« Moka »

Le Regard Libre N° 20 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Quête existentielle et angoisse se présentent sur les écrans depuis le 17 août dernier par le deuxième long métrage de Frédéric Mermoud, « Moka ». Adapté du roman homonyme de Tatiana de Rosnay, le film raconte la recherche infatigable d’une mère pour retrouver le meurtrier de son fils. Ce dernier est en effet mort subitement après avoir été renversé par une voiture de couleur moka qui ne s’est même pas arrêtée après l’accident.

Tout est inattendu dans « Moka ». D’une scène à l’autre, Emanuelle Devos, qui interprète Diane, la mère, agit et réagit de la manière la plus opposée possible à l’évidence. Cela passe autant par son texte que par son jeu. Le regard fuyant, la démarche floue, elle étourdit le spectateur. C’est dérangeant ; il y a cependant là le reflet d’une psychologie justement dérangée, bouleversée par la perte du fils. La critique n’est pas négative, sans être positive pour autant. Elle constate un fait qui peut plaire ou non : une telle manière d’incarner la mère perturbée peut envoûter comme poser difficulté à entrer émotionnellement dans l’histoire. C’est là un risque que l’on retrouve souvent dans les films d’auteur.

Du côté de Nathalie Baye, quelle femme ! Stable, raffinée et posée, elle est le soupçon d’une assassine. Diane est persuadée que c’est cette belle blonde, propriétaire d’une Mercedes beigeasse-moka, qui a tué son fils. Le rôle va à merveille à Nathalie Baye : comme dans la vraie vie, elle a une fille « qui se cherche », une Laura Smet. Se lève alors un affrontement mystérieux et paradoxalement amical entre les deux protagonistes principales, mutuellement incomprises. Le jeu des actrices diffère en tout. Si l’une a une psychologie anarchiquement enflammée, l’autre est un lac flegmatique, le Léman.

Lui, l’incontournable et mystique Léman. Il est un personnage à part entière du film. Frédéric Mermoud l’a bien mis en évidence, bien qu’il eût pu le faire davantage et mieux. Outre les paysages, la trame est passionnante par son rythme calme qui donne du poids au tragique de la situation. Les premiers plans le sont aussi – en cela la caméra est maniée avec talent, donnant à la réalisation un air de Claude Lelouch.

Si le film n’est pas excellent, il demeure très bon. Et chapeau bas au réalisateur pour son travail audacieux, qui ose un cinéma plus intellectuel, plus lent et plus profond.

Crédit photo : i.ytimg.com

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