La psychanalyse et l’écriture : rencontre avec Jacqueline Girard-Frésard

Les lettres romandes du mardi – Loris S. Musumeci

Jacqueline.passport.0435Jacqueline Girard-Frésard est psychanalyste et écrivain. Son dernier roman, Et fais miroir, est paru l’an dernier aux éditions Eclectica. Il raconte l’histoire de Pierre et Madeleine, un couple comportant deux personnalités bien différentes. Lui, éprouve un besoin obsessionnel de posséder. Quant à elle, malgré l’amour qu’elle porte pour son compagnon, elle n’est pas prête à négocier sa liberté. Rencontre. 

Vous êtes psychanalyste et écrivain. Quel est pour vous le lien entre ces deux activités ?

Assurément le plaisir d’interpréter et de penser. La psychanalyse est un travail thérapeutique ; l’écriture, c’est l’amour des mots, l’amour de dire, l’amour de créer des histoires. L’énergie investie pour écrire me soulage, dans la mesure où je passe par une phase de totale dépersonnalisation et j’entre dans la vie d’autres personnages.

L’écriture est-elle en ce sens également thérapeutique ?

Ce n’est pas tant l’écriture en elle-même qui est thérapeutique, mais l’énergie déployée pour la pratiquer. Vous pouvez ainsi l’assimiler au footing. Seulement, l’énergie que je libère lorsque j’écris n’est pas physique, mais psychique.

Cette énergie est donc aussi artistique.

Oui, mon travail d’écriture est d’ailleurs basé sur l’image. Il est même photographique. Je vois des lieux, des personnes, et à partir de ce contenu je crée mon récit.

Puisez-vous votre inspiration littéraire dans le métier de psychanalyste ?

Ma pratique de la psychanalyse m’amène à réfléchir, interpréter, creuser dans les lapsus, les désirs, les contraintes et les rêves. Tout cela, je dois le révéler au patient. Mais ce processus est lié à l’écriture. Je ne suis ne pas d’une part écrivain, d’autre part psychanalyste. Je suis les deux, tout distinguant les deux activités. Je veille donc à ce que mon écriture ne soit pas psychanalytique, et ma psychanalyse non littéraire.

On remarque en effet par Et fais miroir que vous ne vous essayez pas à un roman psychanalytique.

J’écris pour les mots qui surgissent et les paroles qui s’égrainent ; je pratique la psychanalyse pour le patient ici et maintenant, avec sa réalité et la situation qu’il vit.

Que voulez-vous dire sur le masculinité par le personnage de Pierre et sur la féminité par le personnage de Marie ?

Je tiens à préciser que ce Pierre ne regroupe pas tous les Pierre du monde, et que cette Madeleine n’est pas toutes les Madeleine. Pierre est généreux et passionné, mais il a besoin de posséder. Néanmoins, cela n’est pas forcément propre aux hommes. Madeleine, elle aussi, a été totalement passionnée par cet individu intéressant et enthousiaste, mais lorsqu’elle se rend compte qu’elle devient son objet, elle éprouve la nécessité de s’éloigner de  cette relation qui devient mortifère. Elle veut être avec l’autre, et non pas utilisée par l’autre. Là encore, je ne m’avancerais pas pour affirmer qu’elle est l’archétype de la femme.

Avez-vous d’autres projets littéraires ?

Mon prochain roman traitera toujours d’amour, mais avec une dimension plus perverse et incestueuse. Je ne veux toutefois pas que le texte soit trop cru et à tendances psychanalytiques. Malheureusement, jusqu’en mars 2019 je serai très occupée. J’ai effectivement besoin de longs moments pour écrire. Il faut que je me coupe de toute connexion  au monde extérieur pour consacrer des journées entières à l’écriture.

Le cigare de Pierre faisait des fils. Madeleine était recroquevillée sur elle-même. Ils ressemblaient à un vieux couple de migraineux, noyé dans sa bulle, assis là par habitude, devant les images de l’écran qui défilaient, fasciné comme un autiste par des images en boucle. Elle n’osa ni bouger ni parler, l’heure semblait gelée.

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photos : © Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre

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