« Impression, soleil levant »

Un article de Loris S. Musumeci paru dans Le Regard Libre N° 21

C’en est fini des détails travaillés et retravaillés ; la peinture impressionniste ne représente que l’éblouissement du premier regard. Cela n’est pas du goût de tout le monde, surtout pas au coucher d’un XIXe siècle dominé par le romantisme artistique fin, délicat et poli. Justement à cause d’une critique piquante, les impressionnistes se sont attribué ce nom qui leur va si bien.

Tout commença par la toile Impression, soleil levant de Claude Monet, alias le Prince des Impressionnistes. Lorsqu’elle fut présentée en 1874 à l’exposition de la nouvelle Société anonyme coopérative d’artistes-peintres, sculpteurs, graveurs et autres, à Paris, le peintre et écrivain Louis Leroy ne manqua point de sévérité dans sa critique pour Le Charivari. « Impression – je le savais bien ! Je me disais justement, si je suis impressionné c’est qu’il y a là une impression. Et quelle liberté, quelle légèreté du pinceau ! Un papier-peint est plus travaillé que cette marine. »

Dès lors, les impressionnistes décidèrent de se nommer ainsi. Ce choix fut de plus encouragé par un autre critique artistique favorable à ce renouveau en peinture. « Si l’on voulait en un mot caractériser leurs intentions, il faudrait créer la notion nouvelle d’impressionnistes. Ils sont impressionnistes en cela qu’ils ne reproduisent pas un paysage mais l’impression qui s’en dégage. »

Outre l’histoire qui s’élève derrière la toile dont il est ici question, il demeure passionnant d’en analyser sa subtilité qui donne, en somme, une belle œuvre d’art. Le trait. Par des coups de pinceau majoritairement horizontaux, il est omniprésent. A l’avant d’un camaïeu gris-bleuté, les épaisses lignes noires de la barque se marient à merveille avec les fines touches rougeâtres du soleil levant sur le port du Havre. Les deux se mettent en évidence mutuellement. Celles de la barque, élément le plus foncé du tableau, dirigent le regard vers le rouge flottant sur l’océan. Celles du soleil renvoient au noir dont ils sont la cause de leur illumination. La barque n’est, de fait, qu’une ombre, car le soleil se lève.

Le fond n’est pas moins intéressant. Les lignes verticales des cheminées, dans un pays en pleine révolution industrielle, tissent un lien entre le ciel mélancoliquement vague et les vagues de l’eau. Qui, elles-mêmes, rejoignent la barque pour remonter à la boule rouge du soleil par ses reflets. Le tableau reste en profonde unité.

Concernant l’impression en soi, elle se révèle pleinement dans cette huile sur toile. On semble en effet voir un Monet qui, après une belle nuit de fête, se réveille sur le port, ouvre ses yeux encore plissés par la fatigue, et peint de suite l’impression du spectacle qui s’offre à lui, aux alentours de sept heures un matin d’automne. La vapeur des usines et des bateaux paraît même sortir de son cadre pour parvenir au visage de celui qui, immobile, observe l’image. Il est aussi une odeur de froid humide qui s’impose aux narines, fraîches du matin, rêvant du grand large.

C’est dans une ambiance tout entière que Monet veut nous emmener ici. Il invite au voyage. Bien qu’un papier-peint eût été plus travaillé, le but du jeune Claude semble plutôt atteint. Une nouvelle ère commença en peinture. Son influence est aujourd’hui encore bien présente. Et ce n’est pas qu’une impression.

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

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