté et l’égalité des femmes par rapport aux hommes. Or la liberté et l’égalité, ne s’agit-il pas là aussi de principes républicains ? Alors rejoignons-nous, PLR, UDC, PDC, PS et Verts favorables à l’interdiction des signes religieux à l’intérieur de l’Etat, au lieu de créer trente-six positions différentes.

La scène politique gagnerait fortement à se redéfinir. Pas forcément en termes de partis, mais en termes d’idées. Gauche et droite constituent des dénominations qui ne suffisent plus. Selon les sujets, pourquoi ne pas imaginer un front républicain et un front multiculturaliste ? Pour d’autres questions, pourquoi ne pas imaginer un regroupement national et un regroupement transnational ? Et, bien sûr, un camp libéral face à un camp interventionniste ? Les discussions auraient le mérite d’être posées clairement et peut-être la politique pourrait-elle alors aller au fond des choses.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : www.tdg.ch

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