Macron – Le Pen : deux avis divergents au sein de notre rédaction

A l’entre-deux tours de l’élection présidentielle française, Le Regard Libre est divisé. Si l’ensemble de la rédaction reconnaît qu’il s’agit là d’un vrai choix entre deux candidats que tout semble opposer, deux de nos journalistes ont choisi de soutenir ouvertement leur favori. Nicolas Jutzet, pour sa part, est enthousiasmé depuis le début par la candidature d’Emmanuel Macron. Loris S. Musumeci, qui espérait voir François Fillon arriver au second tour, a décidé quant à lui de soutenir Marine Le Pen. Voici leurs plaidoyers.

Macron, la force tranquille

Nicolas Jutzet

Mais où finira-t-il par s’arrêter ? Il y a trois ans, il était encore un parfait inconnu pour le grand public. Le voici désormais devenu l’homme à (a)battre. L’enfant prodigue est aux portes du pouvoir. Que de chemin parcouru ! Pour en arriver là, le jeune provincial aura dû convaincre et prendre son courage à deux mains. Le destin fait les hommes, mais certains savent le forcer. Il est assurément de ceux-là.

Emmanuel s’est fait par l’Education nationale. Un exemple même de ce qui fonctionnait en France et qui, aujourd’hui, est source de nombreuses frustrations. Lui, par la force du travail, a pu « monter à Paris », y faire sa place et redonner à la France ce qu’elle lui avait offert. Mais pour les prochains, l’ascenseur social est en panne. L’assignation à résidence dans toute sa violence. C’est son histoire personnelle qui explique la place centrale laissée à l’éducation dans son programme. A ce jour, 20% des élèves qui sortent de l’école primaire ne savent pas bien lire, ni écrire, ni compter. De plus, les différents classements internationaux démontrent l’inégalité criante d’un système qui était pourtant censé atteindre l’exact inverse. Pour remédier à ce constat, le candidat propose de mettre la priorité sur le primaire, spécialement dans les zones prioritaires.

Second chantier essentiel : libérer le travail et l’esprit d’entreprise. Si la France se retrouve aujourd’hui dans cette situation sociale explosive, c’est aussi à cause d’une vision erronée de la logique que doit suivre une communauté marchande ouverte. Seul Macron propose de changer cette logique. Bétonner les droits des « insiders », baisser le temps de travail, avancer l’âge de la retraite, rien de tout cela ne crée de l’emploi, au contraire. Libérer le capital pour qu’il puisse enfin être investi dans le pays, fluidifier le marché du travail pour cesser avec cette ignoble assignation à résidence qui brise des chances et faciliter l’accès à la formation continue. En voilà des mesures qui doivent permettre à la France de relever la tête. Beaucoup ne voient pas le changement systémique que souhaite installer le candidat : il souhaite faire passer la France d’un pays qui réfléchit par l’Etat et par la rente à un pays compétitif dans lequel chacun peut, s’il le souhaite, rêver de devenir millionnaire. Ce n’est peut-être pas une société « idéale », mais c’est une société de possibilités. Une société qui prépare ses membres aux bouleversements à venir.

Un autre thème qui oppose frontalement les deux prétendants, l’Europe. Encore une fois, un clivage fondamental est perceptible. Le premier veut réformer et renforcer l’UE, notamment sur le plan militaire, pendant que la seconde souhaite en sortir. Revenir sur les acquis offert par cette construction est une faute politique et historique grave. L’UE postule que la liberté doit être la norme et que seules des exceptions peuvent venir confirmer cette règle. Marine Le Pen souhaite tirer la prise et de facto tuer cet idéal. Malgré ses nombreux défauts actuels, c’est notre seul moyen de lutter à armes égales avec la Chine et les USA. Débrancher l’Europe, et un « Frexit » le ferait, c’est condamner le continent à jouer un rôle de nain dans le futur. La France est une grande dame, mais sans ses alliés, ses 68 millions habitants feront glousser durant les négociations.

Choisir de voter Macron, c’est enfin choisir une vision et non simplement s’opposer à son adversaire. C’est voter une France ambitieuse, ouverte, qui décide de faire face aux autres, sans se cacher, en respectant son rôle historique. Dire non à la mondialisation comme le promet son opposante, c’est mettre des barrières non plus entre deux produits comme autrefois, mais directement dans l’atelier de production. La majeure partie de la production mondiale est issue de la collaboration entre les pays. Augmenter le coût de cette collaboration n’aidera personne, et sûrement pas les classes défavorisées que prétend défendre l’héritière. Voter Macron, c’est faire preuve de pragmatisme, c’est récompenser la recherche du dialogue et la rassemblement des gens de bonne intelligence. La France est malade de son dogmatisme artificiel qui emprisonne les alliances d’idées sur l’autel de la logique partisane. En Marche! nous propose une sortie par le haut, celle d’un monde nouveau.

Revers de la médaille, choisir Macron, c’est également choisir un certain saut dans l’inconnu. Qui sait ce que donneront les élections législatives ? Comment fera-t-il pour faire passer ses projets face à une Assemblée nationale divisée ? Comment gérer les courants hétéroclites qui forment son mouvement ? Elire ce technocrate lettré n’est donc pas sans risques. Pour faire honneur à l’un de ses prédécesseurs, nous pourrions résumer la situation de la façon suivante : « Giscard à la barre, Macron sur la ligne de flottaison ». Entre deux eaux, la pêche est bonne ?

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@leregardlibre.com

« Pour que vive la France »

Loris S. Musumeci

« Le relativisme culturel et la culpabilisation ont réussi à insinuer le doute sur nos valeurs et sur notre histoire. Nous devons au contraire être une nation rassemblée et sûre d’elle-même. Il ne faut rien renier de notre héritage et de nos racines. Nous sommes un pays avec une histoire, avec des traditions, avec une culture française. »

Ces quelques propos émouvants ne sont pas d’Emmanuel Macron. Ni de Marine Le Pen. C’est là un point de la lettre d’amour pour la France de François Fillon, qui n’est plus dans la course. Où peuvent désormais s’abriter ses soutiens ? Suivre la voie du maître en votant Macron ? Tomber dans l’inutile et minable « ni ni » ? Oser le vertige proposé par l’extrême droite ?

Ma décision est posée. Elle s’appelle Marine. Celle-ci n’est pas le salut de la France ; Marine n’est pas sainte Jeanne d’Arc. Et Macron n’est pas le candidat « Rothschild ». Il n’est pas plus le banquier sournois au grand nez et aux doigts crochus. La caricature empêche tout regard honnête.

Il reste que les personnages parlent malgré eux, voire contre eux. C’est bien ce qui trace Macron de mon choix pour la France. Son ambiguïté ne questionne pas, elle angoisse directement. Macron le jeune, le beau, le « winner » plaît tout naturellement, comme un nouveau produit commercial ; celui-ci dont on ne connaît encore l’utilité, mais qu’il faut absolument se procurer. Macron est une manipulation. Un mensonge dans ses constantes compromissions. Dans sa promesse de renouveau, alors qu’il n’a recueilli que les vieux libertaires progressistes. Dans sa fausse compassion, lorsqu’il regrette « l’humiliation contre la Manif pour tous », et annonce « en même temps », de manière habilement biaisée, qu’il légaliserait la GPA. « Que les femmes prêtent leur ventre, comme les ouvriers prêtent leurs bras », déclarait d’ailleurs notre seigneur Pierre Berger, soutien de Macron et maître de l’idéologie en France.

Marine, elle, est une femme intègre. Au risque d’effrayer, de tout remettre en cause, mais aussi de redonner un espoir chevillé en terre chez les plus petits et les plus souffrants. Economiquement, le Front National laisse plutôt planer le doute que la confiance par son programme protectionniste.

Pourtant, quel apaisement à lire, au cœur de son feuillet de campagne, le désir profond d’une France rayonnante, par la promotion de la francophonie, le renforcement des écoles françaises dans le monde, la priorité absolue à la maîtrise de la langue en primaire. Quelle intelligence d’aborder le sujet culturel par le soutien des petites associations et compagnies locales.

Qu’il est doux aussi de comprendre l’importance de l’assimilation républicaine pour qu’il n’y ait pas d’exclu. Plus de communautarisme, « c’est à des Français que je m’adresse, quelle que soit votre origine, couleur de peau ou religion. » Voilà la vraie unité.

Quelle émotion de voir des ouvrières en larmes embrassant filialement leur candidate sur le site tragique de Whirpool, grièvement menacé de délocalisation en Pologne.

Famille, vieillards, agriculteurs, handicapés et chômeurs habitent le cœur de Marine.

Marine Le Pen n’est de loin pas parfaite, son programme non plus, mais face à Macron, elle est la chair animée contre l’esprit fantôme, la mère protectrice contre le fils parti, la violente sincérité contre la tiède moraline, la fierté contre l’indifférence, le peuple contre l’élite. Pour que vive la France.

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © non-stop-politique.fr

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