« Les Heures sombres », de Joe Wright

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

10 mai 1940, Winston Churchill devient le Premier Ministre du Royaume-Uni. Mais il n’est pas le premier choix, et l’heure est grave, car l’Europe est en guerre. C’est un Gary Oldman métamorphosé qui a eu la tâche exigeante, mais très réussie, d’endosser le rôle de l’indomptable et déterminé Churchill. L’acteur rend un hommage inimaginable à cette figure à la fois forte, mais aussi en proie à des moments de faiblesse et de vulnérabilité que le film met en scène avec brio.

En effet, le réalisateur Joe Wright a su insister sur le fait que Churchill est aussi un homme qui demeure seul dans ses idées et ses actes. Personne ne le soutient en ce début mai 1940. Ces heures sombres sont esthétiquement présentes, la plupart des scènes politiques se déroule en intérieur, avec des lumières tamisées et dans des pièces étroites. Du côté privé, Churchill se trouve dans de grands espaces avec de hautes fenêtres qui laissent généreusement le soleil illuminer le visage de ses proches.

L’orateur britannique

Les discours sont produits à n’importe quel instant de la journée ; Mme Layton doit toujours se trouver auprès du Premier Ministre, car elle lui permet d’ancrer ses paroles et donc d’appliquer ses décisions. Cependant, ses mots ne plaisent pas aux hommes du parti conservateur, car pour Churchill c’est « la victoire, la victoire à n’importe quel prix (…) » et il n’est donc pas question de négocier avec l’ennemi.

Les Heures sombres, Dunkerque et Churchill

Force est de constater également que des connections apparaissent entre le film en question et Dunkerque de Christopher Nolan. En effet, les deux longs-métrages se répondent : d’un côté, Churchill qui donne les ordres par télégrammes, et de l’autre, les soldats qui les exécutent dans la peur et l’incertitude de ne pas revoir leur pays un jour. La Manche sépare les politiques des militaires, deux entités qui ne se côtoient pas, mais qui dépendent l’une de l’autre si elles veulent que le Royaume-Uni soit épargné de la tyrannie.

Les Heures sombres fait partie de cette mouvance de la mémoire, de même que Churchill sorti en mai dernier, mais il ne raconte pas uniquement des faits historiques. Ce film se concentre effectivement sur des moments courts et intenses qui ont été déterminants pour l’avenir. Toutefois, les efforts ne tombent pas du ciel et exigent l’engagement de chacun. La mémoire nous rappelle alors que la victoire n’a pas eu lieu sans sacrifice et qu’aujourd’hui est le fruit d’événements tragiques ayant nécessité « du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. »

Ecrire à l’auteur : marina.detoro@bluewin.ch

Crédit photo : © Paris Match

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