« Green Days by the River »

Festival International de Films de Fribourg – Loris S. Musumeci

« Tu as quitté l’école pour cueillir du cacao ? »

Tambours, chants. Les pêcheurs à la rivière ; les oiseaux volent d’arbre en arbre, traversant le ciel. Dans cette nature immaculée, un garçon, Shell, fait l’expérience de la nature humaine : il observe, saisi et éberlué, une jeune fille qui se baigne dans la rivière. Ses formes sont toutes faites de grâce, sa peau est chaude ; son regard, séducteur. Il s’agit de Rosalie, la fille de l’agriculteur indien Gidharee.

Ce dernier connaît la famille de Shell. Il est ami du père, malade, et développe une sympathie toute particulière pour le fils. Gidarhee lui propose de partir avec lui et ses chiens à la chasse et à la cueillette dans son immense domaine. Shell voit là une occasion de tuer l’ennui des vacances d’été, de se rapprocher de Rosalie et d’apparaître en gendre idéal. La drague légère commence, le travail s’amplifie et Shell devient un homme. Avec ses plaisirs et ses responsabilités, même les plus contraignantes.

Une œuvre typiquement trinidadienne

Green Days by the River est adapté d’un roman homonyme du Trinidadien Michael Anthony. Le réalisateur, Michael Mooleedhar, a voulu puiser dans du local pour son premier long-métrage. Il a conservé d’ailleurs l’époque précise durant laquelle se déroule l’histoire : en 1952. Son film s’inscrit ainsi dans l’œuvre typiquement trinidadienne. Il rend hommage à son pays, tant pour sa nature, que pour son histoire. Alors que l’île est encore une colonie anglaise, les différences culturelles sont marquées entre Indiens et Noirs tout particulièrement.

Sous cet aspect, le film pourrait tomber dans le piège d’une propagande chauvine ; Green Days by the River serait un panneau publicitaire pour la République de Trinité-et-Tobago. Or ce n’est pas le cas. Le réalisateur s’applique à livrer les prises de vue de sa terre au service de la trame et de l’esthétique du cinéma. Il faut noter en effet que la photographie du film est sans doute l’une des plus pures parmi celles des autres longs-métrages en compétition au Festival International de Films de Fribourg.

Au rythme de la danse

Non seulement les images regorgent d’une beauté limpide, figurant notamment le vert des feuilles et des champs jamais de manière excessive, mais elles sont dotées aussi d’un vrai rythme. D’une part, il y a rythme par le retour cyclique de plans fixes tels ceux de la rivière ou du ciel ; d’autre part il y a rythme dans les scènes de travail.

Celles-ci prennent l’allure d’une danse sublime. Lorsque Shell est employé chez Gidarhee, la musique accompagne la jolie Rosalie qui moud le cacao, mêlant son activité à de la séduction. Shell entre lui aussi dans la danse, tout en travaillant : bougeant délicatement son corps déjà fort mais encore frêle.

De la suggestion à la complexité

Puisque le film parle d’amour, et surtout d’apprentissage de l’amour, l’évocation tient une place essentielle. Elle offre au spectateur toute la sensualité des jeunes gens tout en ne dépassant jamais les limites d’une pudeur intransigeante, stricte mais douce. Est-ce aujourd’hui au cinéma d’Afrique et d’Amérique du Sud à réapprendre au cinéma occidentale l’art de la suggestion en matière d’amourettes et de sexe ?

En outre, l’amour dont il est question se déploie sous des formes assez étonnantes, des plus naturelles et sentimentales au plus pédagogiques et dures. La complexité des personnages se révèle justement dans les statuts de l’amour, et le choc promet de venir percer l’insouciance des journées verdoyantes au bord de la rivière.

« Je crois en la terre et en sa culture. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © Green Days by the River

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