« Call me by your name » ou l’histoire d’un premier amour

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Été 1983, au nord de l’Italie, le jeune Elio Perlman (Timothée Chalamet), dix-sept ans, passe les vacances avec sa famille dans leur maison isolée. Son père est professeur et spécialiste de l’histoire gréco-romaine, dont la majeure partie de ses objets d’étude se trouvent sur la péninsule italienne. C’est pourquoi il convie son doctorant américain, Oliver (Armie Hammer), à passer six semaines dans sa villa italienne afin d’étudier les quelques statues retrouvées en région lombarde.

Les vacances en Italie sont rythmées par les baignades, les sorties, la musique et la découverte d’une contrée paisible. Cependant, cet été ne va ressembler à aucun autre pour Elio. C’est en effet pendant ces quelques semaines que son identité va évoluer à travers les différentes romances qu’il va expérimenter, notamment celle avec le charmant Oliver.

Un cadre paisible et idyllique

Dès le début du film, le spectateur est en immersion totale avec les personnages et particulièrement avec le cadre qui est mis en place. C’est grâce à la forte présence des nuisances sonores que le réalisme opère, en particulier avec le bruit d’une mouche en plein vol ou le passage d’une Vespa sur les pavés de la petite ville de Crema. La cadence générale est lente et aucun obstacle ne vient entraver le quotidien des Perlman ; ils vivent leur journée au rythme des envies et des passions qui les guident. Le film prend son temps, l’action se dévoile petit à petit, ce qui nous permet de savourer chaque détail de la naissance de l’amour.

Assis au fond de son fauteuil, le spectateur est ainsi plongé dans une ambiance paisible et partage chaque moment avec les personnages, comme s’il faisait partie de l’histoire qui se déroule sous ses yeux. Le farniente est le moteur de ces journées ensoleillées, mais Elio les nourrit aussi avec la musique qu’il créé ou qu’il réinvente au piano. Sa culture et sa maturité, entourées par cette plénitude méditerranéenne, le mènent alors vers une prise de conscience et la découverte des divers sentiments amoureux qui le traversent.

Des esprits et des corps

Tout au long du film, l’érudition des Perlman permet au spectateur de faire des liens avec les problématiques qui occupent Elio et Oliver. Il y a la présence des objets d’étude du professeur Perlman comme les sculptures gréco-romaines, qui rappellent la sensualité des corps nus. La littérature est aussi présente avec la lecture d’Annella Perlman, mère d’Elio, de l’Heptaméron qui nous confronte au dilemme entre l’aveu des sentiments amoureux à l’être aimé ou le silence assimilé à la mort.

Au milieu de ce monde d’adultes intellectuels et multilingues, Elio est en train de vivre une période décisive émotionnellement, et il a de la peine à se situer en tant que jeune garçon sentimentalement très actif. En effet, il débute ses vacances en s’amourachant de son amie Marzia avec laquelle il découvre les premiers plaisirs du corps. En parallèle, il fait quelques passegiate en vélo avec Oliver pour lui faire découvrir les beautés autant urbaines que naturelles de la région lombarde. Au fur et à mesure qu’ils se côtoient, une certaine pudeur s’installe entre eux, mais aussi une curiosité accompagnée d’une tension charnelle qui se développe progressivement. De plus, l’été italien permet le dévoilement des corps, souvent habillés d’un simple maillot de bain, et donc la possibilité au désir de stimuler l’imagination sexuelle du jeune Elio.

Puissant et bipolaire, voilà ce qu’est Call me by your name. Il fait émerger en nous diverses émotions : la joie, la tristesse, la passion, la surprise, la mélancolie et aussi un mélange de toutes celles-ci. Elio nous donne l’occasion de vivre avec lui toutes les sensations que peut produire un premier amour. D’ailleurs, les nombreux plans-séquences choisis par le réalisateur Luca Guadagnino ne font que renforcer l’effet d’identification. Il y a encore le sensationnel travail visuel effectué par l’équipe de tournage qui ne peut que susciter l’envie soudaine de partir pour l’Italie en se laissant aller à l’oisiveté. Dernier élément important et envoûtant, le choix musical. Entre les chansons typiques des années 1980 et les compositions de Sufjan Stevens, la nostalgie et la rêverie s’emparent instantanément de nos esprits et nous procurent l’envie de prolonger cette expérience cinématographique à l’infini.

Ecrire à l’auteur : marina.detoro@leregardlibre.com

Crédit photo : © Praesens-Film

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