« Rock ‘n roll », un film qui fait honte

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

L’idée de départ était bonne : créer une comédie sur soi-même, une satire autobiographique. Tel était le pari de Guillaume Canet, acteur et réalisateur français dans la vie et… dans le film en question. Dans son cinquième long-métrage, Canet n’est pas le seul à jouer son propre rôle : il s’entoure de sa compagne Marion Cotillard, de son ami producteur Alain Attal, du musicien Yodelice et compte sur la participation de stars telles que Kev Adams et un certain… Johnny Hallyday.

Dans cette auto-fiction, Guillaume Canet atteint la quarantaine et réalise, à cause de propos tenus par une jeune actrice sur un tournage, qu’il est passé dans la catégorie des vieux acteurs et qu’il n’est plus un objet de désir sexuel pour le public féminin. Il est fini, fichu. Il n’est plus rock. Pire encore : il ne l’a jamais été. Cette révélation sonnera le début d’un volonté pour le moins déjantée de changer son image et de paraître plus jeune.

Si la première partie du film peut se défendre, dans la lignée des comédies franchouillardes où les allusions sexuelles et les quiproquos constituent l’essentiel de l’histoire, la deuxième, elle, laisse pantois : on assiste à un cinéma totalement râté. A une exception près, toutefois : la scène où Guillaume Canet se rend chez Johnny Hallyday pour lui demander conseil. A la surprise générale, le rockeur septuagénaire offre une excellente prestation d’acteur – ce qui était rarement le cas dans les films où il avait joué, Salaud on t’aime mis à part – et se dote d’un sens de l’autodérision absolument brillant.

Un sens de l’autodérision, justement, que l’acteur-réalisateur Canet ne semble pas avoir. A vouloir trop la montrer à l’écran (deux heures de temps !), cette remise en question de lui-même sonne faux, archi-faux. On n’y croit pas une seconde, et en même temps, on est littéralement effrayé quand, par exemple, Canet décide de passer par l’étape de la chirurgie esthétique, le rendant peu à peu identique à un monstre ou, si vous préférez, aux frères Bodganov.

Seule l’infinie tristesse de sa bien-aimée devant ce désastre humain semble authentique. Mais cela s’explique seulement par le talent de l’actrice Marion Cotillard (qui avait excellé entre autres dans De rouille et d’os et Mal de Pierres, que nous avions adoré). Nul mérite ne revient au scénario : celui-ci dessert l’actrice d’une façon absolument monumentale. Qui peut être convaincu par cette fin américano-ridicule, au milieu des crocodiles, où la belle accepte la bête comme elle est et lui pardonne ?

Rock, le film ne l’est pas du tout. Il ne balance pas, il ne surprend pas. Il empire, il grossit une bêtise jusqu’à ce qu’elle explose. Il développe une suspecte obsession du réalisateur pour sa vie. Si au moins son existence était digne d’intérêt, peut-être aurait-on pu passer un bon moment de cinéma. Mais Canet n’est pas intéressant, et il n’a aucun talent. Il ne ressort de Rock ‘n Roll qu’une profonde honte pour ce bobo parisien qui s’amuse à jouer les beaufs et dont le résultat est pour le moins… « bof ».

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Image : Guillaume Canet dans son auto-fiction Rock ‘n Roll (© Gala)

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