La Vaudruzienne et ses bières « neuchâteloises »

Les vendredis de la microbrasserie – Nicolas Jutzet

C’est dans son local, à Montmollin dans le canton de Neuchâtel, que nous reçoit le fondateur de la microbrasserie « La Vaudruzienne », Jean Glauser. Passionné, il raconte son histoire, ses ambitions et ses bières. Tour d’horizon.

A la base, la passion de la bière s’est développée avec un groupe d’amis qui s’est lancé dans une vaste comparaison des différentes bières dans un cadre informel, l’un invitant les autres pour faire découvrir la dernière trouvaille. Le tout sera recensé dans une sorte d’album « Panini » des bières, et finira par motiver l’équipe à se lancer dans l’aventure. Après avoir jugé le travail d’autrui, elle veut faire elle même de la bière. La première cuvée achève de convaincre de la pertinence de la démarche : elle n’a pas à rougir de la comparaison avec certaines bières imbuvables qui finirent par la fenêtre durant les nombreuses séances de dégustation.

L’aventure démarre sous le nom de « Bières de Neuch ». Trois bières sont brassées. Toutefois, le temps nécessaire pour faire avancer le projet est difficilement compatible avec une vie professionnelle et familiale. Ce qui finit par être un frein pour notre hôte, qui finira, la mort dans l’âme, par renoncer. Toutefois, la passion et les amitiés subsistent. Quelques années plus tard, souhaitant se réorienter et se consacrer à une activité plus en adéquation avec ses valeurs, il décide de se lancer corps et âme dans un projet de microbrasserie. Convaincu que le courant favorable aux bières artisanales va durer, il investit dans le matériel nécessaire.

C’est décidé. Début 2017, « La Vaudruzienne » est née. Pour l’enfant du pays, ayant grandi dans le Val-de-Ruz, le nom est une évidence. Aujourd’hui, elle occupe entre 50 et 60% de son temps, pour 200 litres par semaine. Il vise 8’000 à 10’000 litres par année. L’ensemble des tâches est fait de façon artisanale et locale. Les étiquettes, œuvre d’un graphiste du coin, sont collées une par une par le gérant qui s’occupe également des livraisons, sans oublier les capsules et autres activités chronophages. La plupart des ingrédients viennent de Suisse orientale.

Vaudru

Le logo fait référence au Val-de-Ruz, à la nature (épis de blé) et à sa seconde passion, celle de la pêche, symbolisée par un martin-pêcheur. Avec son association, il voyage chaque année dans un nouveau pays. Ce qui lui permet de goûter de nouvelles bières tout en validant sa thèse : la bière artisanale est à la mode un peu partout, du Canada à la Croatie !

Une large palette

Il définit lui-même ses bières comme étant « neuchâteloises ». Se démarquant de la tradition belge sans oublier sa filiation, sa production est assez large pour convaincre un vaste public. Les amateurs de blanche gouteront avec plaisir à la « Magie blanche », teintée d’orange. Les autres trouveront leur bonheur avec une « Darkness » ou autres IPA. La petite dernière, une blonde de style Pilsner aux fleurs de sureau, ravira les friands de légèreté. Pour ceux qui préfèrent une mousse au vin, la Cuvée du 1er mars offre une alternative au non filtré.

Toutes ces bières sont disponibles dans une suite de commerces et de restaurants, que l’on peut retrouver sur le site internet de la microbrasserie. Au passage, il salue le rôle joué par « la Mecque de la bière », Au Grain d’Orge à Neuchâtel – magasin de bières artisanales, de spiritueux et autres boissons – qui permet à un large public d’avoir accès aux diverses spécialités locales. Tout amateur de bière y trouvera son bonheur.

La suite de l’aventure

Entre ses livraisons un peu partout dans le canton, les restaurateurs qui souhaitent incorporer ses bières dans leur offre et les nombreuses pistes de diversifications qui existent, les défis ne manquent pas. Prochain stop, le Seyon Bierfest édition 2018 à Dombresson le 18 mai. En fin d’année, il faudra faire un bilan. Stop ou weiter ? Après des investissements lourds en début d’aventure, il faudra faire les comptes quant à la rentabilité sur le long terme du projet. Par ailleurs, il ne s’interdit pas de participer aux différents concours qui voient le jour mais, perfectionniste, il souhaite tout d’abord atteindre l’excellence pour se présenter.

Chaque chose en son temps. Tout est cadré et semble mesuré, réfléchi. En écoutant notre interlocuteur, il paraît clair que derrière la prétendue facilité de brasser de la bière vendue par les différentes offres de kits « tout en un » que l’on retrouve sur internet, le breuvage parfait est un art qui nécessite sérieux, précision et persévérance. Les qualités nécessaires expliquent sans doute l’abandon de certains aventuriers en cours de route. Faire de la bière, cela s’apprend vite, mais en faire de la bonne nécessite une rigueur certaine et un engagement en temps, forcément compté, que d’aucuns ne peuvent ou ne veulent investir.

Quel que soit le résultat du bilan en fin d’année,  il est indéniable que la passion du fondateur de « La Vaudruzienne » donne soif. A vous de juger, en tentant l’aventure. Santé !

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@lereregardlibre.com

Crédit photo : © Nicolas Jutzet pour Le Regard Libre

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