« Les Proies » et leur charme meurtrier

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« L’ennemi, en tant qu’individu, nous réserve des surprises. »

Virginie, 1864. La Guerre de Sécession enfume les paysages américains. Le caporal John McBurney (Colin Farrell) de l’Union est à terre. Blessé. Une fillette, robe à carreaux, se retrouve face à lui. Elle sursaute. Les personnages se présente : elle s’appelle Amy (Oona Laurence). Son pensionnat se trouve tout proche du lieu. Mue par une charité toute naturelle, elle aide le soldat à se relever pour rejoindre l’établissement.

Dans la cour, elle appelle au secours. Miss Martha (Nicole Kidman), autorité de l’école, et les filles arrivent. Dilemme : livrer ce « ventre bleu » ou le prendre en charge, comme le demanderait la morale chrétienne ? La seconde option l’emporte, pour le meilleur et pour le pire. Du meilleur, il y a la rencontre d’un homme, dont l’entre-soi féminin s’émoustille ; du pire, les inévitables passions.

Sentiments féminins

Adapté du roman de Thomas P. Cullinan, Les Proies de Sofia Coppola innove par rapport au premier passage du thème sur pellicule. Alors que Don Siegel, en 1971, racontait l’histoire à travers le regard du caporal, la réalisatrice héritière de Francis Ford voit le drame sous les sentiments des femmes. Ce qui donne un film traitant essentiellement du désir. Progressivement mais sans trop attendre, John a un effet flagrant sur la totalité des pensionnaires qui l’entourent. Des cinq élèves, jusqu’à la directrice, en passant par l’enseignante Miss Edwina (Kirsten Dunst).

L’attirance, un tabou, se révèle chez les plus jeunes en amitié pour le captif de ses plaies. Alicia (Elle Fanning), déjà en fin d’adolescence, prend directement un tournant plus érotique, animée par le besoin de plaire. Du côté d’Edwina, l’intimidation la laisse quasi muette, bien qu’elle paraisse l’heureuse élue du seul homme dans la maison. Quant à Martha, la sévérité tient lieu de tendresse, pour garder la face et ne pas se trahir dans l’ombre de la convoitise.

Métamorphoses

« Je dois vous rappeler que vous n’êtes pas notre invité. Vous êtes un indésirable visiteur », lance cette dernière en guise d’accueil. Pourtant, au fil des jours, son visage s’attendrit, suivant le mouvement de toutes les autres. Elles se font belles, portent bijoux et robes de grandes occasions, et cherchent sans cesse des prétextes pour échanger quelques mots avec leur McBurney. En somme, les personnages se métamorphosent. Il en va de même pour le principal intéressé : de barbu, laid et repoussant qu’il est au début ; il devient séduisant après rasage.

Ces changements flagrants participent de l’excellente mise en scène primée à Cannes, portée par une photographie sublime. Ainsi, de la brume grisâtre qui ouvre Les Proies sous un obscur tunnel d’arbres courbés, le ciel se fait clair sous la douce lumière du soleil, élevée au chant léger des oiseaux. La délicatesse de l’image, en revanche, demeure à chaque instant du long métrage ; tantôt tirée par la tension tragique, tantôt relâchée par l’apaisement des relations entre les proies du désir. Les faibles éclairages aux bougies traduisent parfaitement ce cas de figure. A la fois, ils sentent la chaleur rassurante d’un foyer et la méfiance la plus haineuse de l’étranger.

Sensualité à l’écran

Par ailleurs, les scènes d’un style pictural à la Barry Lyndon, les objets de noble matière et leurs résonnances omniprésentes nourrissent le scénario. Une harmonie se forme entre ce dernier et la mise en scène. Coup de grâce de la réalisatrice qui réussit à faire parler photographie et bruitage indépendamment d’un texte qui sait garder son importance. Le tout, sous les notes ponctuelles de morceaux de musique ou de chants, tel l’envoûtant Lorena.

Cet ensemble artistique présenté à l’écran se met au service de la sensualité. La lenteur maîtrisée créant de nombreux fantasmes par des lèvres toujours plus charnues, des regards encore plus intenses, sans que rien de concret ne se passe. Assurément, le désir monte chez le spectateur.

Sofia Coppola réussit assurément son coup. Sans compter la capacité qu’elle a, au moyen du focus de ses caméras, à susciter l’impression d’être observé, mais aussi d’être acteur d’un voyeurisme malsain. Bourreau et victime, même le cinéphile le plus aguerri ne peut résister au paradoxe dans lequel les figures dramatiques – surtout celle interprétée par Nicole Kidman – l’entraînent. Les Proies signe la présence d’une authentique œuvre artistique. Un plaisir pour les yeux, tant la mise en scène est subtile, et le charme des femmes innocemment meurtrier.

« Je ne vous ai jamais voulu aucun mal. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © acsta.net

 

2 réflexions sur « « Les Proies » et leur charme meurtrier »

  1. On se croirait chez « La SCHIAPPA » entourée de ces féministes qui détestes les hommes , tout en suscitant chez elles des bouffées de vierges effarouchées!
    Elles finissent pas passer à l’action « si l’on puis parler ainsi » en lui coupant « la jambe » mais vous savez à quoi elles pensaient !
    Meurtrissure extrême pour un homme , allez « zou  » je préfère encore celui de Don Siegel, en 1971.

    Aimé par 1 personne

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