Trump passe à l’action : et si ce n’était que le début ?

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Le monde est en effroi, car l’entrepreneur devenu « leader » a simplement décidé d’appliquer le programme qui lui a permis d’être élu, et ce à la lettre. Faisant à nouveau mentir une grande partie des « experts » qu’il humilie avec un certain plaisir à longueur de discours. Nous avions prévu « business as usual ». Que nenni, il passe à l’action. Après lui avoir reproché le contenu, nous lui reprochons désormais d’être un homme de parole. Vous admettrez sans aucune peine que nous sommes légèrement coincés dans une position intenable. Et nous sommes fautifs.

Cette attitude schizophrénique que l’on observe autant dans la presse que sur la nouvelle place publique, les réseaux sociaux, nous mènera à notre perte. En quelques mois, Trump et les autres que nous nommons avec dédain « les populistes » auront donc remis en question notre modèle, détruit la crédibilité de la presse et des analystes. Et nous continuons à croire qu’ils sont seuls, que la folie de Trump est individuelle, oubliant qu’ils sont largement soutenus par la foule. Prétendre vouloir se « réveiller de ce cauchemar », c’est croire que la faute du problème revient uniquement à la tête pensante, alors que les racines du mal sont profondes, que les métastases se sont propagées. Arriverons-nous seulement à sauver le patient ?

Car bien plus que le contenu, le grand danger de la politique « non conventionnelle » de Trump, ou de Theresa May et son « hard Brexit », réside dans le fait qu’elle crée un précédent fâcheux. N’avions-nous point prétendu que tout ceci était impossible ? Que le Brexit et l’élection de Trump allaient créer un naufrage financier immédiat ? Nous sommes défaits car nous avons refusé, par fainéantise, de nous battre. Pendant que nous nous lamentons sur l’avenir de « notre » monde, Trump construit un mur, bloque les frontières, et demain, qui sait ? déclenche une guerre commerciale. Pendant que nous prédisons l’apocalypse, les bourses flambent, plus dithyrambiques que jamais.

Les démocraties du monde occidental se fracassent sur la dichotomie temps court / temps long. A n’en pas douter, Trump mène son pays au désastre sur le long terme, mais sur le court terme, rien n’indique que l’euphorie des marchés et la conjoncture puissent baisser. Il ouvre de fait un boulevard pour les autres populistes. Qui osera prétendre que leur programme est inapplicable ? Qu’une sortie de l’Europe et de sa monnaie relève de la folie furieuse ? Qui osera dire que la fermeture des frontières est impossible ? Que le protectionnisme, même dans sa version « intelligente », consiste en une aberration ? Qui peut ignorer qu’aujourd’hui, Marine Le Pen n’a qu’un rêve : se mesurer au mondialiste, à l’ami de la finance, Emmanuel Macron ?

Le piège se referme. J’admire notre crédulité. Hier encore, nous désespérions du peu de pouvoir laissé au capitaine du camp du bien, maître en rien sauf en marketing politique, Barack Obama, et aujourd’hui nous nous rassurons en pensant que le Congrès saura maîtriser le nouveau capitaine, quelque peu. Le 20 janvier, au moment de faire le bilan, nous avons refusé d’admettre que le passage d’Obama fut d’une rare médiocrité, et nous reprochons aujourd’hui aux défenseurs du Donald de manquer de lucidité ? Sommes-nous sûrs que l’enfer, c’est les autres ?

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@leregardlibre.com

Crédit photo : Le Figaro

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