Sophia : citoyenne d’avenir ?

Les lundis de l’actualité – Hélène Lavoyer

Les sciences fictions de tous domaines ont fantasmé sur leur arrivée, les conséquences de leur présence, les dangers ou la simplification dont ils pourraient être les acteurs. Présents pour la première fois dans une pièce de théâtre du tchèque Karel Capek[1], les robots sont aujourd’hui des composants inhérents à bien des domaines, de l’automobile à la cuisine.

Certes, le champ de la robotique s’est transformé et étendu jusqu’à la vie quotidienne ; cependant, ce que l’avenir réserve ouvre des possibles qui n’avaient jusqu’ici existé que dans l’imaginaire de l’homme.

En réalité, l’ère des robots à l’intelligence artificielle (abrégé « I.A.»), capables d’apprendre et de simuler un cerveau humain, de réagir à son environnement en temps réel ou de mettre en relation des évènements afin de déduire la situation postérieure, a déjà commencé.

Bien que pas encore immiscée dans notre quotidien, des recherches comme celles du projet Blue Brain de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) ou de la société Hanson Robotics – recherches unissant les connaissances de neurologues, biologistes, informaticiens et ingénieurs, entre autres – permettent de toucher l’idée d’une vie avec des robots pas comme les autres.

C’est justement David Hanson, fondateur de Hanson Robotics, qui a fait sensation ces derniers jours. Lui, ou plutôt sa création, Sophia . Ce robot anthropomorphisé afin de copier un visage humain inspiré de celui d’Audrey Hepburn s’est vu décerner la citoyenneté par l’Arabie Saoudite. C’est qu’elle a pu faire grande impression lors d’évènements tels que le Fintech Ideas Festival (2017) ou RISE (2017), et même en faisant la couverture du magazine ELLE Brésil pour le numéro de décembre 2016. Le « citoyen », du latin civis, est membre d’une cité, statut impliquant des droits et des obligations.

Alors qu’il semblait que l’humanité était un critère indispensable pour obtenir la  citoyenneté, que pourrait-il y avoir de plus fondamental que cela, et comment aborderons-nous les robots humanoïdes dans le futur ?

De quoi stimuler des questionnements éthiques, sociologiques et sémantiques, puisque le concept même de citoyen est remis en cause, et risque d’être transformé ou remplacé.

Dans le dialogue avec son créateur à l’occasion du Fintech Ideas Festival, Sophia se targue d’analyser mieux que personne le marché financier grâce à sa puissance de calcul (chose que l’on aurait probablement tort de contredire, les marchés étant déjà contrôlés par des ordinateurs) ; les robots tels que Sophia sont donc à même de travailler au service de la société.

Le domaine financier n’est qu’un exemple parmi les nombreux domaines d’action des systèmes d’intelligence artificielle, qui pourront guider un aveugle ou effectuer des opérations chirurgicales seuls.

Outre les compétences techniques de Sophia, il y a ce qu’elle appelle les « compétences humaines » (de l’anglais « people skills ») auxquels elle fait allusion dans cette même interview au Fintech Ideas Festival. Ces qualités telles que les émotions, la conscience de soi, la capacité à interagir avec d’autres humains (par conséquent, à adopter des rôles différents selon le contexte), ont été mises en avant pour différencier notre espèce des autres, plus simples.

Qu’adviendra-t-il du concept d’humanité lorsqu’un robot pourra la simuler ? Bien que l’on puisse supposer que Sophia ne ressent pas la peur en réalité, sa compréhension de ce que la peur et toutes les autres émotions impliquent pour quelqu’un – joints à toutes ses autres capacités – pourrait lui permettre d’assister des malades, de diriger des thérapies ou d’éduquer des gens. Peut-être alors devrons-nous conceptualiser la « trans-citoyenneté ».

En ces heures d’une importance critique pour la « société mondiale », – qui plus est sur des plans absolument diversifiés – nos choix se doivent d’être dirigés vers l’avenir, vers un basculement de nos façons de vivre et de concevoir l’ordre ; des technologies comme l’intelligence artificielle sauraient impacter de grands changements, mais sommes-nous prêts à l’utiliser consciencieusement et inclinés au vivre-ensemble, ou ne sera-ce qu’aux secteurs militaires ou financiers que son utilisation sera offerte ?

Ecrire à l’auteur : lavoyer.helene@gmail.com 

Crédit photo : © Daily Wire

[1] http://les-robots-sont-nos-amis.over-blog.fr/article-la-naissance-du-robot-88951643.html

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