Sion sous les étoiles : une réussite !

Le Regard Libre N° 19 – Jonas Follonier

Du 15 au 18 juillet 2016, la plaine de Tourbillon a réuni quelque 45’000 personnes pour la troisième édition du festival Sion sous les étoiles. La scène sédunoise a vu se succéder notamment L.E.J, Maître Gims, Johnny Hallyday, Black M, Francis Cabrel, UB40, Alice on the Roof, Kendji Girac, Michel Polnareff, Pony Pony Run Run ou encore Indochine. Il y en a pour toutes les générations, mais aussi pour tous les goûts. Si je m’y suis rendu du vendredi au dimanche, c’est bien pour voir mes trois plus grandes idoles : Hallyday, Cabrel et Polnareff. Comme quoi, ce ne sont pas que de vieux chanteurs pour les vieux, mais avant tout des légendes vivantes qui, à elles seules, réunissent les générations.

Et Johnny en est le meilleur exemple. Le vendredi 15 juillet 2016 restera dans l’histoire du festival, tant le public fut unanimement abasourdi par la qualité du concert que nous a présenté le Taulier. Avant lui, c’est Maître Gims qui a fait le show, et mes préjugés le concernant se sont vite estompés : en effet, il a fait valoir une voix magnifique et une musique remarquable. Or l’ambiance a bel et bien changé une fois la nuit tombée, et il est bouleversant de vivre ce moment. A 22h30, la batterie du centre de la scène s’est élevée dans les airs, laissant arriver en-dessous Johnny Hallyday dans un nuage de fumée. Celui-ci commence son concert par l’une de ses dernières chansons, Rester vivant. Cela sonne vrai, cela donne. S’ensuit, impeccablement rodée, une série de tubes que tout le monde chante : de Noir c’est noir à L’envie en passant par Requiem pour un fou, Johnny ne chante pas seul, mais avec 15’000 choristes totalement fascinés.

Johnny a également choisi de proposer de vieilles chansons un peu moins connues, mais de véritables bijous, comme la ballade country J’ai pleuré sur ma guitare. La voix est intacte, nette, forte. Ses musiciens sont décapants, les meilleurs qu’on puisse trouver actuellement ; l’un d’entre eux a suscité l’admiration de la foule, l’harmoniciste Greg Zlap. Sion sous les étoiles fut l’une des dernières dates du Rester Vivant Tour, qui témoigne d’un Johnny se trouvant à nouveau dans une très bonne phase. Après son mythique Tour 66 en 2009 et les ennuis de santé qui s’étaient ensuivis, les deux tournées effectuées par le chanteur en 2012 et en 2013-2014 n’avaient pas été à la hauteur de la légende Johnny Hallyday. La tournée qui vient de s’achever a renoué avec le grand Johnny, en témoigne ce concert sous la lune sédunoise qui rendait l’atmosphère encore plus surréaliste.

Le deuxième soir du festival, après un Black M nettement moins bon que son ancien collègue Maître Gims, ce fut le tour de Francis Cabrel. Nous nous trouvons à l’opposé des entrées à la Johnny : Cabrel arrive seul avec une guitare, par le côté, sans lumières ni musique. En mémoire des victimes de Nice, il joue Dans chaque cœur, une chanson christique tirée de son dernier album. L’ambiance n’est pas au rendez-vous ; ce n’est pas étonnant : il s’agit d’un festival et Francis nous sert quatre chansons calmes en solo. Il a beau jouer de la guitare comme un Dieu, on eût préféré un début plus instrumental.

La suite du concert monte quelque peu en rythme, avec des tubes totalement revisités musicalement (C’est écrit p. ex.) et un Sarbacane jouissif. Mais voilà, les musiciens, choristes compris, sont huit tout au plus ; la sauce ne prend pas, malgré des moments où le public chante les chansons d’amour les plus connues comme Petite Marie ou Je l’aime à mourir. En résumé, la formule du concert, pourtant partiellement modifiée par rapport à celui donné à l’Arena de Genève en mars, ne correspondait pas à ce qu’on attend d’un festival. Son dernier album a beau être excellent, ce concert ne le fut pas.

Le troisième soir du festival, Kendji Girac, gagnant de la troisième saison de The Voice, s’est montré être un chanteur pour enfants avec moins de pêche qu’Henri Dès. Une autre artiste de la soirée était issue de The Voice, mais l’émission belge cette fois, l’intrigante Alice on the Roof. Cette mignonne petite belge ne paie pas de mine, mais son univers musical peut être comparé en peinture à un Caspar David Friedrich un peu plus contemporain, en cuisine à un doux dessert sobre et merveilleux, en sport à une marche tranquille à travers la forêt. Tant d’expériences simples qui vous prennent au tripes.

Depuis son passage à Sion et surtout depuis le soir où je me suis intéressé de plus prêt à ses chansons, mon esprit est hanté par Easy come easy go, son plus célèbre single. Il m’obsède littéralement. Lucky You, autre extrait de son album Higher, se situe dans la même veine. Cette pop est délicieuse car elle ne se contente pas d’être efficace. La voix qui la chante est belle, elle a ce petit grain qui fait qu’on la distingue tout de suite d’une autre – ce qui est rare dans ce genre de musique. Mais c’est le mystère de sa mélancolie qui fait de cette musique un véritable prodige. Puisse-t-elle un jour chanter en français !

Je finirai cet article par l’artiste qui me passionne le plus : l’ami Michel. Bien que j’aie déjà beaucoup écrit sur lui à diverses occasions, j’ai à présent de la peine à trouver mes mots. Trois adjectifs semblent ressortir de son « show » sensationnel à Sion sous les étoiles : virtuose, fou et surtout angélique. Cet homme, dont j’ai cru pouvoir enfin apercevoir les yeux en vrai (voir ma photo), se confond sans doute avec L’homme qui pleurait des larmes de verre, qui fut l’une de ses meilleures prestations à Sion avec Lettre à France :

« Je lui raconterai l’histoire
De l’homme qui pleurait sans espoir
Il pleurait des larmes de verre
Et quand elles atteignaient la terre
Cela faisait une musique
Angélique et fantomatique. »

Écrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Live Music Production

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