L’histoire extraordinaire de Katharina von Arx

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

Tous deux voulurent à la fois vivre leur amour passionnel et suivre leur tracé personnel. Katharina von Arx et Freddy Dilhon formèrent un couple unique, menacé par l’arrivée d’un troisième être dans leur vie. Cette histoire, l’auteur et historien suisse Wilfried Meichtry a voulu la tourner au cinéma, entre fiction et documentaire.

Jonas Follonier : Jusqu’au bout des rêves s’ouvre sur la rénovation d’un prieuré vaudois. Ce film, c’est l’histoire d’un couple, certes, mais ne serait-ce pas surtout celle d’une maison ?

Wilfried Meichty : Non, je ne pense pas. L’objet du film, fondamentalement, c’est une forme peu habituelle de ménage à trois : Katharina, Freddy et la maison. Celle-ci peut être considérée comme révélatrice de la psychologie des deux protagonistes. La mère de Katharina s’était définie par son mari. Cette dernière l’avait donc prise comme un contre-exemple : il fallait qu’elle trace son propre chemin. De plus, la la faille de la disparition de son père l’a marquée. Chez Freddy, c’était la même chose : il y avait eu la rupture avec la famille ainsi que le traumatisme de la guerre. Tous les deux ont donc cherché un lieu. D’où l’importance de cette maison.

Mais Freddy n’a pas supporté cette maison, non ? N’était-ce pas le bon lieu ?

En réalité, il cherchait plus un complice qu’un lieu où s’établir. Ce complice, il l’a trouvé dans la personne de Katharina. Puis, Katharina est tombée amoureuse de la maison. Elle a voulu ressusciter l’esprit de cette demeure. Pour lui, cela représentait trop de travail. « Une bombe suffit et la maison est détruite », a-t-il dit un jour à Katharina. Il avait l’expérience de la guerre.

Qu’est-ce qui différenciait l’amour de Katharina pour la maison et son amour pour Freddy ?

Qu’est-ce que l’amour d’un homme et l’amour d’une maison ? Tout cela est très difficile à définir. Ce qui est sûr, c’est que Katharina n’était pas un personnage qui réfléchissait et qui faisait beaucoup d’analyses ; c’est une personne qui a vécu. Elle se laissait également un peu guider par la passion. Après tous les voyages qu’elle avait entrepris – Katharina et Freddy se sont rencontrés lors d’un voyage en Indonésie –, elle cherchait la tranquillité. Un endroit pour travailler en paix.

Comment définir l’amour qui liait Katharina et Freddy ?

Katharina avait eu beaucoup de relations avant Freddy, en Suisse et en Autriche, mais elle s’était toujours sentie enfermée. Un moment, elle s’était décidée à passer sa vie seule. Le rôle de la femme, à son époque, était de rester dans la cuisine ; elle ne voulait pas de cela. Katharina a cherché quelqu’un qui l’accepte comme elle est. Cette personne fut Freddy. Un jour, elle lui a écrit cette phrase, qui se trouve dans le film : « toi et moi, nous avons besoin d’une femme. » Une femme, c’est-à-dire quelqu’un qui fasse le ménage et qui prenne la responsabilité de l’éducation de la fille. Freddy, de son côté, n’aimait pas les femmes classiques, qui considèrent leur mari comme leur sauveur. Il rêvait de rencontrer un être d’égal à égal. Ce sont tous ces éléments qui ont fondé leur amour.

D’où est née votre rencontre avec Katharina von Arx ?

En 2011, mon chef opérateur a fait un tour en vélo à Romainmôtier. Une pluie s’est abattue et il a par hasard trouvé refuge dans la Maison du Prieuré. Katharina von Arx était là et a commencé à raconter des histoires. Mon collègue m’a ensuite téléphoné et m’a dit que je devais aller la rencontrer. Je suis venu pour une demi-journée et son histoire m’a impressionné. Son voyage autour du monde, l’auto-stop, l’avion-stop et le bateau-stop, son statut de chanteuse folklorique pour une radio au Japon, sa visite de tribus cannibales, puis sa vie avec Freddy et dans cette maison… J’ai d’abord cru qu’elle était folle, mais en vérifiant les sources historiques, je me suis rendu compte que tout était vrai et qu’il fallait raconter cette histoire.

Pourquoi avoir choisi la forme d’un documentaire-fiction ?

Ce qui m’a fasciné, c’est que Katharina von Arx et Freddy Dilhon vivaient un peu dans la fiction. Katharina avait toujours un pied dans la réalité et un pied dans les nuages. Freddy, déjà petit, était quelqu’un de très romantique, qui rêvait d’être un jour écrivain et même philosophe. Le style de leurs lettres, c’était déjà de la littérature. La forme de la fiction vient donc de là. Le documentaire, lui, s’imposait par la possibilité que j’ai eu de pouvoir réaliser des entretiens avec Katharina (83 ans). Dès notre deuxième rencontre, nous avons décidé d’enregistrer nos échanges. Les photographies de Freddy, également, constituaient une matière première extrêmement intéressante. Et Katharina m’a offert un accès à toutes ses archives.

A lire aussi : « Jusqu’au bout des rêves »

Durant la préparation du film, êtes-vous vous-même tombé amoureux de la maison ?

En quelque sorte, oui. A chaque fois que j’y retournais, j’avais l’impression d’entrer dans un nouveau monde.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre

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