Tourisme électoral, oui, et alors ?

Les lundis de l’actualité – Nicolas Jutzet

Dévoilée par le Tages Anzeiger, la polémique n’est pas prête de se dégonfler. Traitant Moutier de République bananière  terme péjoratif qui sous-entend qu’une ploutocratie règne sur un Etat clientéliste et peu transparent le journal alémanique est encore une fois au cœur de l’actualité. Après « l’affaire Broulis » et la pseudo-controverse Isabelle Moret, voilà un nouvel article au potentiel intéressant. C’est que la question est sujette à émotions.

Bref retour en arrière : le 18 juin 2017, les citoyens de Moutier décident, à une courte majorité 51,7% de rejoindre le canton du Jura. Cette majorité est symbolisée par 137 voix d’avance, un souffle, qui permet à la commune de tenter l’aventure. Une aventure ambitieuse et fortement imprégnée d’identité. Enième épisode de la « question jurassienne ». Emaillée par des tensions et des soupçons de fraudes, cette votation n’a cessé de défrayer la chronique.

Loin de se tarir une fois le résultat sorti des urnes, le flot de rumeurs repart de plus belle depuis quelques heures. La raison ? L’apparition d’un rapport anonyme qui fait état d’un tourisme électoral en période de votation dans la commune de Moutier. Alors finalement, peu représentative, cette courte majorité ? Que s’est-il passé ?

Soupçon de tourisme électoral

On reproche à des votants d’être venus s’inscrire, sans réelle volonté de s’y établir, dans le fief désormais promis au Jura. Après le tourisme d’achat, le tourisme social voire même sexuel, voici venu le temps du tourisme électoral. Les prochaines semaines devraient permettre de tirer au clair la véracité de ces mouvements et les éventuelles conséquences sur le résultat de cette votation à fort caractère historique.

Il faudra notamment éplucher sérieusement ce rapport anonyme qui aujourd’hui « soulève des questions » selon les propos du conseiller d’Etat bernois, Christoph Neuhaus. C’est le volet légal, mais que dire sur le plan moral ? Un individu qui souhaite impacter l’avenir de la commune a-t-il le droit d’exprimer son opinion, certes de de façon peu habituelle, ou devons-nous lui reprocher ce fait ?

Nous nous trouvons face à un vote de fond, d’identité, d’avenir. Celui qui se voit revenir ou rejoindre Moutier, pour des raisons historiques, familiales, identitaires ou autres, seulement en cas de vote favorable à un basculement jurassien, ou dans l’autre sens, n’aurait-il pas le droit de faire valoir sa cause ? Aussi subjective que soit la justification, elle a le mérite d’être réelle.

On reproche aujourd’hui à certains leur excès de civisme. On brocarde une volonté de s’exprimer, d’influencer un destin qui, semble-t-il, leur est cher. Au contraire, dans une démocratie qui s’essouffle, avec un taux de participation en chute continue, réjouissons-nous de ces vrais moments démocratiques, qui voient des visions, des identités se faire face.

Soyons fiers de donner cette responsabilité au peuple. Défendre une cause sans volonté de s’établir directement sur place dans les jours suivant le verdict ne fait pas du bulletin un vote de seconde zone, non, seulement un vote comme les autres, celui qui exprime la volonté profonde du sympathisant d’une cause. Et elle est légitime.

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@leregardlibre.com

Crédit photo : Wikimedia Commons / Jeremy.toma

Laisser un commentaire