« Action ou vérité », telle est la question

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Le jeu nous a suivis. »

Ola le Mexique ! Une bande de potes arrive pour des vacances de folie ! Selfies à gogo, beuveries, rires, interminables soirées, coucheries sans lendemains : le rêve pour des étudiants en dernière année à l’université. Au dernier soir du séjour au Mexique, l’intelligente et sérieuse Olivia (Lucy Hale) rencontre un charmant jeune homme. Il dit s’appeler Carter (Landon Liboiron). Assurément, il est beau gosse ; et il lui en faut peu pour séduire la vacancière. Le bar festif ferme, mais hors de question de s’arrêter là pour une dernière nuit qui doit demeurer inoubliable.

Carter propose donc à Olivia et ses amis de continuer à s’amuser dans un lieu « génial », dit-il. Légèrement éméchés, les jeunes se rendent dans un ancien monastère sur une colline au bord de l’eau, malgré la stricte interdiction de pénétrer le domaine. Tout est vieux. Tout est cassé. Tout est sombre. Mais il y a des chaises et des bouteilles. Pourquoi ne pas jouer à action ou vérité sous la proposition de Carter ? Et le paranormal commence…  discrètement. La soirée se conclut dans la dispute, sans rien de trop choquant. De retour à l’université, tout prend cependant une autre tournure. Le jeu a suivi les étudiants. Il s’impose à eux. Il est démoniaque. Et n’a en fait plus rien d’un jeu.

Des stéréotypes qui tuent le sentiment de réel

Les codes y sont. La trame aussi. Si Jeff Wadlow a voulu réaliser un film d’horreur, il y a réussi. A ceci près que même s’il a rassemblé les éléments nécessaires pour effrayer son public, Action ou vérité ne fait finalement pas vraiment peur, en devenant même parfois comique, pour ne pas dire grotesque. En effet, le réalisateur a tant voulu ancrer les personnages et la situation dans le réel, qu’il a abusé de stéréotypes.

Qu’Olivia et ses amis partent en vacances et « s’éclatent » est un bon premier élément pour susciter la peur car chaque jeune peut plus ou moins s’y retrouver. Ensuite, que le déclenchement de l’horreur s’opère via le jeu d’action ou vérité est encore un meilleur élément. Qui ne retient quelque soirée adolescente, à la fois anxieuse et excitée par ce jeu ? Le processus d’identification, b.a.-ba du film d’horreur, y est. Pourtant, le jeu est tellement poussé à l’excès et les personnages tellement caricaturaux qu’il y a blocage. « Non, se dira le jeune spectateur de seize ans en quête de ses premiers frissons au cinéma, franchement, je ne me sens pas concerné par cette histoire. »

Des vidéos amateur mal exploitées

D’un point de vue technique, Jeff Wadlow a un peu mieux réussi son coup. L’utilisation d’images ou vidéos prises en selfies durant les vacances ou de vidéos amateurs au début du film fonctionnent plutôt bien. En voyant les vidéos amateurs des jeunes, on s’y croit. Les vidéos sur le compte You Tube d’Olivia invitent aussi à une sensation du réel. Malheureusement, le réalisateur a beau avoir touché juste au tout début comme à la toute fin du long-métrage, mais il n’a pas exploité davantage cette piste, pourtant prometteuse.

Par ailleurs, la photographie d’un film d’horreur devrait pouvoir se passer au maximum d’effets spéciaux trop irréels. En donnant soudainement à ses personnages possédés par le démon du jeu des yeux tout rouges et un sourire exagérément clownesque, le film ramène plutôt à un dessin animé des Looney Tunes qu’à un véritable instant de terreur. La maladresse fait d’ailleurs penser à Grippe-Sou le Clown dansant dans le récent film Ça d’Andrés Muschietti. Celui-ci eut certes un meilleur effet auprès des amateurs de l’horreur, et pourtant la transformation de sa bouche en gueule d’alien a été moquée à tout-va.

D’accord, un monastère hanté

Concernant les thèmes, là aussi, on aurait pu se passer de quelques clichés déjà vus et revus mille fois. D’accord, un monastère est hanté. D’accord, son histoire est sombre. D’accord, il y avait un prêtre louche. D’accord, les religieuses y ont vécu la misère. D’accord, les incantations ésotériques. D’accord, il y a un démon. D’accord, il y a tout le reste. Enfin, tout cela n’est pas forcément passionnant. Quant au rythme du film, il épouse bien l’enquête que mènent les jeunes pour se délivrer du sort qui les a envahis. L’ascendance de l’angoisse est tout de même confirmée, les règles du jeu se compliquant par-dessus le marché.

Action ou vérité ? Telle est la question. Le long-métrage entend faire peur, certes, comme il entend aussi interroger la valeur de la vérité, la valeur d’une vie humaine. Mais ne nous réjouissons pas trop vite car il n’est rien de philosophique dans Action ou vérité, qui ne vole finalement pas très haut et ne parvient même pas à ses fins. Et gare aux mensonges ! Si cette critique en contient, en dévalorisant injustement ce film, les pires conséquences sont à venir, selon le jeu. A ce propos, vous, que choisissez-vous : action ou vérité ?

« On appartient tous au jeu. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © Universal Pictures

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