« Death Wish » ne nous aura donné envie de rien

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

«  – Qui êtes-vous ?

– Ton dernier client. »

Paul Keersey (Bruce Willis) est chirurgien urgentiste à Boston. Vivant entre le rythme effréné des opérations et l’harmonie de sa vie de famille aux côtés de sa femme et de sa fille, il mène une vie privilégiée, contrastant fortement avec celles des gangsters et autres miséreux de la ville. Repéré par le voiturier d’un restaurant qui photographiera son adresse afin de le cambrioler, celui qui s’est éloigné du déterminisme social dans lequel aurait pu le plonger la relation malsaine qu’il entretenait avec son père se voit un jour démuni.

Sa femme et sa fille sont agressée lors du vol organisé par le fameux voiturier, alors qu’il avait du se rendre précipitamment à l’hôpital. La première décèdera et la seconde restera plongée dans un profond coma, chaque jour amoindrissant un peu plus ses chances de survie. Seul face au deuil, hanté par l’inquiétude et la colère, il ne trouvera le sommeil que le jour où il se retrouve de façon impromptue au milieu d’une scène de vol de voiture. Sans sourciller, il utilise pour la première fois l’arme récupérée sur l’un de ses patients et assassine l’un des malfrats.

Commence alors la spirale vengeresse qui le guidera jusqu’aux cambrioleurs de sa maison, quelques temps auparavant. La police ne sachant lui offrir satisfaction, il ne manquera pas non plus de tuer « le vendeur de glace » dont il a entendu parler en écoutant l’histoire d’un enfant atteint d’une balle à la jambe. De fil en aiguille, de meurtres en recherches, il finira par découvrir l’identité du cerveau de l’opération – connu sous le nom de « Joe » (Ronnie Gene Belvins) – ayant coûté la vie à son âme sœur, auquel il inflige une douloureuse punition.

Pourtant, bientôt, la police qui tente de démasquer « Le croquemort », sauveur des gens de la ville, est bientôt sur sa trace. Protégé par son frère, Kersey parviendra à se laver de tout soupçon lorsque les larrons de Joe viendront, eux aussi, tenter de venger leur comparse.

De la platitude

Des films, Bruce Willis en aura choisis de meilleurs. Partout où l’on regarde, à chaque détour de caméra et à toutes les tentatives de surprendre le spectateur, celui-ci échoue. À commencer par cette histoire plate, banale, prévisible. Quoiqu’il s’agisse d’un remake, – voir « Un justicier dans la ville » de Michael Winner – il n’empêche que l’on s’attend encore, et avec raison, à être étonné et divertis.

Ne s’agit-il pas de la clause minimale à remplir pour tout film d’action ? Et pourtant, ce long-métrage perd de son intensité par une introduction aux personnages bafouée, empêchant un quelconque attachement, une entrée dans l’action trop longue, et une trame qui, somme toute, n’impressionne nullement.

De plus, les pistes qui nous sont données par le comportement apparemment jaloux du frère de Kersey (interprété par Vincent d’Onofrio) ne sont ni infirmées ni confirmées, simplement posées là, nous laissant l’impression décevante d’une intrigue sans conclusion convaincante.

L’ultime contrariété que nous balance Death Wish se trouve dans le suspens, réduit à la seule bande-son, ainsi qu’à l’action, résorbée et contenue dans le dernier quart d’heure de ce soi-disant thriller, alors que l’intrigue principale a déjà été résolue.

 

Une satire ratée contre la vente d’armes

La thématique, brûlante aux Etats-Unis, de la possession d’armes à feu, est ici au premier plan. Malheureusement, elle n’est pas réprimandée ; au contraire, l’achat de « glock » et de fusils d’assaut se voit présentée comme une nécessité, un élément qui aurait pu empêcher à Kersey la perte de sa femme.

Une pointe de satire se dévoile tout de même à deux reprises à l’écran – lors de la scène où le beau-père de Kersey, dépeint comme un honnête homme, entre dans une colère noire en voyant des braconniers et fini par leur tirer dessus inconsciemment et à la vue de la publicité pour un magasin d’armes, présentée par une mijaurée blonde au joli décolleté – mais, trop subreptice et floue, elle ne parvient par à faire passer clairement le message.

Impossible pour nous d’accuser le coup et de tolérer pareil positionnement. Quoique l’on conçoive qu’une arme aurait sauvé l’un des personnages, l’absence de cet élément aurait également – et surtout – annihilé la possibilité d’un cambriolage aux conséquences aussi sinistres.

Finalement, puisque Kersey se voit grâcié par les circonstances, sans aucune sanction ni blessure, – ah si, une coupure à la main – la possibilité de faire passer la vengeance par ses propres moyens comme un tort s’oublie au profit d’un vivat probablement involontaire à la possession d’armes par les privés, une permission qui, rappelons-le tout de même, entraîne près de trente mille morts par année dans le pays.

En conclusion, Death Wish ne sera pas parvenu à nous dégoûter de la vengeance, mais nous prévient : les blockbusters américains valent de nos jours rarement plus que le visionnage de leur bande-annonce.

Ecrire à l’auteur : helene.lavoyer@leregardlibre.com

Crédit photo : © Ascot Elite Entertainment

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