L’écologie du grand remplacement

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie – Pour un revirement intégral » – Clément Guntern

Contrairement aux apparences, la très controversée théorie du grand remplacement de Renaud Camus peut être abordée sous l’angle d’une écologie dite intégrale. Voici un article sans préjugé.

Il ne sera nullement ici question de débattre de la pertinence démographique de la théorie du grand remplacement. De nombreux démographes y ont d’ores et déjà consacré travaux et articles ; essentiellement pour critiquer et dénoncer cette thèse et ses chiffres qui, selon la quasi-totalité des experts, sont totalement exagérés et douteux. Notre but consistera à explorer la dimension écologique de cette théorie.

Bien évidemment, nous sommes conscients du caractère passionnel de ce débat. Certains hurlent à la simple évocation du grand remplacement et refusent la discussion sur le fond, sur les peurs dont le livre témoigne. De plus, pour ces mêmes personnes, si quelqu’un s’empare de ce sujet et, par malheur, y décèle ne serait-ce qu’une pointe de vérité, il sera immédiatement décrédibilisé. Nous nous inscrivons dans une démarche critique, curieuse et honnête d’une partie de cette théorie plus que controversée.

La théorie du grand remplacement de Renaud Camus prédit que les populations dites indigènes seront dans quelques années minoritaires en France et en Europe. Autrement dit, les blancs, Français de souche, seront, dans quelques années, dépassés en nombre par les nouveaux arrivants. Ceux-ci sont principalement originaires, selon l’auteur, de pays musulmans et d’Afrique sub-saharienne.

Camus prête à ces immigrés une volonté de conquête de l’Europe par une « contre-colonisation » en retour de celle qu’ils ont vécue le siècle passé. Pour atteindre ces objectifs, les nouveaux venus ont recours à ce que l’auteur appelle la « nocence ». Ce terme désigne des actions illégales allant de délits comme le vandalisme jusqu’aux crimes, comme les meurtres, le trafic de stupéfiants, etc. Ces activités ont pour effet de chasser les populations « françaises » (donc la populations blanche et celle non musulmane) en dehors de certaines zones dans le but de les dominer.

Deuxièmement, les migrants, par leur plus fort taux de natalité, veulent faire croître rapidement leur population afin de surpasser par le nombre les indigènes. C’est l’arme de la démographie. Enfin, les immigrés imposent leur civilisation et leur culture sur les territoires qu’ils ont conquis.

L’écologie intégrale

Nous le voyons bien, cette théorie traduit non seulement une peur de l’étranger, mais aussi de la perte d’identité, de la culture et de la tradition. En cela, elle met en avant une volonté de préservation de la culture et de l’environnement humain. Cette optique se rapproche en certains points de celle de l’Eglise catholique, connue notamment sous le nom d’écologie intégrale. Cette conception dénonce le mythe du progrès matériel sans limite, en se positionnant contre la maximalisation du gain. L’écologie intégrale est une écologie humaine, environnementale, sociologique, économique et morale. Il s’agit de la défense de l’homme dans son milieu naturel et culturel.

Renaud Camus se situe dans une volonté de préservation d’un milieu français qui, selon lui, est menacé par une nouvelle culture. C’est précisément ce que l’auteur nomme la « grande déculturation », qui prend place au sein du grand remplacement. Cette disparition de la culture locale au profit d’une autre est vue comme une « arme de conquête » (il emploie ce terme). Celle des non-blancs sur les blancs. Les cultures allogènes au territoire français sont une menace pour le pays car elles remettent en question son identité bâtie non seulement sur son histoire mais aussi sur sa langue.

En effet, la langue – il faut accorder ceci à Renaud Camus – est l’une des pierres angulaires d’une culture. De ce fait, la langue française fait partie du patrimoine culturel, de l’environnement quotidien des francophones. A ce titre, il convient de la défendre. Pour Camus, certaines civilisations (il pense particulièrement à la civilisation arabo-musulmane), avec leurs traditions et leurs règles, veulent et vont supplanter la culture française par le nombre. Ainsi, leur mode de vie et leurs croyances seraient des armes qu’utilisent les migrants, consciemment, pour pouvoir s’imposer. L’auteur décrit la culture française comme étant en concurrence avec d’autres.

Dans ses ouvrages, Renaud Camus mesure l’avancement de la disparition de la culture par ce qu’il considère comme le délabrement de la langue française, celui de l’enseignement de l’histoire et l’absence d’élites culturelles. Il met en avant que la disparition des élites est le moyen le plus rapide de mettre fin à un pays ; ce qui va inévitablement arriver en France. Il se bat donc pour la préservation de la culture française et de l’identité qui lui est liée. Un combat écologique intégral, en somme.

L’homme remplaçable

Un autre aspect du grand remplacement que pointe du doigt Renaud Camus est la création de ce qu’il appelle un homme remplaçable. Cette approche peut également se retrouver dans une écologie élargie, selon laquelle l’homme, avec tout ce qui l’entoure, forme un tout qui doit être protégé. Ce que l’auteur dénonce, c’est la vision d’un homme identique sur toute la Terre et qui peut être déplacé d’un bout à l’autre du globe sans problème, en fonction des besoins de l’économie. Ce propos trouve un écho lorsque certaines personnes avancent comme solution au déclin de la population européenne la venue massive de populations étrangères pour la remplacer, comme c’est le cas actuellement en Allemagne ou ailleurs.

Le problème pour Camus consiste en ceci : l’homme n’est pas un être interchangeable à volonté. Il vit dans un contexte, un environnement composé d’une culture, d’une histoire, d’une langue auxquelles il est attaché. Selon lui, penser l’homme comme une quantité de travail à faire venir dans un pays ou un autre nie tout simplement sa nature. Camus cherche donc à protéger l’environnement humain essentiel selon lui à chaque homme. Il est essentiel de conserver un équilibre entre l’être humain et son environnement matériel et culturel. Nous le voyons, cette pensée de Camus s’inscrit dans une opposition à la globalisation et aux flux de personnes interchangeables qui vont d’un pays à un autre. Pour Renaud Camus, cette pensée globalisée n’est pas adaptée à l’homme, qui a besoin d’un environnement profond dans lequel s’inscrire et vivre.

Il existe même une certaine approche écologique, dans un sens restreint, du grand remplacement. Selon l’auteur, l’afflux de migrants ces dernières décennies s’est accompagné d’une urbanisation galopante et d’une pollution importante au vu du nombre de nouveaux habitants. Cette approche classique vient couronner tout les aspects de l’écologie intégrale. Après avoir parlé de culture et de l’homme, Camus parle de l’environnement matériel. A ce niveau, il parle des campagnes françaises sur lesquelles on a construit des villes nouvelles occupées en grande partie aujourd’hui par des personnes issues de l’immigration.

L’immigration n’est pas la source de tout mal

Pourtant, malgré une volonté de préserver l’héritage culturel que chacun partage dans un pays ainsi que l’unicité des cultures, Renaud Camus n’utilise ces arguments que pour combattre l’immigration. La défense de la culture et de l’art français est une noble cause et il n’est de loin pas le seul à la défendre. Pour autant, voir dans la question de la langue française une volonté de domination des étrangers est une farce. Postuler une conscience et une volonté aussi généralisées et aussi machiavéliques de la disparition d’une culture tient de la théorie du complot.

La défense des traditions, de l’identité et de la langue ne doit pas se faire contre une autre culture mais bien pour soi. Nous ne pouvons juger si la culture est en danger, mais nous somme sûrs qu’il faut la promouvoir. Camus ne se trompe pas quand il dit que la langue, l’histoire et tout ce qui fait notre environnement, notre quotidien dans la relation avec nos concitoyens, doit être défendu. Un certain écosystème humain doit être préservé pour que les hommes puissent vivre en toute dignité, mais attribuer ce qu’il considère comme un délabrement à tout ce qui est étranger semble pervers. Cette attitude reflète finalement une peur à l’égard des capacités qu’a la culture française à prospérer et à s’adapter, alors que l’auteur en loue inlassablement les mérites.

Camus et la science

Même si nous pouvons retenir certains éléments comme la défense de la langue et de la culture ou encore la position contre l’homme remplaçable, la base de la théorie de Renaud Camus qui met en scène un combat de civilisations prête volontiers le flanc à la critique. L’un des éléments les plus inquiétants chez Camus est sa méfiance, ou plutôt son refus, de la science en tant que telle. L’auteur polémique met d’abord en avant son expérience et celles qu’on lui a rapportées pour pouvoir tirer ses conclusions. Camus prétend qu’il peut approcher la réalité de la France actuelle en se baladant dans la rue, en observant, en voyant ce qui se passe autour de lui.

C’est une lacune épistémologique lourde qui constitue la base de son livre. Comment tirer des conclusions sur plus de soixante millions de Français alors qu’il ne fait qu’observer dans la rue ? Le refus de Renaud Camus d’accorder du crédit aux études scientifiques, et en particulier aux statistiques, décrédibilise toutes ses conclusions alors que certaines mériteraient un meilleur traitement.

Ecrire à l’auteur : clgu95@gmail.com

Crédit photo : Wikimedia Commons / Jonathan McIntosh

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