Thierry Epiney et sa symphonie féodale

Le Regard Libre N° 30 – Jonas Follonier

Chaque été, depuis quelques années, les châteaux de Valère et Tourbillon, véritables emblêmes de la ville de Sion, se prêtent au jeu des sons et lumières. Illuminés en bleu, en rouge, en vert, ces beaux monuments se révèlent au rythme de la musique. Le même spectacle que l’édition précédente se tient cette année, basé sur Feodalia, une symphonie composée par le Valaisan Thierry Epiney. C’est l’histoire du canton qui l’a inspiré. Notre entretien.

Jonas Follonier : Pour être compositeur de symphonies (notamment) à votre âge, faut-il avoir grandi dans un milieu musical ?

Thierry Epiney : Il est difficile de parler d’autres cas que du mien. Il doit être plus aisé d’avoir baigné dans la musique durant son enfance, mais j’imagine aussi très bien qu’il y ait des personnes géniales qui se forment de façon totalement autodidacte. Quoi qu’il en soit, il faut être passionné.

Estimez-vous que les Hautes Ecoles de Musique par lesquelles vous êtes passé, celles de Genève et de Zurich, offrent une bonne formation ? De manière générale, la Suisse est-elle bien cotée en termes de formation musicale ?

J’ai été très heureux de la formation que j’ai reçue. Mon premier master à Genève, plutôt orienté composition concertante, m’a permis d’approfondir mes connaissances en orchestration et en théorie de manière générale. Le second (master en composition de musique de film, théâtre et média), passé à la Haute Ecole des Arts de Zurich, a été une révélation. Depuis mon plus jeune âge, j’apprécie la musique de film. J’en écoute beaucoup, et j’ai de la peine à regarder un film sans prêter une oreille concentrée à la musique. Les « papiers » que nous acquérons sont une chose, mais nous apprenons en permanence dans ce métier. Chaque projet est différent et amène de nouvelles perspectives, de nouvelles façons de travailler, de nouvelles couleurs.

Venons-en maintenant à Feodalia. Cette pièce a-t-elle été composée spécialement pour le spectacle « Sion en lumières » ou était-ce un projet en soi à la base ?

Il s’agissait d’un concours auquel dix-sept candidats se sont prêtés. Sous la base d’un dossier, puis d’un entretien agrémenté de maquettes, le jury a fait son choix. C’est une pièce qui n’existe que par et pour « Sion en lumières ».

Votre symphonie féodale mélange orchestre symphonique et instrumentarium médiéval. Cette configuration existait-elle déjà dans l’histoire de la musique ?

Le mélange de styles m’intéresse beaucoup. Par exemple, j’apprécie beaucoup le travail de Bear McCreary, un compositeur de film, pour ses choix d’orchestration. Ce n’est pas nouveau de mélanger les instruments et de sortir des sentiers tracés par l’orchestre symphonique. Je voulais donner une couleur médiévale et moderne à la pièce. Plutôt que de choisir un luth et une flûte à bec, qui, à mon avis, auraient sonné trop cliché, j’ai choisi d’intégrer à l’orchestre un cymbalum, un clavecin, une viole de gambe ou encore l’orgue de Valère (le plus vieil orgue encore en fonction en Europe). La pièce est composée de dix tableaux, qui retracent l’histoire de Sion et environ. Chacun a sa propre couleur. J’ai d’ailleurs utilisé des techniques de composition différentes pour créer un tissu varié et propre à chacun.

Combien de temps de travail représente une telle composition ?

Je dirais trois à quatre mois.

Avez-vous eu votre mot à dire sur le travail relatif aux lumières ? Êtes-vous satisfait du résultat ?

J’ai suggéré à Rodrigue des teintes pour chaque pièce. Rien de plus, car je ne voulais pas réduire sa créativité. Cela a été la bonne solution, puisque la lumière suit parfaitement la musique et plonge le spectateur dans une expérience inédite.

Vous avez fondé Thierry Epiney Music en 2014. Selon vous, vaut-il mieux en tant que musicien indépendant fonder sa propre structure que passer par des organismes déjà existants ?

Tout ce qu’il faut, à mon avis, c’est trouver sa voie et réussir à se former un cercle assez large pour continuellement avoir du travail. Tout cela, bien sûr, en s’impliquant entièrement dans chaque projet et en essayant d’aller plus loin que ce que le mandat demande.

Quand on produit beaucoup de musique et de différents styles, est-ce facile de percer ? Quels conseils donneriez-vous aux débutants ?

Ce n’est jamais facile, et surtout, jamais permanent. J’ai la chance d’écrire rapidement et d’être bien entouré. Toutefois, rien n’est jamais gagné. Un très bon mandat n’amène pas forcément d’autres mandats, bien que cela arrive aussi régulièrement. Je dirais qu’il faut essayer de faire toujours au mieux, voire davantage. Se donner à 200%. Et avoir un brin de chance, c’est vrai.

Merci d’avoir répondu à nos questions.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © culturevalais.ch

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s