« Maria by Callas »

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Où cesse la parole, commence la musique, a dit l’admirable Hoffman. Et vraiment la musique est une chose trop grande pour pouvoir en parler mais, en revanche, on peut toujours la servir et toujours la respecter avec Humilité ; chanter pour moi n’est pas un acte d’Orgueil mais seulement une tentative d’élévation vers ces cieux où tout est harmonie. »

C’est en janvier 2013, seul dans sa chambre d’hôtel, que Tom Volf découvre Maria Callas, grande soprano du XXe siècle. A peine introduit à l’univers de l’opéra à ce moment-là, une véritable passion pour la chanteuse naît, lui inspirant un projet gargantuesque : faire parler « la » Callas, avec ses propres mots, et ouvrir au public la personne qu’il découvrit, différente à bien des égards de celle décrite par les médias de l’époque.

Après des années de recherches, récoltant des archives aux quatre coins de la planète, Tom Volf devient l’un des plus grands spécialistes de Maria Callas. Peu prompts à parler aux journalistes, les membres de la famille s’ouvrent pourtant à lui et lui confient des documents privés tels que lettres, photos ou films.

C’est ainsi qu’en 2017, année du 40e anniversaire de la mort de Madame Callas, Tom Volf fit paraître trois ouvrages dans différentes maisons d’éditions : Maria by Callas, Callas Confidential et Lettres et mémoires inachevés ainsi qu’un coffret Callas Live regroupant les enregistrements de ses concerts, et une exposition – également intitulée Maria by Callas – dédiée à la cantatrice. Le 27 décembre, cerise sur le gâteau, sortait sur grand écran le film-documentaire Maria by Callas In her own words.

Soprano mondialement connue, femme entière mais duale, Maria Callas fut l’une des femmes les plus observées du XXe siècle. Sa voix unique et si pleine de personnalité allait de pair avec son exceptionnel jeu de scène très expressif, et la découverte de cette femme grâce au documentaire orchestré par Tom Volf, se révèle précieuse à souhait.

Le film, composé des archives glanées au fil du temps, retrace chronologiquement la vie de la Callas. Nous la découvrons petit à petit, selon ses propres mots puisqu’elle se dévoile au gré d’interviews, de vidéos et, bijoux d’intimité, grâce à la lecture par Fanny Ardant de quelques-unes des quatre cents lettres envoyée par Maria Callas à ses proches. Seule Elvira de Hidalgo, sa professeure et confidente dès son entrée au conservatoire d’Athènes, possède un droit à la parole, peut-être en raison de ce qu’elle symbolisa pour son élève.

Pour ce qui est de la parole, son unicité permet de rencontrer Callas, de suivre son évolution tout en comprenant la femme qu’elle était. Ses mots, honnêtes à chaque occasion, tout emplis de réflexions et d’expériences, dévoilent la Callas droite, celle que les médias de l’époque s’étaient employés à lyncher à maintes occasions.

En dépit de la bonne qualité des archives, nous regrettons l’état déplorable du son. Particulièrement au cours des vingt premières minutes de la projection, les textes ont un volume trop bas pour que le public en saisisse tout le sens. Les notes les plus aiguës de la grande Callas, portées au contraire à l’excès, font désagréablement vibrer les tympans.

Par ailleurs, le patchwork de photos et de vidéos composant le film se comporte à plusieurs reprises de manière désorganisée, laissant apparaître un sentiment de désordre. La faute, peut-être, au trop grand nombre de documents dont disposait l’auteur – qui désirait au départ proposer un documentaire plus long, preuve de la quantité de matériau dont il disposait.

Nous éprouvons encore un immense désaccord lorsque des images de Monsieur Onassis – son grand amour d’alors – accompagné de Jacky Kennedy accompagnent la lecture d’une lettre d’amour que Maria lui envoya un jour. Apposer ces mots tendres et intimes sur les images de la trahison de sa vie fut, à nos yeux, d’une grande maladresse.

En définitive, nous estimons réussit le projet cinématographique de Tom Volf, quoiqu’il passerait aussi aisément à la télévision qu’au cinéma. Son défi – nous présenter la Callas qu’il découvrit et aima, et pour laquelle il se passionne tant aujourd’hui – aboutit au succès. Son évolution se dessine subrepticement, et sa vie offre de prendre un certain recul sur la nôtre.

Au sortir de la salle, Maria Callas n’est plus la diva construite de riches vêtements et de gloire, mais cette femme puissamment elle-même, indomptable mais juste, artiste,  philosophe sans le croire, mystique sans le vouloir.

Ecrire à l’auteur : lavoyer.helene@gmail.com

Crédit photo : © NPR

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