Einstein raconté par l’union des arts

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

Ponctué d’extraits de lettres écrites par Einstein, la pièce éponyme a mis à l’honneur le scientifique et sa folie créatrice le 1er mars dernier au Théâtre du Crochetan. Mis en scène par Stéphanie Boll, le spectacle a réuni théâtre, danse et musique. Impressions.

Une faible lumière apparaît peu à peu sur le plateau. Un homme court sur pattes s’avance sur la scène, très hésitant. On reconnaît Einstein aux cheveux bouclés du jeune comédien ainsi qu’à sa moustache. Il se met alors à dessiner ce qui ressemble à la courbe d’une fonction sur l’immense tableau noir qui trône parmi le décor. Puis, des symboles mathématiques aussi complexes que mystérieux, à une rapidité de plus en plus effrénée, au son d’une musique qui ne va pas s’arrêter.

Un véritable concert

Composante essentielle du spectacle, la musique est assurée par un accordéoniste (Thierry Roques), un pianiste (Alain Roche) et un percussioniste (Fred Bürki), en direct, sur la gauche de la scène. C’est un véritable concert qu’ils nous proposent : si la danse, aussi omniprésente que la musique dans le spectacle, n’est pas la tasse de thé d’un spectateur, il pourra toujours se concentrer sur la formule instrumentale de grande qualité interprétée par le trio.

C’est à Alain Roche que l’on doit la composition des morceaux. Ceux-ci se situent dans une atmosphère particulière, flirtant avec le jazz, le classique et le rock, mais restant fidèle à une fonction de musique d’ambiance au bon sens du terme. Le souffle de l’accordéon sur le lit de notes du piano et le cadre rythmique des percussions s’accorde à l’évolution du spectacle, oscillant entre le tragique et l’enjoué.

La correspondance d’Einstein à l’honneur

Porté par une énergie et une précision implacables, le spectacle de Stéphanie Boll accorde une place importante à la correspondance d’Albert Einstein. Une idée excellente que de mettre à l’honneur ses lettres les plus percutantes, mais aussi les plus simples, nous laissant entrer à la fois dans le quotidien du physicien et dans son génie. Les missives servent de base à ce spectacle éminemment visuel où les six danseurs, tout en discrétion, appuient par leurs mouvements les différentes circonstances d’une vie fascinante.

Ce sont en effet les mots d’Einstein lui-même qui ressortent de cette bonne heure de spectacle. « Cette contemplation me fascine et j’y trouve l’espoir d’une véritable libération » : voilà bien les paroles d’un théoricien au-delà de la physique purement pratique. Einstein fut un homme qui connut un bonheur chimiquement pur, si l’on considère qu’il pratiqua la vertu aristotélicienne par excellence, celle de la contemplation. La dernière lettre citée nous confirme son statut de philosophe : « En apparence, la vie n’a aucun sens, et pourtant, il est impossible qu’il n’y en ait pas un. »

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Olivier Carrel pour le Théâtre du Crochetan

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