Une Italie divisée

Les lundis de l’actualité – Loris S. Musumeci 

Les résultats sont tombés. Ils révèlent enfin de manière officielle le mal-être que l’Italie a crié dans ses urnes. Le Mouvement 5 étoiles s’est hissé en premier parti de la péninsule, ayant rassemblé 32% des voix. C’est le Parti Démocrate qui le suit tragiquement à 19%, chutant ainsi de près de dix points par rapport à 2013. Viennent enfin les trois bienheureux partis de droite avec 18% pour la Lega, 14% pour Forza Italia de Berlusconi et 4% chez les Fratelli d’Italia.

Si tout peut sembler simple, équilibré et évident, il n’en est rien. En effet, le Mouvement 5 étoiles a beau être le premier parti d’Italie, mais il est devancé par la coalition de centre-droit qui atteint un 36%. En outre, le mouvement fondé par l’humoriste Beppe Grillo n’est ni de droite, ni de gauche ; il est populaire et contestataire. Ce qui fait que le Parti Démocrate se retrouve, à un résultat inférieur au seuil psychologiquement acceptable des 20%, comme seul parti de la social-démocratie ; il est largement minoritaire face à la droite, devenue modérément europhobe, et face aux 5 étoiles, qui s’assument comme opposés à l’Union Européenne dans son état actuel.

Une Italie divisée

Spécialistes et journalistes politiques commentent en ce moment même les résultats et leurs conséquences pour l’Italie, commençant par évaluer qui aura la légitimité de présider le Conseil des ministres. Les causes sociales et géographiques d’un tel vote ne sont pour autant pas à négliger. Le directeur du quotidien le Corriere della Sera, en accord pour l’occasion avec la majorité de ses confrères, constate une Italie profondément divisée, bien qu’unie dans la contestation.

Au nord, c’est la Lega de Matteo Salvini qui domine. Au sud, le Mouvement 5 étoiles avec le trentenaire Luigi Di Maio. Les deux partis en veulent à l’Europe pour sa politique considérée comme complotiste et néfaste aux nations. Du côté de la Lega, l’accent est posé sur les excès de l’immigration et sur la souveraineté nationale. Du côté du Mouvement 5 étoiles, souveraineté nationale et immigration sont également mises en évidence, mais les mesures sociales prennent le dessus. Leur discours a séduit les méridionaux, souffrant d’un chômage beaucoup plus élevé qu’au nord, sans vraiment atteindre les septentrionaux, fortement libéraux en économie.

Un peuple amer

Par ailleurs, de nombreux votants 5 étoiles ne seraient prêts à aucun compromis avec la Lega et le reste de la coalition de droite, accusant le passé de la Lega Nord, lorsqu’elle méprisait le sud, bouc-émissaire de la crise économique sociale et politique dans le pays. Une publication des 5 étoiles, largement diffusée et partagée sur les réseaux sociaux, a créé la polémique en affichant un furieux « Noi non dimentichiamo » (« Nous n’oublions pas ») rappelant les heures où la Lega Nord demandait une séparation de l’Italie entre le nord et le sud.

Enfin, dans la multitude de conflits, chutes et concurrences parmi les partis, il ne reste plus qu’au président de la République, Sergio Mattarella, à opérer un choix sage – tout en restant démocratique – pour former le gouvernement que les Italiens attendent. Qu’il sorte déjà son petit mouchoir : la tâche sera compliquée, voire impossible. Il devra suer, pour n’obtenir peut-être qu’accroissement de l’insatisfaction d’un peuple divisé, fatigué, amer.

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

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