« La Forme de l’Eau » : les rêveries des invisibles

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Incapable de percevoir ta forme, je te trouve tout autour de moi. Ta présence emplit mes yeux d’amour et rend humble mon cœur, car tu es partout. »

Le quotidien d’Elisa (Sally Hawkins) transpire d’une routine millimétrée et d’une solitude brisée par les paroles de ses deux amis – son voisin de palier Giles (Richard Jenkins) et sa collègue, Zelda (Octavia Spencer), qu’elle retrouve chaque jour en retard au laboratoire gouvernemental de Baltimore où elles récurent toute la journée.

Mais la monotonie dont semble s’accommoder Elisa, silencieuse à cause de son mutisme, éclate à l’arrivée du nouvel « atout » américain (Doug Jones), suivi de près par son geôlier Richard Strickland (Michael Shannon) et le Dr. Robert Hostettler (Michael Stuhlbarg). Enchaîné dans une piscine salée loin de son Amérique Latine natale, torturé par l’indifférence et la peur de l’altérité subie par Strickland, l’atout et l’aphone se lient sans mots.

Bientôt, la créature amphibie à laquelle personne d’autre qu’Elisa ne comprend quelque chose se voit destinée à mourir. Mais c’est sans compter les efforts de sa belle, qui par l’énergie de ses signes et la force son amour persuadera Giles et Zelda de l’aider à le sauver.

Encore soutenus par le Dr. Hostettler, un scientifique russe infiltré, tous ces êtres singuliers et solitaires tireront le fantasmagorique homme-poisson de sa maison de torture. Dans la trop petite baignoire d’Elisa, toujours traqué par l’immonde Strickland, le bel être goûtera aux douceurs de l’amour et effleurera la possibilité d’exister sans que sa différence n’égare les yeux de celle-ci. Quant à elle, elle trouvera en lui le bonheur de ne voir son silence l’effacer.

L’image, le son, un rêve

Guillermo del Toro n’aura pas été oscarisé pour de superficielles raisons. Le soin apporté par le réalisateur à l’esthétique ainsi qu’à la bande son parvient à capturer le regard, l’ouïe, les trippes.

Baignés dans une couleur vert d’eau, la limite entre rêve et réalité n’existe plus ; d’un début impliquant le spectateur à une fin poétique et tendre, des œufs se durcissant dans l’eau frémissante au craquement des bonbons de Strickland, chaque détail est soigné.

Par ailleurs, pour un film si résolument romantique, d’aucuns s’attendraient à de mielleuses sérénades. Mais le compositeur français Alexandre Desplat – récompensé pour la deuxième fois – nous propose un univers musical entraînant et d’une diversité remarquable, maintenant en haleine et octroyant beaucoup de personnalité au film.

Un regret ?

Au-delà encore de l’imagination du réalisateur ou de la façon dont il est parvenu à la  transposer à l’écran, les singuliers et solitaires personnages parviennent à former un ensemble très cohérent et varié. Grâce à leurs personnalités bien différentes les unes des autres, un beau partage se perçoit à l’écran.

Cependant et malgré la caricature apparemment volontaire de certains aspects d’une certaine « culture » américaine à cette époque, quelques rôles tombent dans le piège du stéréotype. Strickland, et son rôle d’« amerloque haineux », est un exemple. Peut-être est-ce là l’unique critique à asséner.

Ecrire à l’auteur : lavoyer.helene@gmail.com

Crédit photo : © Twentieth Century Fox

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