Pour une Europe fédérale forte

Le Regard Libre N° 30 – Yann Fauconnet

L’Europe, lors des prochaines décennies, sera indéniablement confrontée à de nombreux défis aux niveaux technologique, politique, institutionnel, militaire, identitaire, culturel, religieux, social et environnemental. Mais quel rôle doit-elle assumer ?

Il est crucial, pour ce plaidoyer, d’établir les prémisses suivantes : il est question ici de l’Europe au sens large, c’est-à-dire de l’Atlantique à l’Oural, de l’Islande à l’Anatolie, du détroit de Gibraltar à Mourmansk, en passant par les Alpes et les Balkans ; le tout en faisant abstraction de ses dirigeants politiques actuels, hostiles ou non à l’idée d’une Europe forte. La clef du succès de cette Europe, pour sa survie, doit être basée sur trois principes : la paix, des institutions fédérales et une coopération accrue.

Une paix fondatrice

L’Union européenne actuelle, on le sait, a été créée sur des bases économiques pour maintenir une paix durable entre deux vieux ennemis, aujourd’hui probablement les alliés les plus proches du monde. L’Europe de demain doit continuer sur cette voie et cet idéal de paix.

Les guerres profitent toujours à un cercle de personnes restreint, et très rarement aux populations civiles touchées pendant et après le conflit. Dans le cas de l’Europe, il semble que cela soit l’exception qui confirme la règle : tel un phœnix qui renaît de ses cendres, elle a réussi à se remettre debout et à progresser de manière unie.

Un modèle fédéral solide de bas en haut

L’Europe de demain, si elle veut s’imposer et asseoir sa légitimité à la table des grandes puissances politiques de ce monde, doit se doter de toute urgence d’un système politique et institutionnel fédéral assumé et dûment ancré dans une nouvelle Constitution européenne. La diversité du continent sur les plans mentionnés précédemment ne demande qu’à embrasser une répartition claire des compétences entre les futurs Etats fédérés et le pouvoir fédéral.

La politique extérieure, les forces armées, le contrôle des frontières extérieures et la gestion de l’immigration devraient être exclusivement de compétence fédérale par souci de cohérence. En revanche, l’éducation, la culture, la légifération en matière civile et pénale devraient rester dévolues aux Etats fédérés.

Il ne s’agit là que d’exemples, mais une conditio sine qua non doit toutefois prévaloir avant toute répartition : ce sont les futurs Etats fédérés qui délégueront au pouvoir fédéral lesdites compétences, de bas en haut, et non l’inverse, comme dans un système présent au Canada.

En ce qui concerne le droit de battre monnaie (unique), ces futures institutions doivent faire table rase du concept actuel de la zone euro, et jeter des bases neuves pour éviter les erreurs commises. La même appréciation vaudrait pour la politique financière.

Une Europe à plusieurs vitesses ?

La question d’une, ou plutôt des Europes instutionnelles à plusieurs vitesses est ressortie récemment dans la presse traditionnelle comme potentielle sortie de l’impasse dans laquelle s’est engouffrée l’Union européenne. Il faudrait plutôt partir du principe que ces nombreuses Europes existent déjà et fonctionnent avec plus ou moins d’efficacité.

Elles portent le nom d’UE, d’AELE, d’OTAN, d’OSCE, d’OCDE, d’Espace Schengen/Dublin, de Zone Europe, de Conseil de l’Europe. Certaines se cantonnent au continent, d’autres sont beaucoup plus étendues. Il faut continuer sur ce modèle de pluralité d’unions, et laisser la liberté aux Etats qui veulent avancer ensemble plus en profondeur sur certains sujets le faire, et non pas les freiner, sinon partir.

Cela ne doit en rien empêcher une coopération engagée dans plusieurs domaines, à la seule condition que cela serve les Européens.

Une Suisse aux aguets

Que doit faire la Suisse, me demanderez-vous ? Avec la situation présente, elle ne peut faire qu’une chose : attendre. Attendre et pouvoir en discuter en son sein. Attendre la bonne et juste occasion. Attendre que la future Europe fédérale soit mûre et aboutie pour l’accueillir. Attendre que le peuple se fasse à cette idée qu’une Europe fédérale n’est pas un monstre, mais une opportunité. Attendre que le processus de décision populaire soit respecté, à la lettre et dans les règles de l’art, sous peine d’un claquage de porte définitif sur toute perspective d’intégration dans l’Europe.

Un chemin vers l’Olympe semé d’embûches

Les Européens sont capables d’avancer s’ils le veulent et s’ils saisissent à temps cette chance de pouvoir s’imposer.

La route est longue avant de pouvoir arriver à ce modèle, et personne ne dit qu’elle sera facile, c’est même l’inverse. Il y aura toujours des dirigeants politiques qui freineront des quatre fers pour rester bloqués dans une perspective historique désuète.

Il ne s’agit en rien d’ignorer sa propre histoire, au contraire : mille ans presque ininterrompus de guerres, de sang, de destruction ont été suivis par la création de la CECA, une paix stable instaurée avec une légalité et une coopération croissantes, bien qu’imparfaites.

Il ne manque plus qu’une poignée de visionnaires dans les pays pour insuffler cet élan. Ou sont-ils déjà présents et en place ?

Ecrire à l’auteur : yann.fauconnet@gmail.com

Crédit photo : © ue-idee.org

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