Fillon est le meilleur des candidats

Un article de Nicolas Jutzet et Jonas Follonier paru dans Le Regard Libre N° 22

La primaire de la droite et du centre est lancée. Chacun y va de son livre, de son programme, de ses idées « pour la France ». Chacun croit être la personne providentielle. Malheureusement, en y regardant de plus près, malgré le large panel, l’offre est plus au moins la même, à de rares nuances près. Les candidats sont d’accord entre eux sur les principaux sujets : suppression des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, alignement des régimes privés et publics de retraite. Hormis Nathalie Kosciusko-Morizet (et encore), personne n’a le courage de proposer une réelle révolution. Les débats porteront sur des détails, pas sur des convictions profondes.

On parle par exemple très peu de la vision européenne des candidats, qui bottent en touche ; on promet de faire appel au référendum, ou pas, mais on évite surtout ce sujet glissant. Il en va de même sur le sujet explosif des syndicats – rappelons qu’en France, ils vivent grâce aux subventions publiques et se permettent tout de même de bloquer le pays, alors qu’ils ne représentent plus personne. Plus de courage par contre quand il s’agit d’aborder la thématique du voile et de l’islam dans sa globalité. Mais on regrette rapidement la surenchère sécuritaire qui mène à l’escalade. Sarkozy parvient même à proposer des expulsions sur « soupçons ». La démagogie est telle qu’on en vient à saluer la réponse de Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, qui refusent d’interdire le port du voile à l’université, ces derniers estimant juste que les personnes fréquentant une université sont capables de décider par elles-mêmes de l’habillement qui leur sied.

Voyons plus précisément ce que proposent les différents candidats à la primaire en comparant leurs programmes par thématique :

Fonction publique

  • Nicolas Sarkozy : Supprimer 300’000 postes de fonctionnaires sur la durée du quinquennat.
  • François Fillon : Réduire de 10 % le nombre de fonctionnaires (actuellement 5,2 millions d’équivalent temps plein).
  • Bruno Le Maire : Réduire 100’000 postes de fonctionnaires par année.
  • Alain Juppé : Supprimer entre 250’000 et 300’000 postes de la fonction publique, au moyen du non-remplacement ciblé des départs à la retraite.
  • Nathalie Kosciusko-Morizet : Supprimer le statut de fonctionnaire.
  • Jean-François Copé : Abroger les statuts de la fonction publique et passer à une durée du travail de 39 heures.
  • Jean-Frédéric Poisson : Limiter l’Etat à ses fonctions régaliennes.

Budget

  • Nicolas Sarkozy : Economiser 100 milliards sur la durée du quinquennat.
  • François Fillon : Economiser 110 milliards sur la durée du quinquennat.
  • Bruno Le Maire : Réduire les dépenses de 85 milliards sur la durée du quinquennat.
  • Alain Juppé : Economiser 85 à 100 milliards sur la durée du quinquennat.
  • Nathalie Kosciusko-Morizet : Economiser 100 milliards sur la durée du quinquennat.
  • Jean-François Copé : Economiser 20 milliards par année.
  • Jean-Frédéric Poisson : Ajouter 1 milliard au budget de la Justice.

Sécurité

  • Nicolas Sarkozy : L’armement de la police municipale doit devenir la règle.
  • François Fillon : Pas de service national (au XXIème siècle, l’armée est une affaire de professionnels).
  • Bruno Le Maire : Procéder à des expulsions de fichés S radicalisés de nationalité étrangère.
  • Alain Juppé : Mettre en œuvre tous les outils de l’état d’urgence : perquisitions, arrestation des Français de retour du djihad, assignation à résidence des fichés S jugés dangereux.
  • Nathalie Kosciusko-Morizet : Interdire le salafisme.
  • Jean-François Copé : Créer 50’000 postes dans la sécurité et 20’000 places de prison.
  • Jean-Frédéric Poisson : Rétablir le service national.

Immigration

  • Nicolas Sarkozy : Mettre en place un délai de cinq ans avant qu’un étranger puisse bénéficier d’une allocation sociale non contributive.
  • François Fillon : Ne verser aucune prestation d’aide sociale, d’allocation familiale ou d’aide au logement à ceux qui résident régulièrement en France depuis moins de deux ans.
  • Bruno Le Maire : Durcir drastiquement les conditions du regroupement familial :
  • contrôler le casier judiciaire des demandeurs en amont ; accroître le niveau du « revenu de référence » et y inclure uniquement les revenus du travail ; mettre en place un système de cautionnement bancaire de 5’000 euros pour permettre aux étrangers de s’installer de manière digne sur le territoire français ; délivrer automatiquement une « obligation de quitter le territoire Français » (OQTF) aux étrangers installés en France qui ne respecteraient plus les critères d’éligibilité.
  • Alain Juppé : Conditionner le regroupement familial à une situation d’emploi générant des revenus d’activité.
  • Nathalie Kosciusko-Morizet : Restaurer le droit d’asile dans son essence.
  • Jean-François Copé : Supprimer l’aide médicale d’Etat et réduire de moitié le nombre de nouveaux immigrés par an.
  • Jean-Frédéric Poisson : Remplacer le droit du sol par le droit du sang.

La spécialité

  • Nicolas Sarkozy : Exiger que tous les jeunes à problème soient tenus de faire un service militaire obligatoire.
  • François Fillon : Instaurer le mandat unique.
  • Bruno Le Maire : Supprimer l’ENA.
  • Alain Juppé : Surveiller les lieux de culte pour fermer les mosquées radicales.
  • Nathalie Kosciusko-Morizet : Instaurer la Flat-Tax (même pourcentage d’imposition pour tous).
  • Jean-François Copé : Gouverner par ordonnances pour aller plus vite.
  • Jean-Frédéric Poisson : Abroger le « mariage pour tous » et lutter contre l’avortement.

francois-fillonIl reste évidemment la déception de l’absence de la quatrième révolution industrielle dans le débat, du peu de place laissé au numérique, à la décentralisation du pouvoir, à la mondialisation, à la réforme en profondeur de l’Etat providence, à la fin du social-clientélisme. De ce regroupement de candidats globalement homogène, un seul se démarque quelque peu. François Fillon est l’unique prétendant qui nous semble à même d’aller au bout de ce qu’il propose. Loin d’être révolutionnaire, son programme suggère cependant un changement conséquent du modèle actuel, ce qui sera déjà très difficile à mettre en œuvre tant les adversaires sont enfermés dans leurs dogmes. Un président qui applique strictement son mandat, tout en se sachant limité par le temps (il affirme ne briguer qu’un seul mandat), aura une légitimité difficilement contestable, même par la rue. Malgré son âge, ses interviews laissent transparaître un homme au fait de la nouvelle donne, du monde à venir. Qui aurait cru que l’austère ex-premier ministre était un « vrai geek », comme il l’affirme ?

De plus, son intention de continuer à revaloriser la filière de l’apprentissage est honorable tant elle pourrait sauver une partie de la jeunesse française de la précarité sur le long terme. Sa velléité de recentrer les tâches de l’Etat sur les fonctions régaliennes en tentant un tant soit peu de redonner le reste des tâches au marché, est également louable. Autre point intéressant, son envie de retirer le principe de précaution de la constitution, « un principe dévoyé et arbitraire ». Rappelons que ce principe de précaution, bien au contraire de ce que nous affirment les écologistes, nous mène directement à la ruine tant il fait de l’Europe un continent qui, contrairement à l’Asie ou l’Amérique, est un continent de peureux. Et, qui l’eût cru, la peur fait fuir les entrepreneurs avides de… risques. Notons également sa raisonnable envie de revenir sur la fermeture de la centrale de Fessenheim décrétée par François Hollande.

Relativisons toutefois rapidement nos ardeurs : ce candidat est loin d’être parfait tant il semble conservateur sur le plan sociétal et sur les questions en lien avec la justice, la police et l’armée. Il saura guider le pays sur une pente ascendante, mais pour les grands projets de société nous allons devoir attendre 2022, ou plus.

De manière générale, cette primaire sent le réchauffé et lance parfaitement une course à la présidence de la République qui risque avant tout d’être une course pour éviter le pire. Dans les partis traditionnels, aucun candidat n’émerge, ne séduit les foules. La déroute annoncée du Parti socialiste et la quasi certitude d’une présence de Marine Le Pen au deuxième tour fait dire à de nombreux spécialistes que cette primaire de la droite et du centre désignera le futur président de la République. Ce faisant, nous pourrions connaître l’identité du huitième président de la Vème République le 27 novembre, avant même d’en savoir plus sur les intentions de l’actuel locataire de l’Elysée, lui qui promet de donner sa réponse quant à une nouvelle candidature durant le mois de décembre. Décidément…

Image : François Fillon (© Wikipédia)

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