« The Greatest Showman »

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Réaliser son rêve. Tel est l’objectif de Phinéas Taylor Barnum, jeune citoyen des Etats-Unis d’Amérique du XIXe siècle. La vie de Phinéas ne semble cependant pas prévoir l’horizon d’un avenir radieux du fait de sa prédisposition social : il est issu d’un milieu très modeste, voire pauvre. Le but du jeune homme est de pouvoir briller dans le milieu du cirque, mais la haute société américaine de son temps a une vision très précise du spectacle, ne correspondant pas aux idées folles du jeune Phinéas. Ce n’est pas seulement un combat pour devenir ce grand showman tant rêvé ; c’est aussi la volonté d’accéder à un rang social élevé afin de prendre une revanche sur la vie – une preuve qu’il n’était pas prédestiné à la misère.

Le film est réalisé en comédie musicale, un format particulier qui n’est pas toujours approprié à mon goût. En 2016, par contre, La La Land m’avait subjuguée, surtout pour son scénario, et me voilà un peu mitigée pour celui de The Greatest Showman, mais tout de même satisfaite dans l’ensemble.

Une énergie palpable mais quelques effets décevants

La comédie musicale raconte une histoire à travers des chansons et des danses, ce qui est fondamentalement réussi dans le film. En effet, chaque scène musicale marque les moments importants de l’histoire et la troupe atypique de Phinéas nous dévoile des chorégraphies parfaitement maîtrisées et accompagnées d’explosions colorées et lumineuses. Pourtant, la plupart des scènes reproduisant des paysages ou des villes du XIXe siècle sont extrêmement artificielles.

Nous avons presque l’impression d’être plongés dans un monde surréaliste, voire irréel. C’est peut-être une volonté de la production de donner une atmosphère de rêve ou simplement une envie de numériser un décor pour éviter tout encombrement matériel. Néanmoins, une touche un peu plus réaliste aurait été de rigueur afin de montrer cette société en plein essor industriel, mais aussi très inégalitaire socialement.

Un scénario prévisible

Hugh Jackman réalise une performance spectaculaire en se mettant dans la peau d’un Phinéas très imaginatif et dévoile des talents surprenants en chant et en danse. Par contre, la mise en scène de l’histoire de son personnage est parfois elliptique et caricaturale. Victime de son succès, Phinéas est très vite attiré par la notoriété et tombe rapidement dans le piège attendu de l’égoïsme et de la chute prévisible de ses affaires.

Le développement du personnage est donc vite effleuré au profit d’un scénario linéaire très connu des grandes productions américaines : difficultés à monter un projet, réussite puis chute rapide, et relèvement après avoir touché le fond. Tel est le schéma souvent retrouvé dans de nombreux autres films. Il devient presque une forme habituelle du scénario probablement utilisée pour le succès du film ou sa possible vraisemblance.

Un divertissement appréciable

Malgré les quelques défauts relevés, The Greatest Showman transporte ses téléspectateurs dans un monde où l’impensable devient réalisable, où la différence et l’originalité sont célébrées face au purisme de l’art traditionnel. Les personnages nous rappellent également que la clef du bonheur se trouve notamment dans l’acceptation de soi, mais aussi dans la saveur des moments partagés avec ses proches. Ce sont certainement des messages évidents et vus maintes fois, mais ils ont une place importante. En l’espace d’une séance, ce film nous permet de retrouver quelques fondamentaux parfois oubliés, mais nous accorde aussi un moment pour rêver un peu.

Ecrire à l’auteur : detoro.marina@bluewin.ch

Crédit photo : © Twentieth Century Fox Film Corporation

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