« Tout le monde debout » pour Franck Dubosc !

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Dans cette nouvelle comédie française, le célèbre Franck Dubosc incarne Jocelyn, un riche homme d’affaires menant une vie de Don Juan, et surtout de menteur. « Baiser en étant moi-même, ça ne me tente pas. » Voilà bien la philosophie de vie d’un homme plutôt ridicule et méprisable. Son meilleur ami Max (Gérard Darmon, excellent) ne manque d’ailleurs pas de le lui faire remarquer. « Tu es vraiment fou », dit-il, las, en écoutant les nouvelles histoires de ce manipulateur. La nouvelle idée de Jocelyn ? Se faire passer pour un paraplégique, afin de susciter la pitié et donc l’amour d’une autre handicapée. Celle-ci est incarnée par l’excellente Alexandra Lamy, qui dévoile ici tout son potentiel dramatique.

Une comédie drôle en tous points

Il est de plus en plus rare de trouver une bonne comédie dans le cinéma français ; dans le cinéma tout court, d’ailleurs, puisqu’il n’y a jamais eu de bonnes comédies que françaises. Souvent, notre état est celui du nostalgique, regrettant la perfection d’un cinéma si simple et pourtant si drôle… celui de Louis de Funès et compagnie. Et pourtant, voilà que ce film est une comédie que l’on peut qualifier de réussie.

En effet, cela va de soi, mais il convient de le rappeler, il y a les yeux de Franck Dubosc. Ses yeux si drôles, si bleus. Le regarder, cela suffit pour rire. Puis, il y a ce traitement subtil de personnages-clichés : la secrétaire débilissime, incarnée par une hilarante Elsa Zylberstein ; l’ami homosexuel ; le vieux père sénile ; le garagiste inculte. Il y a dans la manière de concevoir le film une preuve que le spectateur peut déceler par intuition, la preuve que la moquerie est synonyme de tendresse chez Dubosc, à l’inverse d’autres cinéastes actuels.

Dubosc enfermé dans son personnage

Si le film est tant réussi, c’est aussi pour le deuxième sens qu’il suggère. En effet, un lien entre le vrai Franck Dubosc et le personnage qu’il incarne semble ici devoir être mentionné. S’enfermer dans des personnages, dans un personnage, ne serait-ce pas l’histoire de Dubosc lui-même ? Comme l’a relevé Yann Moix dans l’émission télévisée « On n’est pas couché », Frank Dubosc souhaitait au départ faire carrière dans le drame. La comédie arriva par hasard, et le succès fut immédiat. Difficile dès lors de ne pas continuer sur sa lancée humoristique. Quitte à s’enfermer dans un rôle.

La difficulté d’être soi-même et de sortir du personnage que l’on s’est fabriqué semble dès lors constituer non seulement un bon objet comique, mais aussi, comme tout bon objet comique, un matériau tragique, à coup sûr très important pour le réalisateur. Se lever de sa chaise : voilà tout un symbole. D’ailleurs, au-delà de la dimension profondément émouvante qui ressort de cette analyse concernant Franck Dubosc, Tout le monde debout a pour objet la vérité, cruciale pour chaque être humain. Car en réalité, ne sommes-nous pas tous des menteurs ?

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Ascot Elite Entertainment

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