« Un sac de billes », le nouveau classique du cinéma français

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Sachez que, dans ce salon, tout le monde est juif. »

Août 1944, une ruelle de Paris victorieusement ornée de drapeaux britanniques et français. Hitler est tombé ; nous sommes libres. De suite, on revient deux ans auparavant, 1942, l’Occupation commence. Des enfants espiègles jouent en ville, il s’agit de Maurice (Batyste Fleurial) et Joseph (Dorian Le Clech) Joffo : deux juifs, deux frères. Ils se rendent au salon de coiffure de leur père, Roman, dignement interprété par Patrick Bruel. L’ambiance y est joviale, au point de permettre la moquerie des enfants envers deux officiers nazis, venus se dégarnir les côtés.

Le lendemain, c’est le drame qui entre en éruption. Au son du violon de la composition originale d’Armand Amar, on cout l’étoile jaune aux manteaux. L’heure est grave. Clignancourt se transforme en « pogrom ». Il faut partir. Les parents Joffo décident d’envoyer leurs fils en zone libre. Le voyage sera périlleux en persécution ; la famille séparée, mais confiante. A tort ou à raison ?

Un sac de billes, réalisé par Christian Duguay, du témoignage homonyme, s’érige déjà en classique du cinéma français, à deux semaines de sa parution. C’est là le problème selon certaines critiques : trop classique, lance-t-on. J’ajouterais même que le film n’apporte rien de véritablement nouveau, et que son air de déjà-vu se ressent dès la première scène.

Le reproche devient néanmoins éloge lorsque le résultat d’un procédé cinématographique à l’allure vieillotte n’est autre qu’une pure et simple réussite. Aucun mouvement de caméra, aucune méthode de montage historique ne sont nouveaux. Et pourtant, quelle finesse d’image, quelle trame prenante et profondément émouvante.

Le jeu ne comporte également rien de particulier. On pleure, on rit ; on s’excite, on se calme ; on étouffe de peur, on respire le courage. Cela suffit. Les enfants incarnent leur rôle de manière impressionnante, Madame Anna Joffo (Elsa Zylberstein) parfume de fierté, Patrick Bruel est excellent. Sans compter l’amicale participation d’un Kev Adams, comme on ne l’a jamais vu, et celle de Christian Clavier, douce et subtile.

Le présent hommage aux victimes de l’Holocauste ressemble à La vie est belle de Benigni : passionnant et calme à la fois. En cela, un souhait aux prochains spectateurs d’Un sac de billes : se laisser transporter dans l’aventure, sans en verser les billes, mais quelques larmes.

« Vaut mieux prendre une claque qui fait mal, que perdre la vie parce qu’on a peur d’en prendre une. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : Le Temps

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