Démission du premier ministre éthiopien et décret de l’état d’urgence

Les lundis de l’actualité – Hélène Lavoyer

Après presque six ans au pouvoir sous le titre de Premier ministre, l’éthiopien Hailemariam Desalegn a démissionné jeudi. L’homme est membre de l’actuelle coalition au pouvoir dans le pays (le Front démocratique et révolutionnaire des peuples éthiopiens, abrégé EPRDF). Il restera tout de même en fonction jusqu’à la désignation d’un successeur.

Au lendemain de l’annonce du départ de Monsieur Desalegn, le gouvernement annonçait dans un communiqué l’instauration de l’état d’urgence, « nécessaire afin de protéger le système constitutionnel ». Il avait déjà été instauré entre octobre 2015 et août 2016, alors que les peuples Oromo et Amhara se soulevaient ensemble contre le gouvernement en place.

Le front dont Desalegn était membre, abrégé « Ihadeg » pour son acronyme éthiopien, était né de l’alliance de quatre partis politique – notamment ceux des peuples Oromo et Amhara. Cependant, la représentation des deux principales ethnies du pays s’est peu à peu amoindrie au profit de celle des Tigréens, pourtant minoritaires.

Au cours de manifestations survenues ces dernières années, particulièrement fortes en 2015 et 2016, les opposants avaient subis de fortes répressions, conduisant à au moins 940 morts. Aujourd’hui, 7’000 des 21’000 prisonniers politiques arrêtés durant l’état d’urgence précédent sont encore détenus dans les prisons éthiopiennes ; le Premier ministre a cependant annoncé en janvier l’acquittement et la libération d’un certain nombre d’entre eux, « afin d’améliorer le consensus national et d’élargir le débat démocratique ».

Le départ de l’homme politique annoncerait-elle une amélioration de la situation en Ethiopie ? Les réclamations des Oromo et Amhara, demandant un partage des richesses plus équilibré ainsi qu’une amélioration concernant les libertés individuelles, trop limitées, seront-elles entendues ? L’EPRDF, régnant sans partage depuis 1991, devra également faire un choix : redonner une place aux voix étouffées jusqu’ici, ou laisser à nouveau le pouvoir à la garde actuelle. Rappelons que l’EPRDF était parvenue à renverser le gouvernement du chef d’Etat Mengistu (qualifié de « dictateur sanguinaire ») par une rébellion ; le moment ne serait-il pas venu de tirer des leçons du passé ?

Ecrire à l’auteur : lavoyer.helene@gmail.com 

Crédit photo : Wikimedia Commons, CC BY 2.0

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