Pierre Maudet, l’arrogant du bout du lac

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Pierre Maudet est donc officiellement candidat. Etonnant : il est pourtant connu pour son intelligence et sa clairvoyance. Sa candidature laisse percevoir cette ambition sans borne qui lui sert de boussole depuis toujours. Aveuglante ? La victoire d’un candidat latin risque de lui boucher l’horizon pour longtemps, si ce n’est à jamais. L’homme est pressé. Un destin, ça se force. En soi, l’ambition est éminemment souhaitable et respectable ; ici, le désir de l’individu risque de nuire à sa communauté.

Pour le PLR, cette annonce est un poison. Elle démontre certes que le parti compte de nombreuses personnalités de grande qualité, si le doute existait, mais elle donnera au final une mauvaise image de lui. Maudet sera vu comme le tueur de Tessinois ou l’obstacle sur lequel une femme aura chuté. Tout ça pour un jeune homme doté de charisme à défaut de colonne vertébrale philosophique solide. Un utilitariste pur jus. Maudet ne vend pas de rêve, il exécute. Sa vie est façonnée par l’Etat, il réfléchit par lui. Il est l’incarnation même de la froideur de la machine étatique. Un haut fonctionnaire brillant. Il se targue de n’être le candidat d’aucun lobby. Il en oublie sa corporation, sans doute la plus vorace.

On aime le comparer au nouveau Président de la République. On note la similitude de la cooptation : Attali pour Macron, Couchepin pour Maudet. L’illusion du jeunisme joue à merveille, alors que les deux hommes sont des produits de la structure. Mais on oublie bien vite que contrairement à Maudet, Macron connaît la vie d’entreprise, qu’il entraîne un réel mouvement derrière lui, qu’il aime le risque. Maudet est au contraire un maître autoritaire. Cet amour pour la discipline se voit dans sa carrière militaire – qui serait apparemment encore un argument au XXIe siècle – son règne sur le PLR Genève, ses dossiers au Conseil d’Etat.

Finalement, le pire restera que le candidat auto-proclamé de la jeunesse ne comprend rien à la logique de la transformation numérique. Le Genevois a défendu bec et ongle une loi sur le renseignement qui, et c’est un comble, met en danger la sécurité des citoyens, en osant affirmer à son sujet que « la sécurité collective le commande et elle n’est pas dangereuse pour les libertés individuelles ». Encore un membre de la grande famille des « libéraux… mais ».

En face, Cassis défend lui la dépénalisation de toutes les drogues. Je dis bien toutes. Il dégage une chaleur, connaît la vie d’entreprise, se bat pour que la prévoyance vieillesse ne se fasse pas exagérément sur le dos de la relève. Etre jeune, c’est dans la tête, pas sur une carte d’identité.

Mise à jour :

Après discussion avec le principal intéressé et différents acteurs qui lui sont proches, l’auteur souhaite apporter les précisions suivantes :

-Il s’agissait nullement de remettre en cause le travail de qualité effectué par Monsieur Maudet dans le cadre des ses différents mandats, au contraire. L’introduction de l’article lui rend hommage. La divergence porte sur son profil.

-Sur sur activité dans le privé, il eût fallu préciser « n’a jamais eu de poste à responsabilité comparable dans le privé ».

-Au sujet de la LRens, il fait sens de rappeler que tant Madame Moret que Monsieur Cassis soutenaient la même position.

-Au vu de l’entier de son action sur la thématique du changement numérique, le jugement figurant ci-dessus était clairement simplificateur et biaisé. L’auteur de l’article reconnait sa méprise et se réjouit de voir émerger un acteur possédant une telle expertise et vision en la matière dans son pays. La nouvelle loi sur les taxis (Genève) peut servir d’exemple. 

Lien vers le programme complet du candidat Pierre Maudet

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@leregardlibre.com

Crédit photo : © grandgenevemagazine.ch

Une réflexion sur « Pierre Maudet, l’arrogant du bout du lac »

  1. Cher Nicolas,

    Je pense que tu as une vision tronquée du bilan de Pierre Maudet.

    Il est certes Radical « d’origine » comme le relève Kilian. Cependant, il faut aussi relever que c’est un magistrat qui se bat pour diminuer les dépenses publiques, qu’il a permis l’intégration d’UBER sur le marché alors que la situation était sous tension, que les horaires pour les établissements de restauration et de vie nocturne ont été allongés et j’en passe…

    Ces réformes ne vont certainement pas suffisamment loin pour un libéral « pur sucre ». Mais il ne faut pas négliger le fait que nos exécutifs fonctionnent en collège et qu’il faut construire des majorités dans les parlements pour faire passer les réformes en tant que magistrat.

    En tout cas, lui, a réussi là où bien d’autres libéraux ont échoués.

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