« Jalouse », une Karin Viard en pleine crise de la cinquantaine

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Jalouse est le nouveau long-métrage de David et Stéphane Foenkinos. S’inscrivant dans la comédie dramatique française, il met en scène la tourmente d’une femme s’approchant de la ménopause. Comme le note Le Figaro, cette thématique commence à devenir récurrente en France : « De L’Aurore de Blandine Lenoir à Retour chez ma mère d’Eric Lavaine en passant par L’Avenir de Mia Hansen-Love, le cinéma hexagonal ne paraît pas réfractaire à l’idée de traiter de ce sujet a priori casse-gueule ».

Casse-geule ? Le terme est bien choisi par le quotidien de droite. En effet, si le sujet abordé est grave, et intéressant, il comporte un risque cinématographique du fait de son caractère unilatéral. C’est bien le désavantage de toutes les œuvres à tendance psychologique, qui étendent sur la durée d’un film une question touchant au caractère d’un des protagonistes. Les frères Foenkinos sont tombés à moitié dans le piège, soignant la distribution au détriment de l’intrigue. Explications.

Karin Viard, remarquablement détestable

Il est d’abord à noter que le personnage de Nathalie Pêcheux, incarné par Karin Viard, est présent à l’écran du début à la fin. Le jeu naturel de cette actrice déjà couronnée de deux Césars est donc une condition nécessaire et suffisante pour que Jalouse tienne la route. La femme qu’elle incarne est un professeur de lettres que guette la cinquantaine et qui, fraîchement divorcée, devient presque du jour au lendemain jalouse de sa propre fille et de la nouvelle femme de son ex-mari. Par ce malaise qu’elle s’avoue à moitié, elle va se retrouver de plus en plus seule, son entourage n’arrivant plus à la supporter.

Parmi cet entourage, justement, on eût apprécié une présence plus récurrente de l’ex-mari interprété par l’excellent Thibault de Montalembert, connu entre autres pour son rôle dans la série Dix pour cent, dont la première saison a été présentée sur France 2 l’année passée. Cependant, la logique du film veut que les acteurs secondaires restent à l’arrière-plan pour laisser place à l’unique protagoniste digne de ce nom. Ce rôle, Karin Viard l’endosse de manière spectaculaire, incorporant le bovarysme de son personnage jusqu’au moindre plissement de son visage.

Un scénario moyen

Pour qui n’est pas un fanatique de cette actrice, le film paraîtra long, voire longuet. Le scénario en est assurément responsable. Multipliant les blagues convenues et les péripéties attendues, il n’est pas à l’hauteur des acteurs. Outre Karin Viard et Thibault de Montalembert, le spectateur peut admirer la fraîcheur d’Anaïs Demoustier, resplendissante de beauté, et en aimerait justement un peu plus. Le stéréotype de la jeune enseignante dynamique que le texte la contraint à interpréter déçoit.

Il en va de même pour la meilleure amie de Nathalie, où encore une fois l’actrice Anne Dorval vaut nettement mieux que le film. Cela étant, il faut concéder que ce dernier a tout de même le mérite de rappeler la valeur d’une vraie amitié, non pas fondée sur la transparence, mais sur la bienveillance. De plus, malgré ses longueurs, le nouveau long-métrage des frère Foenkinos se garde de faire de la morale, préférant la complexité aux propos tout faits, s’en tenant aux problèmes, sans donner de solutions.

Somme toute, il vaut donc la peine pour tout amateur de cinéma français d’aller voir ce film, s’en pour autant s’attendre à un chef d’œuvre. Chacun pourra alors se faire sa propre opinion.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Ecran Large

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