La situation des gays en Suisse

Le Regard Libre N° 19 – Loris S. Musumeci

Le 25 juin dernier eut lieu l’événement de la Gay Pride à Fribourg. Me baladant d’un pavillon à un autre, dégustant une bière de ci, de là, contemplant la sensualité de charmantes « drag queens » ou de viriles demoiselles, j’aperçois également des personnes de tous types : jeunes et vieux, hommes et femmes sont là pour festoyer tous ensemble. Dansant au rythme de « Voyage, voyage » chantée par son auteure Desireless qui était présente pour l’événement, je finis par m’arrêter au stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT. J’échange quelques propos avec sa représentante.

Loris S. Musumeci : Vous êtes responsable du stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT ici à la Gay Pride de Fribourg. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’œuvre de votre association ?

Delphine Roux : Je coordonne la Fédération Genevoise des Associations LGBT – lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres – qui est composée de cinq associations : « Association 360 », « Dialogai », « Lestime », « Parents d’homos » et « Think out ». Chacune de ces dernières a ses spécificités, et elles se sont fédérées en 2008 pour porter des projets communs. « Association 360 » a un groupe Bi, un groupe Trans, un groupe Homoparents et un groupe Tamalou (pour les aînés LGBT). « Dialogai » concerne les hommes homosexuels et bisexuels, « Lestime » est pour les femmes lesbiennes et bisexuelles, « Parents d’homos » se tient au service des parents d’homosexuels et « Think out » est l’association des étudiants LGBT de l’université ainsi que des hautes écoles de Genève. Un des projets de la Fédération consiste en l’écoute, le soutien et la rencontre par notre groupe « Totem » qui concerne spécifiquement les jeunes LGBT jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans.

Vous engagez-vous donc à aider des personnes qui subissent des discriminations ?

Nous offrons surtout un espace de rencontre pour les jeunes. Il est néanmoins certain que nous aidons beaucoup de personnes qui souffrent en subissant, de fait, des discriminations, que ce soit à l’école, en famille, au sein de leur cercle d’amis… Il peut facilement y avoir une réaction négative de la part des proches lors d’un « coming-out ». Notre but est alors de donner à ces jeunes un espace où ils peuvent parler de leurs difficultés, mais également de leur offrir l’opportunité de rencontrer d’autres jeunes qui vivent des situations du même genre. Le tout est encadré par une équipe d’animateurs volontaires. Aussi, nous travaillons avec les écoles. Nous y organisons des ateliers de prévention contre l’homophobie. Cela, depuis 2009, en partenariat avec le Département de l’Instruction Publique.

La collaboration avec l’Etat est-elle importante pour vous ?

Absolument. Un de nos buts principaux est de travailler avec les institutions publiques. A ce titre-là, nous étions intervenus notamment au Lycée-Collège des Creusets de Sion, il y a deux ans.

Bien. Passons à présent à l’événement que nous vivons ici ce soir. Le considérez-vous plus comme une fête ou un lieu de revendications ?

Une Pride a plusieurs buts. Le premier est tout de même festif, parce que c’est ici un espace où chacun peut être soi-même. La revendication est cependant toujours présente, la Pride est donc politique aussi. On marche ensemble pour être soi-même, pour fêter cela, mais aussi pour exposer notre opposition aux insultes et discriminations envers autrui. Par là, nous revendiquons également nos droits. Une Pride, c’est tous ces aspects à la fois, et cela est beau. On peut alors autant y voir des personnes qui défilent en paillettes, travestis, d’autres qui sont simplement là avec leur bannière, ou encore des personnes travesties avec des bannières.

Concernant la situation des homosexuels en Suisse actuellement, pensez-vous qu’elle est plutôt en retard par rapport au reste de l’Europe ou, au contraire, qu’elle est déjà très bonne ainsi ?

Nous sommes pour l’égalité, sans compromis ! Il s’agit donc d’une égalité totale, au niveau juridique et social. Actuellement, la Suisse est en retard par rapport au reste de l’Europe ainsi que de l’Occident généralement. On a toutefois franchi des étapes, ce qui est une bonne nouvelle. Notamment, il y a quelques semaines, en matière d’adoption de l’enfant de la part d’un des partenaires homosexuels. Il n’en demeure pas moins qu’il reste plusieurs étapes à franchir encore. Pensez au mariage homosexuel ! Certes, tous ne veulent pas se marier, il faut cependant laisser le choix à chacun de pouvoir le faire s’il en a l’envie. Par le mariage homosexuel, nous revendiquons aussi tout ce qu’il implique, à savoir l’adoption, la procréation médicalement assistée, la filiation automatique et j’en passe. Nous défendons également fortement les enfants des familles arc-en-ciel !

Et que répondriez-vous à celui qui, s’opposant à vos revendications, affirmerait qu’il ne peut y avoir mariage qu’entre une femme et un homme ?

Ces propos relèvent d’une construction sociale et surtout religieuse, mais tout est amené à évoluer. Il ne faut pas croire que nous voulons détruire le mariage hétérosexuel. Nous demandons simplement une égalité absolue de tous les droits car nous avons les mêmes devoirs. De plus, ouvrir le mariage civil aux couples de même sexe n’ôterait aucun droit aux couples hétérosexuels mariés.

Vous demandez un droit à l’enfant pour les couples homosexuels, mais pensez-vous aux droits de l’enfant lui-même ?

Parlons-en, des droits de l’enfant ! C’est justement tout ce pour quoi nous nous battons. Les enfants de parents homosexuels sont discriminés uniquement en raison de l’orientation sexuelle de leurs parents. Nous voulons protéger juridiquement les enfants vivant avec deux parents du même sexe. Car si le parent biologique meurt, l’enfant n’a aucune garantie de pouvoir vivre avec le parent non-statutaire auquel il est attaché. Nous plaçons le bien-être de l’enfant au centre de ce débat-là. De plus, quarante ans de recherches internationales montrent qu’un enfant grandit tout aussi bien dans un couple hétérosexuel que dans un couple homosexuel.

Pourtant, pour qu’il y ait un enfant il faut, à la base, absolument un homme et une femme.

Non ! Il faut un spermatozoïde et un ovule, mais pas un homme et une femme.

Certes, mais vous invoquez là un organe génital masculin et un organe génital féminin, ce qui implique un homme et une femme.

Non, puisque nous pouvons passer par la procréation médicalement assistée. Cette dernière est d’ailleurs utilisée par bien plus de couples hétérosexuels qu’homosexuels. Un couple sur sept est, en effet, actuellement infertile. Mais encore, qu’est-ce que la norme ? Qu’est-ce que la nature ? Est-ce que tout est aussi naturel qu’on le pense ?

Finalement, êtes-vous confiante pour l’avenir de la situation des homosexuels en Suisse ?

Bien sûr ! Beaucoup de belles étapes seront franchies bientôt. Nous évoluerons dans le bon sens ; j’espère que nous prendrons exemple sur le Canada qui est devenu très en avance sur ces questions. L’égalité arrivera, et même plus tôt qu’on ne le pense.

Merci beaucoup de vos réponses !

Des propos recueillis par Loris S. Musumeci

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